18.000 dossiers d'immigration supprimés au Québec: des Belges sont concernés

Le nouveau gouvernement québécois veut réformer la politique d’immigration. Il revoit les règles et prévoit de supprimer l’arriéré de 18.000 dossiers qui n’ont toujours pas été traités. Cette annonce a fait l’effet d’une petite bombe dans la province. Derrière ces dossiers, il y a des candidats à l’immigration au Québec qui se sentent trahis.

Deux Belges réagissent

Perrine Larsimont est Belge, originaire du Brabant Wallon et installée à Montréal depuis deux ans et demi. « J’ai appris la nouvelle dans la presse et j’ai été abasourdie. C’est sûr qu’en tant qu’immigrant, on n’a pas de garantie que notre dossier va recevoir une issue positive, mais on espère à tout le moins que notre dossier soit traité, cela faisait dix mois que j’attendais une réponse », explique-t-elle.

Régis Hakin est Belge lui aussi, doctorant en sociologie à l’Université de Montréal. « Nous avons passé un 'contrat' avec le Québec : le Ministère devait traiter notre dossier de façon professionnelle, digne et équitable en échange de nos gros dollars », indique-t-il. « Nos dossiers, ce sont des vies. C’est difficile de voir un gouvernement dire qu’il veut simplement les éliminer, même si cela fait 20 mois que vous attendez ».

Une vaste réforme de l’immigration

Alors pourquoi cette décision ? Le Québec a connu un changement de gouvernement en octobre 2018. Le nouveau Premier ministre, François Legault, a fait campagne en promettant de réduire l’immigration au Québec et de la réformer pour mieux répondre aux besoins de main-d’œuvre de la Province.

La semaine dernière, coup de tonnerre, son gouvernement annonce sa volonté d’annuler 18.000 dossiers, 18.000 demandes d’immigration qui étaient en attente de traitement, sous prétexte que ces profils ne correspondent pas aux nouveaux critères qu’il entend instaurer.

Cette décision — qui en est encore, précisons-le, au stade du projet de loi — fait un tollé. L’opposition québécoise parle de « projet de loi inhumain » et les personnes concernées expriment leur incompréhension. « Les règles changent et nous sommes obligés de rentrer dans un nouveau système alors que nous avions tout fait en bonne et due forme », regrette Régis Hakin.

« Je tiens à le préciser, ce n’est pas à cause de cette décision que je vais devoir quitter le territoire, les délais de traitement font que j’aurais dû partir de toute façon et les gouvernements précédents ont leur part de responsabilité », confie Perrine Larsimont. « Mais ce que ça change, c’est que je n'ai plus de levier pour revenir, je n’ai plus de dossier en cours et il semble que je ne rentre pas dans les nouveaux critères d’immigration ».

Des avocats déposent une plainte

Natacha Mignon est avocate spécialisée en immigration. Depuis quelques jours, elle reçoit énormément d’appels de clients inquiets par ce qu’ils entendent. « On essaie de trouver des solutions pour les personnes qui sont concernées. Certaines pourront rester en se redirigeant vers un autre programme d’immigration. Mais c’est vrai que pour d’autres, c’est un drame. Nous suivons de près l’avancée des travaux parlementaires et je pense qu’il y a des initiatives qui se mettent en place pour contester la mesure », précise-t-elle.

L’immigration au Québec sera davantage choisie

De son côté, le Ministre de l’Immigration Simon Jolin-Barrette ne semble pas vouloir faire marche arrière. « Nous souhaitons bonifier et moderniser le système d’immigration québécois », nous indique-t-il. « Le taux de chômage des immigrants qui vivent au Québec depuis moins de cinq ans est deux fois plus élevé celui de la population née au Québec. Ils sont souvent surqualifiés. Cela amène des rêves brisés, des rêves déçus », ajoute le Ministre.

Et quand on lui demande s’il faut s’attendre à ce que la politique d’immigration au Québec devienne plus stricte, Simon Jolin-Barrette préfère répondre : « elle sera plus respectueuse des demandeurs et plus en accord avec les besoins de nos régions et de notre marché du travail ».

Natacha Mignon, avocate spécialisée en immigration, nous indique ceci.
« Je pense qu’il va falloir penser l’immigration au Québec de manière différente à l’avenir. Parfois, de l’étranger, les candidats vont se précipiter vers un programme d’immigration permanente alors qu’ils auraient de belles options temporaires pour venir, tester leur intention de vivre au Québec, trouver un emploi et ensuite ils auraient véritablement des facilités pour rester à long terme. »

Une méthode qui interpelle

« Sur le principe, je peux tout à faire comprendre », explique Perrine Larsimont. « C’est normal qu’il faille une adéquation entre le marché du travail et les immigrants, ça me paraît normal pour la société québécoise, mais balayer d’un revers de la main l’ensemble des demandes, c’est un peu nier l’apport des résidents étrangers. Et je ne suis pas la plus à plaindre, il y a des gens qui sont ici depuis très longtemps, qui ont des enfants, qui ont appris le français et qui ont dépensé beaucoup d’argent dans le processus, pour eux ça doit être très dur », ajoute la Belge.

Le gouvernement québécois a promis de rembourser les candidats dont les dossiers seront annulés. On estime que cela pourrait lui coûter environ 19 millions de dollars (12,6 millions d’euros).

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