A Berlin, le Mémorial de l'Holocauste a mauvaise mine pour ses cinq ans

Des lézardes plus ou moins longues courent désormais sur plus des deux tiers des 2711 stèles de béton gris anthracite dressés en mémoire des six millions de victimes juives du nazisme.

Une procédure d'expertise indépendante, lancée en 2009, doit "permettre de clarifier les responsabilités et les causes de ces fissures, mais aussi de définir un procédé approprié pour la réparation des dommages", explique Uwe Neumärker, directeur de la fondation qui gère le Mémorial.

Les rudes hivers berlinois sont certes mis en cause, mais la presse allemande évoque aussi la possibilité d'erreurs dans les choix de construction.

"J'avais entendu parler de ces fissures. J'imaginais pire, mais c'est quand même insensé, après si peu de temps", observe Andreas Finck, un touriste munichois, en s'enfonçant dans la forêt de stèles de taille diverse, atteignant jusqu'à 4,70 mètres.

Selon les estimations de la fondation, plus de dix millions de visiteurs ont déjà déambulé dans le dédale du Mémorial.

Le monument, inauguré le 10 mai 2005 après de longues années de polémique, a coûté 27,6 millions d'euros. Adossé à la Porte de Brandebourg, le champ de stèles s'étend sur 19 000 mètres carrés.

Les premières fissures sont apparues dès 2006, et selon le dernier bilan de la fondation, 1900 stèles étaient déjà endommagées en 2009.

L'hiver qui s'achève en aurait endommagé 300 de plus, selon le quotidien populaire Bild, qui s'interrogeait ce mois-ci: "Peut-on encore sauver le Mémorial de l'Holocauste?"

La fondation, qui procédera à une évaluation des dommages en avril, se refuse en attendant à tout nouveau bilan. Précisant que cela ne représente "pas de danger", elle se déclare "confiante" en ce qui concerne la remise en état du monument, selon sa porte-parole, Leonie Mechelhoff.

"On va trouver des solutions. Cela sera de toute façon réparé. Mais on ne sait pas quand. Il faut attendre les résultats de l'expertise".

Le Mémorial, ouvert au public 24h sur 24, a été conçu par l'architecte new-yorkais Peter Eisenman, qui avait à l'origine projeté de construire les stèles en pierre naturelle et non en béton, en raison du risque de fissures.

Mais pour des raisons de coûts, cette dernière solution avait été retenue pour la construction des stèles, confiée à la société allemande Geithner.

Le béton utilisé était censé ne pas se lézarder, mais "on ne peut pas éviter l'apparition de fissures dans le béton, on peut seulement réduire leur largeur", souligne Joachim Schulz, expert en béton.

Pour le mémorial, "on a utilisé un nouveau procédé, qui n'avait pas été suffisamment testé, ce qui était risqué", a-t-il expliqué à l'AFP.

En outre, les stèles ont été construites "en béton non armé, et sont creuses", ce qui les rend plus vulnérables aux fissures, selon l'expert, qui estime qu'il sera "difficile" de réparer durablement les brèches.

Des premiers colmatages tentés l'hiver dernier s'étaient révélés décevants, y compris sur le plan esthétique.

"C'est dommage que ce problème concentre toute l'attention. On aurait préféré que les stèles soient intactes" pour le cinquième anniversaire de l'ouverture du monument, début mai, regrette Leonie Mechelhoff.

Plusieurs manifestations sont prévues, en présence notamment de Peter Eisenman et de Lea Rosch, la journaliste berlinoise à l'origine de ce projet.


AFP

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