50 ans après la mort de Martin Luther King, où en est le quartier Noir de Washington?

Dernier hommage à Martin Luther King lors de son enterrement à Atlanta.
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Dernier hommage à Martin Luther King lors de son enterrement à Atlanta. - © FILES - BELGA

Le 4 avril 1968, des quartiers de Washington sont transformés en zone de guerre. Ce même jour, l’Amérique apprend l’assassinat du célèbre pasteur et militant, Martin Luther King, à Memphis. La communauté afro-américaine est dévastée. La colère de certains Noirs américains, qui bouillonnait depuis longtemps, explose. Des émeutes ont lieu dans une centaine de villes du pays. De ces nuits de chaos, la capitale américaine a mis près de 30 ans à se remettre.

Dans la mémoire des habitants du quartier Noir de Washington, l'assassinat de Martin Luther King résonne toujours. Aux abords de la 14th street, une célébrité dans le quartier de 84 ans, Virginia Ali, se souvient de ce fameux jour d'avril 1968.

Ben's Chili Bowl: dernier restaurant d'époque

À Ben's Chili Bowl, le restaurant de hot-dog et chili qu’elle a monté avec son mari, règne aujourd'hui une ambiance familiale : banquettes rétro, Juke box, etc. C’est d'ailleurs l’un des rares établissements de l’époque encore ouvert. Un lieu désormais devenu mythique et qui a vu se loger sur ses banquettes des présidents tels que Barack Obama ou Nicolas Sarkozy.

"On a ouvert en 1958 et en 1968, après que le Docteur King a été assassiné, on a eu un sérieux soulèvement ici dans cette rue qu’on appelait avant le "Broadway Noir". Quand les émeutes ont commencé vous pouviez voir les magasins se faire casser, voler. Beaucoup ont été brulés aussi. C’était vraiment une triste époque."

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Après presque 30 ans de reconstruction, la 14e rue saccagée lors des émeutes, a mis près de 30 ans à se reconstruire, après être tombée aux mains des dealers et de leurs drogues.

Le quartier n'a aujourd'hui plus rien de son ambiance d'antan. A majorité Blanc, les bars et restaurants branchés s'y comptent par dizaine et les prix de l’immobilier y ont flambé.

La messe, le moment le plus clivant

Clennie Murphy y a grandi et il revient tous les dimanches pour aller à l’Eglise. “Fut un temps où c’était un quartier avec 100% de Noirs. L’Église a été réduite à moins de 300 membres…"

Dans cette Eglise, les fidèles sont pourtant tous Afro-Américains. La situation n’a pas beaucoup évoluée dans les chapelles du pays depuis la mort de Martin Luther King, il y a encore peu de mélange entre Noirs et Blancs.

Clennie Murphy confirme cette lente évolution, mais assure, optimiste, qu’il y a plus d’échanges entre les communautés que par le passé. "Bon c’est vrai qu’on dit que le moment le plus ségrégé en Amérique c’est le dimanche matin, quand les Noirs sont dans leurs églises et les Blancs dans les leurs. Oui c’est un fait. Mais on travaille ensemble, ça nous aide à se rapprocher, à mieux se comprendre."

Suzette Burns, 50 ans, est née quelques mois avant la mort du célèbre pasteur et ne s'est jamais vraiment posée la question du peu de mixité dans les églises. “C’est une bonne question je pense juste qu’il y a peut-être encore un manque de compréhension dans nos différences.”

Un malaise qui persiste

Cependant, elle a vu la capitale changer : la reconstruction à la suite des émeutes en 1968, a largement exclu les Afro-Américains. “La ville a longtemps été appelée la ville chocolat car la plupart d’entre nous étions Noirs mais il y a eu un moment où il y a eu l’arrivée de davantage de Blancs et c’était genre “ah, soyons tous unis” mais en fait c’était plus “débarrassons nous de quelques Noirs et ramenons plus de Blancs" !”

Il y a encore un malaise et de fortes inégalités entre Blancs et Noirs à Washington, comme dans l'entièreté du pays. Et pour cause : la violence policière s’abat plus souvent sur les jeunes Noirs et la communauté est fortement touchée par la pauvreté. 28% des Afro-Américains vivent toujours sous le seuil de pauvreté contre 10% des Blancs.

Mixité rare, mais en progression

Enfin, John Kittrell, voiturier de l’Église, confirme que l’Amérique est encore loin d’avoir réalisé le rêve de Martin Luther King : “Je pense qu’il serait vraiment très déçu de voir qu'au final les choses reviennent en arrière."

Dans les églises, parfois dans les écoles et dans de nombreux quartiers, la mixité est encore trop rare. Mais le taux de scolarisation des Afro-Américains a augmenté de plus de 30% depuis les années 70. Aussi, l’embourgeoisement d’une bonne partie de la communauté noire donne à beaucoup l’espoir d’une Amérique plus juste et plus égale. En attendant une parfaite égalité, les jeunes membres du mouvement Black Lives Matter veillent au grain.

Evocation de la vie de Martin Luther King en images, dans notre Journal télévisé:

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