14-18: la polémique enfle après la justification de Macron quant à l'hommage à Pétain aux Invalides

Emmanuel Macron procède à une tournée mémorielle, cette semaine dans l'Est et le Nord de la France, théâtres d'affrontements lors de la Grande Guerre.
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Emmanuel Macron procède à une tournée mémorielle, cette semaine dans l'Est et le Nord de la France, théâtres d'affrontements lors de la Grande Guerre. - © PHILIPPE WOJAZER - AFP

Le "cas" Philippe Pétain et son rôle dans l'Histoire font couler encore beaucoup d'encre en France. La polémique s'est encore invitée  aujourd'hui après qu'Emmanuel Macron a jugé "légitime" de rendre hommage au maréchal Pétain samedi aux Invalides. Le président de la République a souligné que le dirigeant du régime de Vichy avait été "pendant la Première Guerre mondiale un grand soldat", même s'il a "conduit des choix funestes" pendant le deuxième conflit mondial. 

Déclaration d'Emmanuel Macron à propos de Philippe Pétain:

En effet, avec les sept autres maréchaux de la Grande Guerre, Philippe Pétain sera célébré samedi aux Invalides, à Paris. Il s'agira  d'une cérémonie à laquelle participeront les responsables militaires français, dont le chef d'état-major particulier du président, l'amiral Bernard Rogel. "Il est légitime que nous rendions hommage aux maréchaux qui ont conduit l'armée à la victoire, comme chaque année. Mon chef d'état-major sera présent à cette cérémonie", a-t-il précisé, interrogé par des journalistes en arrivant à la Préfecture des Ardennes pour un Conseil des ministres délocalisé.

"Je n'occulte aucune page de l'histoire", a souligné le chef de l'Etat, en réponse à certaines critiques contre la célébration de Philippe Pétain, qui fut ensuite chef du gouvernement collaborationniste de Vichy (1940-44). "Il a été un grand soldat, c'est une réalité. La vie politique comme l'humaine nature sont parfois plus complexes que ce qu'on voudrait croire". "J'ai toujours regardé l'histoire de notre pays en face", a-t-il lancé. "Je me suis toujours opposé au défaitisme français ou à la complaisance envers toute idéologie. Mais je reconnais la part que nos maréchaux et notre armée ont joué. Nous lui devons la victoire", "la victoire d'une nation combattante", a-t-il conclu, au 4e jour de son périple de commémoration du centenaire de l'Armistice de 14-18.

Polémique historique

Il n'en a pas fallu beaucoup plus pour qu'une déferlante de critiques arrive en direction du chef d'Etat français. Comme le souligne le Huffigton Post, Emmanuel Macron a provoqué une pluie de commentaires indignés dans l'opposition qui lui reproche de participer à la réhabilitation du chef de l'Etat français. De Jean-Luc Mélenchon à Benoît Hamon, en passant par Olivier Besancenot, une partie des ténors de la gauche ont tweeté férocement à l'encontre d'Emmanuel Macron. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif), lui, s'est dit "choqué". 

Le porte-parole du gouvernement, Benjamin Griveaux, a dénoncé une "mauvaise polémique". "Je ne rentrerai pas dans cette mauvaise polémique", a déclaré M. Griveaux, appelant à ne pas faire de "raccourcis douteux" avant de citer une phrase du Général de Gaulle en 1966 sur Pétain selon lequel "sa gloire à Verdun ne saurait être contestée ni méconnue par la Patrie".

"Il ne faut pas faire de raccourcis douteux. Pétain a servi la patrie en 14 et l'a trahie en 40", a renchéri M. Griveaux lors d'un point de presse.

Historiquement, le Maréchal Pétain a été vu comme un sauveur de la France lors de la guerre 14-18. Son intervention a notamment permis de tenir le choc de l'offensive allemande et de renverser la vapeur en faveur des "poilus" français lors de la bataille de Verdun en 1916. Sa tactique militaire était défensive, contrairement à beaucoup la plupart des chefs de guerre de l'époque. Il commandera ensuite l'armée française en 1917. Jouissant d'un prestige et d'une aura gigantesque dans l'entre-deux guerres, il conduira la France vers l'armistice en 1940. Rompant avec le IIIe République - et la démocratie-, il gouvernera ensuite le Régime de Vichy et entrera dans une collaboration poussée avec le IIIème Reich. Ce gouvernement (Laval-Pétain) sera autoritaire, antisémite et fascisant. Il sera déclaré "illégitime, nul et non avenu" par Charles de Gaulle à la Libération, en été 44. Philippe Pétain sera ensuite condamné par la Haute Cour de Justice. Il sera condamné à la peine de mort en 1945 (la peine sera commutée en prison à perpétuité en raison de son âge avancé). Il est depuis frappé d'"indignité nationale". Enterré sur l'île d'Yeux, sa personnalité et ses différentes actions clivent toujours une partie des historiens. Laurent Joffrin, de Libération, parle donc d'"erreur" d'Emmanuel Macron dans son éditorial. En rappelant le rapport qu'ont eu les différents présidents avec cette personnalité.     

Ainsi, Jean-Luc Mélenchon d'écrire: "Le maréchal #Joffre est le vainqueur militaire de la guerre de 14-18. #Pétain est un traitre et un antisémite. Ses crimes et sa trahison sont imprescriptibles. Macron, cette fois-ci, c'est trop ! L'Histoire de France n'est pas votre jouet". Et Benjamin Griveaux de réagir au leader de la France Insoumise: "Jean-Luc Mélenchon ? C'est fort de café", a-t'il déclaré. "Je le renvoie à l'histoire de France, s'il la méconnaît il est temps qu'il se replonge dans ses livres d'histoire. Vous connaissez son goût pour la provocation, nous ne tomberons pas dans ce panneau." "Je ne rentrerai pas dans cette mauvaise polémique, pas sur un territoire ou des millions des personnes qui se sont entretuées", a conclu M. Grivaux.

Epilogue?

Un rebondissement dans l'affaire est survenu ce mercredi en fin de journée. Comme l'explique LeMonde.fr, le gouvernement français a finalement décidé de rendre hommage samedi aux maréchaux qui reposent aux Invalides. Ils sont au nombre de cinq. A savoir: Foch, Lyautey, Franchet d'Esperey, Maunoury et Fayolle. Pétain n'en fait pas partie.  

Rappel des faits avec ce sujet de notre JT de la mi-journée (jeudi 8 novembre):

Retrouvez d’autres contenus liés à la Grande Guerre sur le site dédié RTBF.BE/1418

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