15 ans de pouvoir : Angela Merkel, la chancelière inusable

15 ans de pouvoir : Angela Merkel, la chancelière inusable
15 ans de pouvoir : Angela Merkel, la chancelière inusable - © JOHN MACDOUGALL - AFP

Elue chancelière le 22 novembre 2005, Angela Merkel fête ce dimanche, jour pour jour, son 15eme anniversaire à la tête de l’exécutif fédéral allemand.

Elle qui semblait il y a à peine quelques mois épuisée et dépassée, sur la scène allemande mais aussi eu sein de son propre parti, la CDU, bénéficie aujourd’hui d’un regain de popularité.

L’usure du pouvoir semble loin, et sa gestion de la crise sanitaire dans le pays lui a tout simplement rendu son autorité politique. L''inoxydable" chancelière est à nouveau au centre du jeu politique allemand.

Plus de 7 Allemands sur 10 approuvent

Qu’elle semble loin cette année 2019, quand la dirigeante allemande, à la tête d’une grande coalition à bout de souffle, paraissait dépassée par la mobilisation de la jeunesse pour le climat. Qu’elles semblent loin aussi ces polémiques tenaces à propos de sa gestion de l’immigration pendant la crise syrienne…

Dans le dernier baromètre mensuel, Angela Merkel signe un record. La chancelière n’avait jamais atteint un tel degré de satisfaction, depuis avril 2015. Depuis mars dernier, et le début de la pandémie, la chancelière y a gagné 21 points.

Pour les observateurs dans le pays, la chancelière inspire confiance aux Allemands, surtout dans des situations difficiles, et que le futur est incertain. Ses concitoyens lui font confiance pour trouver des solutions aux crises, d’autant plus qu’elle s’adresse directement à eux, et leur apparaît comme une dirigeante franche qu’ils connaissent bien. Loin d’apparaître comme une idéologue, elle donne l’image d’une femme éminemment pragmatique.

Gestion pragmatique de la crise sanitaire

Face au Covid-19, qu’Angela Merkel qualifiait de "plus grand défi" de l’Allemagne depuis la fin de la Seconde guerre mondiale, cette scientifique de formation a privilégié pédagogie et explications rationnelles.

Résultat : l’Allemagne a enregistré moins de cas et de décès que ses voisins européens, malgré une deuxième vague virulente cet automne et des négociations parfois difficiles avec les régions.

La pandémie de coronavirus a tellement rebattu les cartes que sa popularité, que lui envieraient tous les dirigeants européens, est désormais au zénith : plus de sept Allemands sur 10 se disent satisfaits de sa gestion de l’épidémie. Ses aficionados réclament même un cinquième mandat pour celle qui est appelé "Mutti" Outre-Rhin, Mais Angela Merkel a totalement écarté la possibilité de briguer encore une fois le poste de chancelière en 2021.

C’est d’ailleurs tout le gouvernement fédéral qui bénéficie de cette éclaircie dans l’opinion. Un gouvernement de coalition, dont les débuts furent poussifs, à cause de l’érosion de popularité des conservateurs de la CDU et des socio démocrates du SPD, les deux grands partis traditionnels qui la forment.

Un rebond inattendu

Et pourtant, Angela Merkel revient de loin. A 66 ans, elle semblait usée, fatiguée par le pouvoir et les années. Ses crises de tremblements, intervenues lors de plusieurs cérémonies officielles, avaient inquiété, et soulevé des interrogations quant à sa capacité de terminer ce quatrième mandat.

Et ces dernières années n’ont pas été de tout repos pour la chancelière. Après avoir imprimé sa patte en promouvant l’austérité après la crise financière de 2008, au prix de lâcher la Grèce au sein de l’Union européenne, Angela Merkel s’est attelée à changer la donne en se convertissant à la relance budgétaire européenne, à la mutualisation des dettes. Une volte-face justifiée pour la chancelière par la nécessité de sauver le modèle européen, et qui la consolide comme pilier de l’UE.

En Allemagne, sa décision en 2011 de sortir définitivement du nucléaire en fait un modèle de gestion politique audacieuse.

Mais c’est à l’automne 2015 que les choses se gâtent. Angela Merkel est convaincue qu’il faut ouvrir les frontières face aux crises syrienne et irakienne, qui font fuir des centaines de milliers de personnes venant demander l’asile en Europe.

"Wir Schaffen das"


Mais sa prise de risque historique intervient à l’automne 2015, lorsque Angela Merkel décide d’ouvrir son pays à des centaines de milliers de demandeurs d’asile syriens et irakiens. "Wir schaffen das", "nous y arriverons", disait-elle aux Allemands.

Malgré les bons résultats de sa politique, cette décision historique va lui coûter cher dans l’opinion. La crise migratoire inquiète la population, la peur de l’islam et des attentats est utilisée, sinon instrumentalisée par ses opposants, et l’électorat conservateur se détourne en partie vers l’Alternative pour l’Allemagne (AfD), un parti d’extrême droite. Un tabou de l’après-guerre est brisé quand en septembre 2017, la formation d’extrême droite fait une entrée historique au Parlement.

Angela Merkel a toujours assumé sa décision. Appelée la "chancelière téflon", sur qui les problèmes glissent, elle reste une femme politique redoutable, à la personnalité unique en Allemagne.

En septembre prochain, au moment de sa retraite politique, Angela Merkel, première femme à diriger l’Allemagne, égalera le record de longévité de Helmut Kohl, avec 16 années dans les plus hautes sphères du pouvoir allemand.

Archive JT : Angela Merkel réélue chancelière pour la quatrième fois, le 14 mars 2018

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