Elections italiennes: quels sont les scénarios possibles? Quelles conséquences pour l'Europe? 6 choses à savoir

Silvio Berlusconi, Matteo Renzi, Luigi Di Maio, Matteo Salvini,
3 images
Silvio Berlusconi, Matteo Renzi, Luigi Di Maio, Matteo Salvini, - © Belga/AFP

Les Italiens votent ce dimanche 4 mars à l'occasion des élections législatives. La coalition de centre-gauche au pouvoir risque bien de voler en éclats. Aidée par le retour de Silvio Berlusconi, la droite est en tête. Mais l'issue reste particulièrement incertaine et inquiète l'Europe. Le point en six questions. 

Quelles sont les forces en présence? 

Trois forces principales vont se disputer les voix des électeurs italiens: une coalition de centre-gauche, une coalition de centre-droit et le mouvement 5 étoiles . 

Crédité de 28-30% des voix, le Mouvement 5 étoiles (M5S) est le premier parti du pays. Décrit comme populiste, le MS5 n'a pas vraiment de ligne politique distincte. Il ne se revendique ni de gauche, ni de droite et incarne avant tout le rejet de l'élite au pouvoir. Problème: le M5S rejette toute alliance, ce qui permet à la coalition de centre-droit de le détrôner. 

Avec 37-38% d'intentions de vote, la coalition de centre-droit est donc la grande favorite. En son sein: Forza Italia, menée par un Silvio Berlusconi de retour sur la scène politique. Et La Ligue, nettement plus ancrée à droite, dirigée par le sulfureux Matteo Salvini. 

La coalition de centre-gauche, dont fait partie le Parti Démocrate de Matteo Renzi, est déforcée depuis la défection de l'aile la plus à gauche. Matteo Renzi espère atteindre les 25%.

Silvio Berlusconi n'était-il pas inéligible? 

Si! L'ex-Premier ministre et homme d'affaires est inéligible suite à sa condamnation pour fraude fiscale en 2013. Il ne pourra pas être élu à la tête du gouvernement, ce qui ne l'empêche pas de diriger la campagne électorale de son parti pour tenter de le mener vers la victoire. Une stratégie qui porte ses fruits: le vieux magnat des médias a réussi à booster les intentions de vote pour Forza Italia. 

Serait-il d'ailleurs vraiment en état de diriger le pays? A 81 ans, rien n'est moins sûr. En cas de victoire de Forza Italia, que se passera-t-il donc? Antonio Tajani, actuel président du parlement européen et proche de Berlusconi, a accepté d'être le chef de gouvernement. Une façon pour le gouvernement italien de "se créditer auprès d'Angela Merkel et des institutions européennes", analyse Mario Telo, professeur à l'ULB. 

Sujet JT: Berlusconi de retour en politique (13/02)

Comment ça marche?

Pour faire simple: une nouvelle loi électorale attribue les sièges en jeu via un système mixte, mêlant scrutins proportionnel et majoritaire. Pourquoi est-ce important? Parce que ce système favorise les coalitions. Dans un scrutin majoritaire, le parti qui arrive en tête emporte tous les sièges. Il est donc plus intéressant pour un parti former une coalition pour maximiser ses chances d'arriver premier. 

Et ce n'est pas un hasard. "Ce nouveau système électoral est le fruit d'un accord entre le Parti Démocrate et Forza Italia pour mettre en difficulté le Mouvement 5 Etoiles", explique Christian Franck, professeur émérite à l'UCL. Refusant toute alliance, le parti populiste a moins de chance d'engranger des sièges dans ce système.

Autre conséquence: les coalitions qui se forment sont loin d'être des alliances de parfaite entente. Forza Italia et La Ligue, tous deux au sein de la coalition de centre-droit, s'opposent en réalité presque sur tout. 

Par ailleurs, à peine 41% des voix (environ) permettraient d'avoir une majorité stable au Parlement. Problème: comme expliqué plus haut, la coalition favorite (de centre-droit) n'arrive qu'à 37-38% d'intentions de vote. Ce qui amène à une autre question: à quoi peut-on bien s'attendre suite à ces élections?

