27°C au nord du Cercle Arctique fin mai : fonte des glaces et incendies à la clé

27°C au nord du Cercle Arctique fin mai : fonte des glaces et incendies à la clé
27°C au nord du Cercle Arctique fin mai : fonte des glaces et incendies à la clé - © Tous droits réservés

 

Ce sont des températures estivales qu’on n’imagine pas, en général, à ces latitudes. 27°C au nord du Cercle Arctique. Un peu plus au sud, la Sibérie a, elle aussi, enregistré des températures importantes, 30°C avec, à la clé, des incendies.

Depuis mi-mai, ces régions du globe connaissent des températures très élevées. C’est une vague de chaleur qui a traversé la Sibérie occidentale et qui s’est étendue vers le nord. La raison est une zone de hautes pressions qui s’est installée sur la région. Les températures actuelles, plus élevées que la normale en cette saison, surviennent après un hiver où l’on a déjà battu des records de chaleur dans cette partie de l’hémisphère nord.

Comme l'explique Fabian Debael, météorologiste à l'IRM, le phénomène qu'on observe actuellement au niveau du cercle arctique a deux origines.  Cet hiver, un vortex polaire "fort" s'est installé. "En conséquence, de l'air froid est resté au niveau du pôle nord sans qu'il ne se déverse sur les latitudes plus basses en Asie ou en Sibérie.  Il y a peu de descentes d'air froid", explique-t-il. Cela a donc généré un hiver sensiblement moins froid dans des régions comme la Sibérie.
L'autre raison de la vague de chaleur de la fin mai dans l'Arctique, c'est la "formation d'une crête de haute pression sur l'Asie. Elle a généré de la chaleur.  Cela a permis un échauffement  de la  surface du sol". Et donc, une fonte de la neige et de la glace plus rapide, de la sécheresse et des incendies. 

 

Les températures tendent à augmenter dans l’Arctique, avec des conséquences

Lors de l’été 2019, des températures de près de 35°C ont été enregistrées au nord du cercle arctique, en Suède. Plus au nord, près du pôle, la température a grimpé à plus de 20°C. Cela avait déjà été le cas lors des années précédentes avec, à la clé, des glaces qui fondent et des incendies qui se déclenchent, illustrant le fait que l’Arctique se réchauffe vite, plus vite que le reste de la planète.

Ces conditions météorologiques ont des conséquences. Sur terre, les incendies se développent à proximité de zones encore enneigées et en précipitent la fonte. " Quand il y a une température aussi élevée dans cette région-là, c’est souvent accompagné de sécheresse. Cela favorise les incendies de forêts. Il y a des risques d’incendies élevés. On a vu, lors des précédentes années des surfaces importantes près du cercle polaire qui sont en feu très longtemps, car il n’y a pas de possibilités d’éteindre ces feux facilement ", explique Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue et professeur à l’UCLouvain.

Au large des côtes, la chaleur se propage dans les mers qui bordent la Sibérie et y accélère la fonte des glaces. La mer de Kara, à l’Est de la mer de Barents et au nord de la Sibérie occidentale a connu à la fin du mois de mai une fonte très rapide. Celle-ci a fait suite à une fonte plus lente mais précoce au début du mois de mai. Fin mai, la couche de glace dans la mer de Kara était à son plus bas niveau jamais enregistré à cette période de l’année. D’autres mers de la région, la mer de Bering et la mer de Barents connaissent aussi des niveaux de glace extrêmement faibles pour le mois de mai.

Autre conséquence, la fonte du pergélisol, la partie du sol qui était gelée en permanence auparavant. Les fondations de bâtiments qui ont été construits sur ce sol gelé deviennent moins solides, deviennent quasiment de la boue. Des bâtiments perdent leur stabilité, penchent ou s’effondrent dans ces régions. Enfin, des réserves de C02 ou de méthane qui étaient stockés dans les sols s’échappent et deviennent des gaz à effet de serre. " Ils rajoutent des gaz à effet de serre à une atmosphère qui n’en a vraiment pas besoin ", poursuit Jean-Pascal Van Ypersele, climatologue à l’UCLouvain. " C’est un signal de plus. Il y en a tellement, de tous les côtés, qu’on se demande ce qu’il faudrait pour l’humanité comprenne qu’il est temps de réduire les émissions de gaz à effet de serre. Si on ne réduit ces émissions, on va avoir une vague de changements climatiques ", explique le climatologue belge.

Des incendies zombies

La semaine dernière, le service européen Copernicus de surveillance de l’atmosphère s’est inquiété d ces températures rencontrées dans les régions arctiques. Ces " anomalies " font craindre l’existence d’incendies "zombies" qui auraient subsisté sous la surface depuis les feux sans précédent de l’an dernier. Lors de l’été 2019, le cercle polaire avait été le théâtre d’incendies d’une ampleur exceptionnelle. Ces feux avaient, rien qu’en juin, relâché 50 mégatonnes de CO2 dans l’atmosphère, soit l’équivalent des émissions annuelles d’un pays comme la Suède.

Cette année, les scientifiques regardent donc de près ce qu’il s’y passe et "envisagent la possibilité d’incendies zombies en Arctique", selon Copernicus. Ces incendies "zombies" seraient des foyers "qui brûlent lentement sous la surface pendant l’hiver et peuvent remettre le feu à la végétation à la surface au printemps lorsque la neige et la glace disparaissent", a expliqué Mark Parrington, expert du service européen de surveillance de l’atmosphère Copernicus.

Rien ne prouve pour le moment l’existence de ces incendies zombies mais des indices permettent de penser que les feux qui se développent actuellement sont ceux qui brûlaient déjà pendant l’été 2019. " Nous avons des observations satellites d’incendies actifs qui laissent penser que des incendies zombies ont repris, même si ça n’a pas été confirmé sur le terrain", a commenté Mark Parrington. "Les anomalies sont relativement étendues dans des zones qui ont brûlé l’été dernier", a-t-il ajouté. Ce qui laisse présager des incendies de grande ampleur, comme l’an dernier dans les mêmes zones.

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