A Baghouz, les enfants premières victimes de l'endoctrinement de leurs parents

Une famille provenant de Baghouz, les enfants sont soignés à l'hôpital.
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Une famille provenant de Baghouz, les enfants sont soignés à l'hôpital. - © Garry Wantiez

Les couloirs de l'hôpital d'Hassaké, en Syrie, sont presque déserts. Au service des urgences, les pleurs d'un bébé brisent par intermittence le calme ambiant. Dans chaque chambre, plusieurs lits vides côtoient celui d'un blessé. Un détail attire le regard: ici, la majorité des patients sont des enfants.

Le docteur Bassam Al Hussein, médecin urgentiste, nous guide de chambre en chambre. "On a beaucoup de patients qui viennent de Baghouz", explique-t-il. "Hier, on en a reçu 6, ils étaient passés par le camp de Al-Hol. On a des blessures par balles, des éclats d'obus, des traumatismes thoraciques ou crâniens, un cas d'épilepsie, des cas de malnutrition."

Plus de blessés, moins de médecins

Abdelrhamane est l'un de ceux-là. A 14 ans, ce jeune Algérien a survécu à un bombardement il y a une dizaine de jours. "J'ai mal partout. Ma tête, mon bras, ma nuque, mon pied, partout…" Sale, très affaibli et amaigri, son regard est vide, il ne peut plus bouger un bras. Il faut à l'équipe médicale de longues minutes pour l'aider à s'asseoir sur une chaise roulante pour aller aux toilettes.

Grièvement blessé et pourtant hospitalisé, il n'a toujours pas pu être soigné. "Il a un traumatisme crânien", détaille le docteur Al Hussein. "Mais nous n'avons pas les moyens de le soigner, nous n'avons pas de spécialistes, pas de neuro-chirurgien en l'occurence. Donc on va encore devoir l'envoyer dans un autre hôpital."

C'est le drame de l'hôpital d'Hassaké. Il y a 2 mois, une grande ONG a retiré le personnel médical qui assistait l'équipe locale. Cela a malheureusement coïncidé avec l'arrivée massive de blessés de guerre. En chirurgie, les infirmières déambulent dans les couloirs, le vague à l'âme. "C'est frustrant de ne pas pouvoir travailler", explique l'une d'entre elles. "On ne fait rien, hormis des césariennes et des stérilisations. On a besoin d'aide, de matériel, de personnel. Alors on pourra à nouveau accueillir plus de patients."

Si jeunes, si traumatisés

Dans une chambre voisine sont allongés de jeunes enfants blessés eux aussi par des éclats d'obus. Iman, 3 ans, a aussi une fracture de la jambe. Un bandage de fortune entoure sa cheville. Dans le lit d'à côté, sa grande soeur, Aïcha, a été blessée à la tête. Elle nous regarde fixement, sans un mot. Sans sourire, sans expression.

Le cas d'une autre fillette de 3 ans est encore plus glaçant. Les médecins ne connaissent ni son nom ni sa nationalité. Tout ce qu'ils savent, c'est qu'elle est sortie de Baghouz toute nue et toute seule. "Ca fait 2 semaines qu'elle est là", soupire le médecin, visblement touché par le parcours déjà tragique de cette jeune patiente.

"Elle est toute seule. Aucune famille. Personne ne l'a accompagnée jusqu'ici. Personne n'est là pour s'occuper d'elle. Ce sont nos infirmières qui s'en occupent, d'un point de vue médical et plus affectif. Moi, elle ne me parle pas. Elle parle parfois à une infirmière, une femme." Ce sont les infirmières qui se sont organisées pour lui trouver des vêtements. En plus d'avoir mal (elle a des éclats d'obus dans la jambe), cette petite fille a peur de tout et de tout le monde.

Appartenance assumée à Daesh

Les parents de ces enfants étaient-ils des civils, pris au piège dans le dernier bastion du groupe terroriste Etat islamique à Baghouz? Ou ces enfants sont-ils les victimes du choix obstiné de leurs parents de rester coûte que coûte sur ce dernier lambeau de territoire, malgré les offensives de la coalition arabo-kurde et les bombardements?

Au fond du couloir des urgences de l'hôpital d'Hassaké, nous rencontrons une Française, fière membre du groupe terroriste. Au fil de la discussion, nous comprenons que cette mère de famille est très radicalisée. Enveloppée de noir, elle ne laisse découvrir que ses yeux verts clairs. "Oum Mariam", c'est ainsi qu'elle se présente, est arrivée en Syrie il y a 4 ans. Ce n'est que contrainte et forcée qu'elle a quitté Baghouz. "Je suis sortie parce que mes enfants étaient blessés. J’en ai 3, deux d'entre eux sont blessés."

Chez cette jeune femme, on ne perçoit aucune tristesse, aucun remord, aucune remise en question. Elle explique pourtant avoir vécu l'horreur. "J'ai vu des enfants mourir sous mes yeux, d'autres étaient blessés. C’est l’horreur ce qui se passe là-bas."

Malgré tout, quitter Baghouz a été pour elle une vraie déchirure. "Au camp de Al-Hol, je vis dans une prison à ciel ouvert. C'est là que je suis privée de liberté, pas à Baghouz." Quelques mètres plus loin, des médecins kurdes soignent ses enfants. "De la fausse gentillesse", selon elle.

A l'hôpital d'Hassaké comme dans le camp de Al-Hol, il y a des centaines d'enfants blessés, affamés, apeurés, traumatisés. Ce sont souvent les premières victimes, innocentes, de l'endoctrinement de leurs parents.

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