8 ans après le printemps arabe, la jeunesse tunisienne est en détresse

Les jeunes ne meurent pas de faim, ils peuvent compter sur la solidarité familiale bien que l’inflation frôle les 8%
6 images
Les jeunes ne meurent pas de faim, ils peuvent compter sur la solidarité familiale bien que l’inflation frôle les 8% - © Maurine Mercier

Il y a des anniversaires qui ne se célèbrent pas. Ou plus. "Elle a servi à quoi cette révolution, je vous le demande ! Des jeunes de Kasserine sont morts en 2011. Si nous avons fait la révolution, c’est parce que nous avions besoin de travailler. On ne cesse de nous promettre du travail, et RIEN ! Le secteur privé est sinistré. L’Etat ne nous engage pas."8 ans après la chute de Ben Ali, la révolution laisse un goût très amer à Kasserine.

C’est dans cette région que s’est déclenché la colère populaire qui a mené le 14 janvier 2011 à la chute de Ben Ali.

Aymen a aujourd’hui 37 ans. Il est diplômé. Il n’a jamais réussi à trouver un travail : "Je n’ai pas de boulot, je n’ai pas de maison, je n’ai pas pu me marier. Je n’ai plus d’espoir. Mes rêves sont brisés." À ses côtés, une trentaine de jeunes campent depuis près d’une année devant les portes du gouvernorat. Ils réclament un emploi. Faute d’avoir pu trouver dans le secteur privé, ils réclament que l’Etat leur viennent en aide. En vain. La fonction publique n’engage plus. Elle doit être allégée, ses caisses sont vides.

Le chômage touche 30% des jeunes diplômés. Un chiffre qui refuse de diminuer depuis 2011. À Kasserine, les jeunes n’ont plus le courage d’espérer une nouvelle révolution. Ecœurés, fatigués, déprimés.

L’immolation pour remplacer la rébellion

Le 24 décembre, un jeune journaliste surnommé Rzouga, très populaire à Kasserine poste une vidéo sur Facebook. "Dans quelques instants, je vais m’immoler, je vais m’immoler avec de l’essence. Je vais faire une révolution, seul. Que ceux qui le souhaitent me suivent, bienvenue !" De la parole aux actes, il s’immole. Contrairement à Mohamed Bouazizi, ce vendeur ambulant dont l’immolation en 2010 donne le coup d’envoi au printemps arabe, les immolations aujourd’hui sont devenues banales et ne déclenchent rien sinon des drames. Des heurts entre jeunes et policiers ont suivi l’immolation du journaliste. Mais la situation a vite retrouvé son calme. Aucune révolution à l’horizon. Depuis le 24 décembre et le décès du journaliste, quatre autres jeunes se sont immolés à Kasserine.

Nadia, 25 ans, au chômage explique: "Nous n’avons rien gagné après la révolution. Le système n’a pas changé. Nous avions un voleur, Ben Ali et sa famille, aujourd’hui, ils sont des centaines de voleurs. L’Etat continue de nous mépriser. Pour lui, les régions intérieures n’existent pas."

On ne meurt pas de faim, on meurt de tristesse

La vie est dure dans les régions intérieures, d’autant plus qu’elles ne profitent pas de la très légère reprise économique. Les jeunes ne meurent pas de faim, ils peuvent compter sur la solidarité familiale bien que l’inflation frôle les 8%. Les prix des denrées, de l’essence ne cessent d’augmenter.  En Tunisie, les chômeurs ne touchent pas d’indemnité.

Ces jeunes ne peuvent s’épanouir, se réaliser, fonder une famille : "J’ai 37 ans et je dois encore demander à ma mère un dinar pour aller m’acheter une cigarette. Je n’ai plus le goût de rien." Ce jeune homme l’affirme : "Je vais m’immoler, comme Rouzga. Je suis sérieux." Ses amis autour de lui expliquent : "Sans travail, notre vie est totalement paralysée. Nous sommes à l’arrêt. Nous sommes morts à l’intérieur."

En 2010, la colère est montée des régions intérieures du pays pour remonter jusqu’à la capitale et renverser Ben Ali. Aujourd’hui, dans la région de Kasserine, cette colère s’est transformée en dépression collective. 

Archives : Journal télévisé ‎26‎/‎12‎/‎2018

Newsletter RTBF Info - Afrique

Chaque semaine, recevez l’essentiel de l'actualité sur le thème de l'Afrique. Toutes les infos du continent africain bientôt dans votre boîte de réception.

OK