7 ans après l'indépendance, le Kosovo est "malade de ses illusions brisées"

Des chaussures d’enfant abandonnées sur les frontières hongroises le 9 février.
Des chaussures d’enfant abandonnées sur les frontières hongroises le 9 février. - © ANDREJ ISAKOVIC - BELGAIMAGE

Depuis le début de l’année, le Kosovo est en train de se vider de sa population. Sans statistiques réelles, les chiffres sont invérifiables, mais depuis le début de l’année, 50 000 personnes, soit 3% de la population, auraient quitté le Kosovo.

Certains parlent d’hystérie collective, de virus, de contagion et chacun connaît au moins plusieurs personnes ayant décidé de partir du jour au lendemain. Un matin, le patron d’un restaurant a constaté le départ de deux de ses employés. Un entrepreneur de Pristina a perdu, d’un seul coup, 40 ouvriers.

Un exode qui a débuté il y a six mois

Dans les villes et les villages, les écoles se vident et les professeurs s’en vont tandis qu’un nombre grandissant d’élèves manquent à l’appel.

Cet exode massif a débuté voici 6 mois. Entre 100 000 et 250 000 Albanais du Kosovo auraient fui le pays vers la Hongrie puis l’Allemagne et l’Autriche où ils introduisent une demande d’asile dans l’espoir d’une vie meilleure. Mais le pire est que la majorité d’entre eux sera contrainte au retour. Or, pour financer ce voyage, les candidats à l’exil ont vendu tous leurs biens: maison, terres et animaux. Pour ceux qui devront rentrer au pays, le choc sera d’autant plus dur qu’ils auront réellement tout perdu.

Pratiquement toute la jeunesse au chômage

7 ans après son indépendance, le Kosovo n’est pas réellement viable. Avec moins de 90 centimes d’euro par jour, 20% de la population vivent dans l’extrême pauvreté et 30% vivent avec 1,4 euro par jour. Officiellement, le chômage touche 30% de la population, mais dans les faits, il faut pratiquement doubler ce chiffre. Le chômage frappe particulièrement l’importante population jeune qui compte 80% de sans-emplois.

La détresse économique n’explique pourtant pas tout dans cet exode. Les gens sont avant tout fatigués. Les Albanais du Kosovo étaient considérés comme le peuple le plus optimiste d’Europe. Après la fin de la guerre en 1999, ils voulaient à tout prix rentrer chez eux, même si le pays était dévasté. Aujourd’hui, leurs enfants n’ont, à l’inverse, plus qu’un seul rêve: quitter ce pays.

Payés en monnaie de singe

" Le pays est malade de ses illusions brisées " a écrit un journaliste. Mais c’est aussi l’échec de la communauté internationale, présente au Kosovo depuis 15 ans. La pauvreté, les inégalités sociales, la corruption et le clientélisme n’ont fait que se renforcer. Jusqu’à l’indépendance, en 2008, les gens ont consenti d’importants sacrifices, mais aujourd’hui, ils se rendent compte qu’ils ont été payés en monnaie de singe. Ils ne croient plus en rien et, faute de visa, ne peuvent pas non plus sortir du pays. Ils ont l’impression de vivre dans un ghetto et cherchent leur salut dans la fuite.

Philippe Bertinchamps

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