25 morts en Syrie ce mardi, Damas autorise l'aide humanitaire

Quinze soldats, trois rebelles et un civil, ont été tués mardi dans des combats opposant l'armée régulière aux insurgés dans l'ouest de la Syrie, selon  le président de l'Observatoire syrien des droits de l'homme (OSDH). Ce bilan porte à 25 le nombre de morts dans les violences pour la journée de mardi.

"Quinze soldats et trois combattants de l'opposition ont péri dans des combats survenus dans plusieurs villages de la zone d'Al-Hiffa, dans la région de Lattaquié", a déclaré Rami Abdel Rahmane, faisant également état de "dizaines" de militaires blessés. Un civil a également péri lors de ces combats.

"Les forces du régime utilisent des hélicoptères et des lance-roquettes situées dans les bases militaires des villages voisins", a indiqué Rami Abdel-Rahmane dont l'organisation avait fait état auparavant de "violents combats" dans les villages de cette région et d'un assaut lancé sur la localité d'al-Hiffa.

Pendant le week-end, près de 80 soldats de l'armée régulière avaient péri dans les combats avec les insurgés.

"L'armée syrienne fait face à des soldats rebelles ou à des opposants qui se sont armés, qui connaissent très bien le terrain et qui sont bien accueillis par la population", selon Rami Abdel Rahmane.

Pour sa part, l'agence officielle Sana a indiqué que "des groupes terroristes armés ont attaqué mardi des citoyens et des membres des forces de l'ordre à Al-Hiffa, ont détruit deux ambulances et tenté de saccager les institutions publiques et privées".

Assaut sur Kafarzita

Plus tôt mardi, l'armée syrienne a pris d'assaut la localité de Kafarzita dans la province de Hama, dans le centre de la Syrie, après trois jours de bombardements violents, rapporte l'Observatoire syrien des droits de l'Homme (OSDH). Les forces régulières ont entrepris une campagne de perquisitions au milieu de tirs intensifs, alors que les combattants rebelles s'en sont retirés.

Un convoi de voitures et de petits camions transportant des milices pro-régime, sont entrés ensuite dans la localité. "Ces milices qui se font appeler ‘les Sauterelles’ sont chargés de voler maisons et boutiques en l'absence des propriétaires" qui avaient fui pendant les combats et les bombardements, affirme l'OSDH.

De violents affrontements ont en outre opposé dans la nuit l'armée aux rebelles dans plusieurs localités du nord-ouest de la Syrie, a-t-on indiqué de même source. Aucun bilan de ces combats n'était disponible dans l'immédiat.

Par ailleurs, les militants et l'OSDH ont fait état de manifestations nocturnes appelant au départ du président Bachar al-Assad, à Damas et sa province, à Deraa, berceau de la contestation dans le sud du pays, à Hama (centre), à Idleb (nord-ouest), à Alep (nord) et à Raqqa (centre).

Lundi, sur le terrain, les violences ont fait encore au moins 36 morts - 18 civils, 16 soldats et deux rebelles -, selon l'OSDH.

Moscou ne réclame pas le maintien du président Assad

La Russie ne considère pas le maintien au pouvoir du président syrien Bachar al-Assad comme une condition préalable pour un règlement du conflit en Syrie, a indiqué mardi le vice-ministre russe des Affaires étrangères Guennadi Gatilov.

"Nous n'avons jamais dit ou posé comme condition qu'Assad devait nécessairement rester au pouvoir à la fin du processus politique" en Syrie, a-t-il déclaré. "Cette question doit être réglée par les Syriens eux-mêmes", a-t-il ajouté.

La Russie n'a jusqu'à présent jamais voulu infléchir son soutien à son allié syrien, même si elle s'est défendu à plusieurs reprises de soutenir le pouvoir personnel de Bachar al-Assad. Les dirigeants de l'Union européenne ont cependant appelé le Kremlin, lors d'un sommet Russie-UE lundi à Saint-Pétersbourg, à œuvrer avec eux à une "transition politique". Les Etats-Unis se concentrent également sur "la préparation de la transition politique en Syrie", selon une déclaration du porte-parole de la Maison Blanche, Jay Carney.

La Russie a été très critiquée ces derniers mois pour avoir fait obstruction au Conseil de sécurité de l'ONU à des résolutions occidentales blâmant le régime de Damas. Moscou a aussi continué de livrer des armes à son allié de longue date en dépit des craintes qu'elles soient utilisées dans la répression contre la population civile.

La Syrie autorise l'aide humanitaire sur 4 sites

Les autorités syriennes ont accepté de donner accès à l'aide humanitaire sur 4 grands sites, a indiqué mardi l'ONU à Genève. "Nous aurons une présence à Homs, Idlib, Daraa et Deir Ezzor pour commencer", a déclaré John Ging, directeur de la coordination à l'OCHA (Office des Nations Unies pour la coordination des affaires humanitaires).

