5G: pourquoi certains Etats se méfient de Huawei ?

Les liens entre Huawei et le gouvernement chinois suscitent la méfiance.
Les liens entre Huawei et le gouvernement chinois suscitent la méfiance. - © TOLGA AKMEN - AFP

Alors que le géant chinois des télécoms est persona non grata aux Etats-Unis, accusé d’espionnage, les Européens ont tergiversé longtemps sur la volonté ou non de bannir Huawei. En 2018, la précédente Commission européenne déclarait qu’il fallait se méfier de Huawei, bien trop proche des autorités chinoises. Depuis mars 2019, l’Union européenne a relevé les risques potentiels liés à la 5G, en termes de cybersécurité. Et ce mercredi, la nouvelle Commission européenne a présenté des règles pour adopter la 5G de manière sécurisée.

Ce qu’on comprend, c’est que l’UE n’a pas banni directement Huawei de son marché pour la 5G. "Nous, en Europe, on accepte tout le monde mais on a des règles, et ces règles sont exigeantes", tonnait ce mercredi le commissaire européen, Thierry breton.
 


►►► Lire aussi : Réseau 5G : l’Europe n’exclut pas Huawei mais pose des "règles strictes et claires"


Pour rappel, la 5G, devrait engendrer 225 milliards de recettes mondiales en 2025. Certes, mais ça n’empêche pas de se méfier… Au moins un peu. 

Qu’est-ce que la 5G change ?

En fait, le plus gros atout de la 5G est aussi son point faible. Le déploiement de la 5G permettra de développer de nouvelles antennes, de nouvelles "portes d’entrée", plus sécurisées. Certaines entreprises, ou "sites sensibles" pourront avoir leur propre réseau, plus sécurisé et personnalisé. Mais parallèlement la multiplication de ces portes d’entrée créées une faille, une "exposition accrue aux attaques et la multiplication des points d’entrée potentiels pour les assaillants", s’inquiète la Commission européenne.

Un des autres risques liés à la 5G c’est que cette technologie devrait faciliter le traitement des données, mais donc pourra causer un risque sur "la confidentialité et la vie privé". D’autant que ces fournisseurs, pourraient avoir une visibilité sur les données qui passent sur le réseau qu’ils fournissent. Et dans une économie future où des pans entiers d’activités seront soumis à cette technologie, une telle dépendance est potentiellement dangereuse surtout si "un fournisseur a le pouvoir de mettre à genoux un réseau. On se retrouverait alors en situation de vulnérabilité", explique John Seaman, chercheur à l’institut français des relations internationales (IFRI).


►►► Lire aussi : La 5G : avec ou sans Huawei ? L’Europe doit choisir


Risque d’autant plus important s’il s’agit d’un "fournisseur à risque", ce que l’UE définit comme "une société qui dépend fortement d’un Etat, ou qu’un Etat peut obliger à divulguer les données de ses clients ".

Huawei et le gouvernement chinois

"Fournisseur à risque" ? Concernant Huawei, c’est toute la question.

Difficile d’imaginer, en effet, le succès d’un géant comme Huawei sans que des liens étroits ne soient tissés avec les autorités chinoises.

On peut, à cet égard, souligner la proximité de Ren Zhengefi, directeur de Huawei, et du gouvernement. Comme le signalait le journal le Soir, ce représentant des entrepreneurs privés a été élu au 12e Congrès national du parti communiste et son ex-femme est la fille d’un ancien député gouverneur. S’il n’est plus PDG, il est toujours directeur de la société.

Et même si le PDG du géant chinois ne cesse de clamer qu’il n’est pas à la solde du gouvernement chinois, " les dérives autoritaires ", souligne John Seaman, ne peuvent être ignorées.


►►► Lire aussi : soupçons d’espionnage : Huawei prêt à ouvrir son code source à des pays étrangers si nécessaire


Pour rappel, en 2017, le gouvernement chinois avait promulgué une loi sur le renseignement national, qui pourrait obliger les entreprises à fournir des informations au gouvernement. Peu rassurant, en effet.

C’est d’ailleurs bien là le problème, explique John Seaman. Entre les capacités technologiques de la 5G et les possibles liens qui existent, les risques sont importants. Pour le chercheur, "il existe deux niveaux de risques : d’abord un risque d’espionnage technologique. Avec la 5G, Huawei pourrait avoir un regard sur toutes les informations et les données qui passeraient par ses réseaux". Et si l’entreprise est liée ou contrainte par son gouvernement à fournir des informations sensibles, difficile d’entrevoir son levier de résistance. L’autre problème ce serait la dépendance des économies futures à la 5G.

Contexte international

Toutes ces questions, qu’il est certes nécessaire de se poser, arrivent également dans un contexte tendu au niveau international, à l’égard de la Chine.

Le climat de guerre commerciale ouverte entre les Etats-Unis et la Chine est régulièrement teinté des accusations d’espionnage de part et d’autre. Pour rappel, la directrice financière de Huawei, Meng Wanzhou, fait actuellement l’objet d’une demande d’extradition des Etats-Unis auprès des autorités canadiennes, où elle s’est réfugiée après des accusations d’espionnage.

On pourrait se dire que le gouvernement américain est légèrement paranoïaque ou très grandement centré sur ses propres intérêts. Après tout, comme le souligne le monde diplomatique, "l’économe chinoise dépassera celle des Etats-Unis pour devenir la plus puissante du monde d’ici à quinze ans .

Pourtant, "oui il y a des raisons de s’inquiéter", souligne l’expert. "Les Américains craignent que le partage de leurs informations avec leurs alliés, qui passerait par un fournisseur chinois tel que Huawei soit vulnérable", explique John Seaman.

Si nous devions imaginer le pire un instant, explique le chercheur de l’IFRI, "si la Chine et les Etats-Unis se retrouvent en conflit ouvert, il n’est pas impossible que l’un souhaite nuire à l’économie de l’adversaire, en mettant à genoux les réseaux sur lesquels fonctionne son économie", et à cet égard la 5G pourrait représenter un moyen de "neutraliser l’adversaire .

Avant de céder à la panique, rappelons que ces précautions sont certes nécessaires face aux nouveaux enjeux de cybersécurité posés par la 5G, mais elles relèvent pour l’instant de la spéculation. Cependant il vaut mieux prévenir que guérir.

 

 

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK