70 ans après la proclamation de l'État d'Israël: "une réussite politique", selon un expert

Ce 14 mai marque le 70e anniversaire de la proclamation d'Israël comme État, mais également celle d'un événement fort en symbolique : le déménagement de l'ambassade américaine de Jérusalem à Tel-Aviv. Fabrice Dubuisson, chercheur au Centre de droit international décrypte.

Bien que contraire au droit international, ce déménagement aura bel et bien lieu. En 1980, le conseil de sécurité adopte une résolution qui déclare nulle et non avenue la loi d'annexion de Jérusalem-Est. En réalité, elle était déjà annexée depuis 1967. "D'ailleurs, dans cette résolution, on demande aux États de retirer toutes leurs missions diplomatiques qui se trouvaient encore à Jérusalem et c'est ce qui explique que l'ensemble des missions diplomatiques se trouvent à Tel Aviv et non pas à Jérusalem", explique Fabrice Dubuisson.

C'est donc en défiance de cette résolution du conseil de sécurité qui date de 1980 que les États-Unis, il y a déjà quelques mois, ont reconnu Israël comme étant la capitale, ce qui implique forcément Jérusalem unifiée, et par voie de conséquence ont décidé le transfert de l'ambassade. Depuis, quelques États semblent suivre le mouvement avec le prestige des États-Unis et certainement des pressions politiques. Quelques semaines après l'annonce de Donald Trump, l'Assemblée générale des Nations-Unies a condamné cette décision.

Le droit international, sans aucun poids ?

Se pose, dès lors, la question du poids du droit international. "C'est assez paradoxal, c'est-à-dire qu'à la fois il pèse beaucoup puisque ça encadre toutes les perspectives de résolution du conflit, donc il y a une référence constante au droit international et toutes les solutions sont écrites par les résolutions des Nations unies. D'un autre côté, c'est le rapport de force qui prévaut. Israël est appuyé par les États-Unis depuis extrêmement longtemps et peut donc s'appuyer sur le bouclier américain, secondé par une puissance militaire qui lui permet finalement d'imposer par la force une situation sur le terrain." Donc, en théorie, le droit international existe, mais il reste compliqué à mettre en œuvre, soit parce que les États-Unis ne veulent pas le faire, soit parce que d'autres puissances comme l'Union européenne ne mettent pas le poids dans la balance pour essayer de l'appliquer effectivement.

Même 70 ans plus tard, la légitimité de l'État d'Israël est questionnée. Son existence est acceptée par tous les acteurs, mais ce sont bel et bien la reconnaissance des droits des Palestiniens et de l'existence d'un État palestinien.

L'État d'Israël: une "réussite politique"

Aux yeux du droit international, les frontières devraient être ce qu'on appelle "les lignes de 1967", c'est-à-dire en réalité les lignes d'armistice qui ont été établies en 1949 à la fin de la guerre de 1948 qui a suivi la proclamation de l'État d'Israël. Les Palestiniens ont accepté de ne plus revendiquer des villes qui pourtant n'avaient pas été attribuées à Israël dans le plan de partage, comme Nazareth ou Jaffa. Le compromis palestinien a donc été fait depuis longtemps, mais Israël revendique toujours l'ensemble de Jérusalem.

70 ans après sa création, la proclamation d'Israël comme État est une réussite politique pour François Dubuisson. Cependant, "c'est difficile de dire que c'est une réussite en termes de réconciliation et d'implantation dans la région, c'est-à-dire qu'il n'y a pas eu de réconciliation avec les États voisins". Pendant longtemps, Israël n'a même pas répondu au plan de paix établit en 2002 et puis il y a quelques années à peine, Benyamin Netanyahou a dit que le plan de paix arabe ne l'intéressait pas parce que ça impliquerait de restituer un certain nombre de territoires sur lesquels ils ont la main mise, notamment le Golan syrien ou Jérusalem-Est. Donc, là il y a cette possibilité de réconciliation et d'avoir des relations normales avec les États voisins, mais ça implique par ailleurs le respect du droit international. Il n'y a pas eu non plus de réconciliation avec la population palestinienne, ce qui passerait à la fois par la reconnaissance d'un État palestinien et par une solution du problème des réfugiés.

hymne américain et ovation pour l'ambassadeur:

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