75 ans après Hiroshima, a-t-on perdu de vue le risque nucléaire ?

A Berlin, des activistes, sous les traits de Donald Trump et de Vladimir Poutine, rêvent d'un monde sans armes nucléaires. Un rêve qui n'est pas prêt de devenir réalité.
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A Berlin, des activistes, sous les traits de Donald Trump et de Vladimir Poutine, rêvent d'un monde sans armes nucléaires. Un rêve qui n'est pas prêt de devenir réalité. - © Fabian Sommer - BELGAIMAGE

75 années se sont écoulées depuis les explosions nucléaires d'août 1945. Hiroshima, rayée de la carte le 6, Nagasaki suivra trois jours plus tard. Qu'est-ce qui a changé depuis que ces bombes, ces armes nucléaires de destruction massive, sont venues bouleverser les codes, de ce que d'aucuns appelleront "l'art militaire"? Quels sont les Etats qui prétendent être en leur possession? La course à l'armement nucléaire est-elle loin d'être terminée ? Ces questions, nous les posons en cette "date-anniversaire".

En 2020, on peut affirmer que 9 Etats possèdent l'arme nucléaire à travers le monde. Parmi ces 9 Etats, 5 sont juridiquement reconnus comme "Etats dotés de l'arme nucléaire" (ils sont représentés en bleu clair sur la carte ci-dessous).

Et donc les Etats-Unis, la Russie mais aussi le Royaume-Uni, la France ou la Chine (familièrement, "le club des 5") sont admis car ils ont ratifié le TNP, le Traité sur la Non-Prolifération des armes nucléaires. Ce traité a permis de fixer les règles. Les pays qui le signe s'engage à le respecter. Il serait par exemple inenvisageable pour un de ces pays, officiellement détenteur de l'arme atomique, de transférer des supports de technologie militaire nucléaire à d'autres.

Un club très fermé 

D'autres pays (en jaune, sur la même carte) sont aux portes du "club des 5", sans avoir le droit d'y entrer. L'Inde, par exemple, a toujours refusé de signer le TNP. Motif ? Son premier essai nucléaire dans les années 70 avait une "portée pacifique". On peut surtout penser que son programme nucléaire s'est étoffé, et a été rendu opérationnel, à mesure que les relations se sont compliquées avec ses deux grands voisins.

Citons aussi le Pakistan et pointons la Corée du Nord qui, après l'avoir ratifié, a snobé le traité en 2003, poursuivant des essais nucléaires entre 2006 et 2017, sans que l'on sache réellement si sa force nucléaire est opérationnelle. 

Enfin, il y a Israël. Israël qui n'a jamais reconnu publiquement l'existence de son programme nucléaire. 

Quant à l'Iran, certains craignent que le retrait américain de l'accord sur le nucléaire, n'ait conduit Téhéran à véritablement relancer son programme. 

Plus globalement, on estime que depuis la fin de la seconde guerre mondiale, 31 pays se sont lancés dans "l'entreprise nucléaire", la moitié avait un programme. Ils sont neuf à réellement avoir été jusqu'au bout. 

L'arsenal nucléaire à la loupe 

Envisageons à présent "l'arsenal nucléaire" de ces Etats identifiés. On parle du nombre de têtes nucléaires présentes dans les pays et la carte ci-dessous en fait le décompte. 

Avec respectivement 6375 et 5800 têtes nucléaires, la Russie et les Etats-Unis caracolent en tête. Certes, le stock a fondu au fil des décennies mais à elles seules, ces deux puissances totalisent plus de 90 % des armes nucléaires du globe. 

"Ces dernières années, la situation peut paraître globalement inchangée", analyse Yannick Quéau, directeur de la recherche pour le Groupe de recherche et d'information sur la paix et la sécurité (GRIP). "On note une légère augmentation en ce qui concerne les têtes nucléaires chinoises, mais il faut rester prudent avec ces données."

Il ne reste qu'un seul accord nucléaire majeur entre Washington et Moscou

Situation inchangée, voire status-quo : un désarmement nucléaire serait-il envisageable à plus ou moins long terme ? "On en est très très loin. Ca fait un moment que nous nourrissons de grosses inquiétudes. Nous assistons à mise à terre de plusieurs traités, ces ciments, qui forment en quelque sorte le régime de contrôle du risque nucléaire", constate Yannick Quéau. "En 2019, on a tous pratiquement oublié que les Etats-Unis annonçaient leur retrait d'un traité de désarmement majeur conclu avec la Russie." Et comme pour rajouter à la crainte déjà très perceptible : "Il ne reste qu'une seul accord nucléaire entre Moscou et Washington et il arrive à échéance en 2021...lorsque les Américains assisteront à l'investiture de leur Président". 

Modernisation de l'armement 

75 ans Hiroshima, la course à l'armement est donc loin de s'achever. "Il y a le développement des nouveaux vecteurs : tout ce qui est utile pour convoyer une arme nucléaire mais surtout on est entré dans une nouvelle génération", analyse Yannick Quéau. "Une ère de modernisation des armes nucléaires. Riche de perspectives. Comme celle d'y appliquer des nouvelles technologies. Jusqu'à l'Intelligence Artificielle, mais on en n'est pas encore là..."

Le Département américain de la Défense vise également à développer de nouveaux types d'armes atomiques, d'une moindre puissance que les bombes classiques. 

Le risque nucléaire, perdu de vue ? 

Enfin, cette question : posséder l'arme nucléaire reste-t-elle perçue comme une condition pour peser dans les relations internationales ? Car, c'est vrai, au regard des Etats-Unis ou de la Russie, les stocks peuvent être jugés réduits. Pourtant, tout est relatif  : un stock minimal peut être jugé suffisant pour faire jouer la dissuasion nucléaire, dans un optique purement défensive. Avec ce danger qui pointe du côté des régimes autoritaires, de plus en plus convaincus que détenir l'arme atomique est une sorte d'assurance-vie. 

Ce qui amène notre spécialiste à conclure : "Il y a une chose qui est un peu déplorable en 2020. C'est que nous tous, édiles politiques autant que citoyens, avons perdu de vue le risque nucléaire..."

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