1,8 million de Catalans pour réclamer un référendum sur l'indépendance

Ils étaient plusieurs centaines de milliers à manifester ce jeudi à Barcelone.
Ils étaient plusieurs centaines de milliers à manifester ce jeudi à Barcelone. - © QUIQUE GARCIA - BELGAIMAGE

Les Catalans sont descendus dans les rues de Barcelone ce jeudi à l'occasion de leur fête nationale. Ils en ont profité pour réclamer plus de droits. Ils s'estiment lésés par l’État central, Madrid, en termes d'identité culturelle, de langue mais aussi d'autonomie fiscale.

La mairie de Barcelone, dirigée par la coalition nationaliste CiU du président catalan Artur Mas, a évalué jeudi à 1,8 million le nombre de manifestants indépendantistes descendus dans les rues pour réclamer un référendum sur l'avenir de la Catalogne. Du côté de Madrid, on estime qu'ils étaient entre 470 000 et 520 000.

Une foule immense a envahi les grandes avenues de Barcelone, formant un V (pour Voter), pour réclamer le droit d'organiser le 9 novembre un référendum, auquel le gouvernement central espagnol est fermement opposé.

Contrairement au gouvernement britannique, qui a autorisé le référendum écossais le 18 septembre, le gouvernement espagnol refuse tout référendum régional d'autodétermination. Invoquant la Constitution, il veut empêcher celui que la Catalogne prépare pour le 9 novembre.

"Jà n'hi prou!", c'est assez !

C'est un homme engagé, motivé, déterminé que nous rencontrons ce jour-là. Un patron de PME comme d'autres en Catalogne qui ne souhaite qu'une chose, l'indépendance de cette région d'Espagne autrefois riche et qui dispose pourtant d'un statut d'autonomie important : "Madrid ne pense qu'aux entreprises côtés en bourse pas aux PME. Nous manquons d'infrastructures pour développer l'activité économique. Nous payons des impôts et nous sommes même prêts à en payer plus s'il le fallait mais à condition que cela serve à améliorer la Catalogne".

Jordi Bonastre tient à préciser qu'il n'a rien contre le peuple espagnol, qu'il comprend la solidarité entre régions, mais jusqu'à un certain point. "Si on avait une politique de proximité, pour aider les PME, cela réindustrialiserait le pays, ça ferait baisser le chômage et cela créerait plus de richesses."

Le peuple catalan a toujours été considéré comme travailleur et ouvert sur le monde. Aujourd'hui, la crise économique faisant, bons nombre de citoyens commencent à penser, que peut-être, seuls, sans l'Espagne, ils pourraient vivre mieux. La rumeur parle même de 10% de chômage en moins.

A passé 70 ans, Muriel Casals, une Franco-espagnole, est l'une des chevilles ouvrières du mouvement pour l'indépendance. Elle aussi tient à préciser qu'elle n'a rien contre les Espagnols, qu'il est normal de partager, que la solidarité fait partie des valeurs catalanes mais "que jà n'hi prout!" , c'est assez ! Elle constate que l'argent des impôts qui va à Madrid devrait revenir aux écoles, aux chômeurs de sa région qui souffre beaucoup alors qu'il n'y a pas si longtemps elle était prospère.

La révolution industrielle

C'est vrai que du temps de sa splendeur, la Catalogne ne s'est jamais préoccupée de tous ses impôts (16 milliards d'euros) versés chaque année à Madrid. Mais la révolution industrielle est terminée depuis longtemps. La crise a frappé. Devoir reverser 8% de son PIB à l'état central c'est trop. Élisenda Palizeu, doyenne de la faculté d'économie de l'université de Barcelone abonde dans ce sens : "Même les lands allemands ne reversent pas autant !" La Catalogne produit 1/5 de la richesse de l'Espagne. Elle crée plus d'emplois que Madrid, mais sa situation n'est guère enviable car sa dette s'élève à 57 milliards d'euros.

"Le problème de la dette catalane, précise l'économiste, c'est que le gouvernement catalan n'a pas prévu l'arrivée de la crise. Il y avait des besoins énormes en infrastructures parce que l'immigration massive ses 10 dernières années a fait augmenter le nombre de résidents, il y a eu un besoin d'écoles et d'infrastructures en tout genre, alors le gouvernement catalan s'est endetté, auprès de Madrid qui a prêté l'argent mais a un taux supérieur à celui du marché."

Un terreau fertile pour les séparatistes

Sur tous les fronts, on martèle que l'état central ne respecte pas les Catalans, qu'il méprise leur langue, leur culture et ne lui offre pas l'autonomie fiscale comme celle du Pays basque et de la Navarre, les deux régions désormais les plus riches d'Espagne. Les indépendantistes boivent du petit lait.

Germa Bel, ancien député socialiste a la solution toute trouvée pour régler la situation : "Si nos problèmes n'intéressent pas Madrid, ne la concerne pas, qu'on nous laisse décider".

"El dret a decidir", le droit de décider, comme les Écossais, le 18 septembre prochain.

Le peuple catalan fier, têtu et terriblement accroché à son histoire et ses racines, ne peut oublier que le 11 septembre 1714, il a perdu la bataille face au roi d'Espagne. Il a été annexé, a dit adieu à son autonomie et à ses droits. Philippe V a voulu créer une nation homogène mais la sauce n'a visiblement pas pris! Et dans la rue ce jeudi, beaucoup trouvait qu'il était trop tard, qu'elle ne prendrait jamais plus...

A Barcelone, Esmeralda Labye

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