60 ans du Traité de Rome: la Pologne pourrait bien jouer les trouble-fêtes

La première ministre polonaise Beata Szydlo lors du sommet européen des 9 et 10 mars dernier
La première ministre polonaise Beata Szydlo lors du sommet européen des 9 et 10 mars dernier - © STEPHANE DE SAKUTIN - AFP

Samedi prochain, les dirigeants des Etats membres de l'UE, à l'exception de la première ministre britannique Theresa May, se retrouveront à Rome pour célébrer le 60ème anniversaire du Traité de Rome, le traité fondateur de l'Union européenne.

Une Union européenne qui traverse la période la plus sombre de sa jeune histoire. Crise économique, crise migratoire, Brexit, terrorisme, repli identitaire,... Les incertitudes et les sources d'inquiétude sont nombreuses. Il y a 60 ans pourtant, les pays signataires du Traité de Rome - l'Allemagne, la France, l'Italie et les pays du Benelux - s'engageaient à "établir les fondements d'une union sans cesse plus étroite entre les peuples européens".

La Pologne prête à bloquer les discussions si nécessaire

Samedi, les 27 devraient se montrer unis et manifester leur détermination à "rendre l'Union plus forte et plus résistante, grâce à une plus grande unité et une plus grande solidarité". 

Sauf que, la Pologne pourrait bien contrarier ces appels à l'unité européenne. Lors du dernier sommet européen déjà, au début du mois de mars, on a vu la Pologne s’opposer frontalement à ses partenaires sur la reconduction de Donald Tusk à la tête du Conseil européen. La Pologne a d'ailleurs refusé de signer les conclusions finales de ce sommet.

Et pas plus tard que ce jeudi matin, Beata Szydlo, la première ministre polonaise, a évoqué la possibilité que la Pologne ne signe pas la déclaration finale du sommet de Rome. Varsovie exige que ses quatre priorités apparaissent dans le texte : l’unité de l’Union européenne; une collaboration étroite avec l'OTAN; le renforcement du rôle des Parlements nationaux; et que "les principes du marché commun ne doivent pas diviser, mais unir". La Pologne ne va donc pas nécessairement bloquer les discussions, mais elle est en tout cas prête à le faire si besoin. 

Un affrontement entre pays de l'Est et de l'Ouest

La Pologne et son gouvernement nationaliste populiste veut tirer un maximum de l’Union européenne tout en donnant un minimum en retour. Si Beata Szydlo clame à voix haute son attachement à l’unité de l’Union européenne, c’est avant tout parce que la Pologne est actuellement le pays parmi les 28 qui reçoit le plus de fonds européens. Grâce à cet argent, le pays se développe à vitesse grand V depuis quelques années. Mais aujourd’hui avec cette "Europe à plusieurs vitesses" prônée par la France et l’Allemagne notamment, le gouvernement polonais a peur de voir le développement du pays freiner considérablement.

Soulignons toutefois que la Pologne n’est pas isolée dans ce dossier. Ses partenaires du groupe de Visegrad - la République Tchèque, la Slovaquie et la Hongrie - sont également opposés à l’Europe à plusieurs vitesses. On serait plus ici dans un affrontement entre les pays de l’Ouest et ceux de l’Est.

L'écart se resserre entre le parti au pouvoir et l'opposition

Mais cette position Polonaise vis-à-vis de l’Europe ne fait vraiment pas l’unanimité dans le pays. Depuis l’arrivée des nationalistes au pouvoir il y a un an et demi, l’opposition libérale manifeste régulièrement et de nombreux drapeaux européens apparaissent lors de ces manifestations. D’ailleurs, samedi, les citoyens pro européens sont invités dans 60 villes polonaises à venir chanter l’Ode à la Joie à l’occasion des 60 ans du traité de Rome.

Autre signal révélateur, pour la première fois depuis deux ans, l’écart entre le parti conservateur au pouvoir Droit et Justice (PiS) et le parti libéral la Plateforme civique (PO) s’est considérablement resserré. Deux points d’écart seulement à l’avantage des conservateurs alors que ces derniers comptaient encore 17 points d’avance au début du mois.

Sans doute les effets de l’affaire de la réélection de Donald Tusk et de l’humiliation subie par la diplomatie polonaise à Bruxelles il y a deux semaines.

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