Des missions de reconnaissance pour la mise en place de cette présence humanitaire ont été déployées le 3 juin, a-t-on ajouté de même source. Une fois qu'elles seront installées sur place, les équipes de l'ONU sur ces sites vont travailler "en étroite collaboration" avec le Croissant rouge syrien, afin d'évaluer les besoins d'aide médicale.

Dans un premier temps, les organisations distribueront une aide alimentaire et médicale, des kits d'hygiène, des couvertures, du matériel de cuisine et des affaires scolaires.

Le gouvernement syrien a aussi autorisé "plus d'ONG locales à travailler avec les agences des Nations Unies". En outre, des ONG internationales, qui soutiennent des réfugiés irakiens en Syrie, sont en train de coordonner leur action avec le Croissant rouge syrien pour venir en aide aux Syriens touchés par les combats en cours.

P. De Crem : Des corridors humanitaires possibles d'un point de vue technico-militaire

La création de "corridors humanitaires" en Syrie est envisageable d'un point de vue militaro-technique, mais à plusieurs conditions, comme un cadre juridique - une invitation des autorités syriennes ou une résolution du Conseil de sécurité de l'ONU -, selon le ministre de la Défense Pieter De Crem.

Plusieurs pays, comme la Belgique, les Pays-Bas, le Luxembourg, la France et l'Allemagne défendent l'idée de mise en place de corridors humanitaires sous protection militaire en Syrie pour venir en aide aux victimes du conflit dans lequel le pays est plongé depuis quinze mois et qui a fait plus de 13 400 morts, selon l'Observatoire syrien des droits de l'Homme.

"Matériellement, une telle opération est possible", a souligné Pieter De Crem en commission de la défense de la Chambre, en réponse à des questions des députés Kristof Waterschoot (CD&V) et Roland Defreyne (Open Vld). Mais la question est dans quel cadre politique cela peut se passer, a-t-il ajouté.

Selon le ministre, la capacité en termes de personnel et d'équipement nécessaires pour sécuriser des couloirs humanitaires dépend de plusieurs facteurs, dont le type et la quantité de l'aide humanitaire devant être acheminée ainsi que les sites devant être atteints ou protégés. Il a également évoqué les "dangers ou risques" à attendre. Des couloirs humanitaires ne peuvent pas être réalisés sans la coopération des pays voisins de la Syrie, a encore souligné Pieter De Crem (CD&V).

La Syrie déclare persona non grata plusieurs ambassadeurs occidentaux

La Syrie a déclaré mardi "persona non grata" les ambassadeurs de plusieurs pays occidentaux, dont les Etats-Unis "en riposte" au renvoi des ambassadeurs syriens, a annoncé le ministère syrien des Affaires étrangères. Ces diplomates ne se trouvent pas actuellement sur le sol syrien.

"La Syrie a décidé de déclarer persona non grata les ambassadeurs des Etats-Unis, de France, de Grande-Bretagne, de Suisse, de Turquie, d'Italie, et d'Espagne, ainsi que les chargés d'affaires belge, bulgare, allemand et canadien", précise le ministère dans son communiqué.

Au moins 18 diplomates, en majorité occidentaux, ont été déclarés indésirables, selon le texte qui souligne toutefois que "la Syrie juge important le dialogue fondé sur les principes d'égalité et de respect mutuels entre Etats" et que "la diplomatie est un moyen nécessaire de contact pour résoudre les conflits et les problèmes en suspens".

Le ministère syrien exprime l'espoir en outre que tous les pays qui ont pris l'initiative de congédier les ambassadeurs syriens, "adoptent ces mêmes principes, afin de permettre le retour à la normale des relations" avec la Syrie.

Ces derniers mois, de nombreux ambassadeurs occidentaux en poste à Damas ont quitté la Syrie, rappelé dans leurs pays pour protester contre la répression de la révolte par le régime.

Le ministre belge des Affaires étrangères, Didier Reynders, avait décidé le 29 mai de déclarer l'ambassadeur de Syrie et deux de ses collaborateurs "persona non grata" en Belgique. Mais l'ambassadeur pourra rester sur le territoire belge faute d'unanimité des Européens.

Le massacre de Houla - ville du centre de la Syrie où 108 personnes dont 49 enfants, ont été tuées le 25 mai - a provoqué l'indignation de la communauté internationale, conduisant de nombreux pays, comme la France, les Etats-Unis et le Japon, à expulser des représentants diplomatiques syriens dans leur capitale.

RTBF avec agences

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