A quoi doit-on s'attendre?

Pour nombre d'observateurs, à une "Italie ingouvernable". Selon Christian Franck, trois scénarios sont envisageables. 

1. Une coalition (ou un parti) obtient la majorité et peut gouverner

"C'est peu probable, vu les intentions de vote", analyse Christian Franck. Et même si la coalition de centre-droit parvient à arracher la majorité, l'incertitude persiste. "Il y a énormément de tensions entre Forza Italia et La Ligue. Le parti de Berlusconi est de centre-droit, alors que celui de Salvini appartient au groupe du Front National au Parlement européen... Ca vous donne une idée", ajoute le professeur. Au sein de la coalition, il est convenu que le parti en tête ait la main sur les négociations et porte son candidat en tant que Premier ministre. Mais si Salvini devance Berlusconi, "la coalition risque d'éclater."

2. On conserve le gouvernement actuel

Si pas de majorité, le gouvernement actuel pourrait continuer à diriger le pays pendant quelques mois. Avant de nouvelles élections. Avec le même système électoral? C'est la question.

3. Le président prend la main: vers une coalition gauche-droite?

"Le président a un très grand rôle", analyse Christian Franck. Il pourrait confier la formation d'un gouvernement à un parti (ou une coalition) qui n'a pas obtenu la majorité mais doit créer de nouvelles alliances. "On pourrait dès lors voir le 'Forza Italia' de Berlusconi et le 'Parti Démocrate' de Renzi quitter leurs coalitions respectives (centre-droit et centre-gauche) pour gouverner ensemble". Et ainsi: exit du pouvoir les turbulents M5S et Ligue

Quelles conséquences pour l'Europe? 

L'Italie est la 3e économie de la zone euro et le 4e pays le plus peuplé de l'Union européenne. "Avec sa dette conséquente, l'économie italienne est toujours fragile", analyse François Foret, professeur à l'ULB. "Pour la stabilité de la zone euro, c'est important que cette dette ne se détériore pas et que le parti au pouvoir ait le souci de préserver cette stabilité", renchérit Christian Franck, "qu'on ne passe pas de le crise grecque à la crise italienne". Or, pour l'instant, "les propositions ne vont pas dans le sens de la stabilité".

Le Mouvement 5 Etoiles et La Ligue ont d'ailleurs une position ambiguë sur l'Union européenne et l'euro. Au début de la campagne, tous deux réclamaient un référendum sur la sortie de la zone euro. "Toutefois, en voyant que la mesure n'était pas très populaire, cette revendication est devenue plus discrète", analyse Christian Franck.

Autre enjeu majeur: l'immigration. "C'est le sujet principal de la campagne", explique Mario Telo, professeur à l'ULB. Il faut dire que réalité géographique oblige, l'Italie est en première ligne face aux flux migratoires. "On compte plus de 600.000 arrivées de migrants en Italie ces dernières années. Et le pays a été laissé dans une solitude totale", ajoute-t-il.

"Berlusconi et Salvini ont centré leur campagne sur l'expulsion des migrants illégaux", explique Mario Telo. "La seule différence entre les deux, c'est que Salvini veut le faire de façon dure et Berlusconi de façon plus souple." "Si la droite arrive au pouvoir, elle pourrait exiger de changer le Règlement de Dublin, qui prévoit la prise en charge des demandeurs d'asile par leur pays d'arrivée".

Où est donc passé Beppe Grillo? 

Figure haute en couleur de la politique italienne il y a quelques années, le turbulent fondateur du M5S a aujourd'hui pratiquement disparu des radars. 

"Beppe Grillo recommence à faire du théâtre. Il a pris ses distances avec sa propre créature. Le parti s'est professionnalisé et ce n'est plus vraiment son style", analyse Christian Franck. "Mais ce n'est pas une une rupture nette non plus". "Il a cédé le leadership, mais il est toujours le père spirituel du mouvement", ajoute Mario Telo.

C'est Luigi Di Maio, beaucoup plus lisse, qui tient désormais les rênes du parti. Voir son portrait ci-dessous.

Le portrait de Luigi Di Maio (Mouvement 5 étoiles)