11 septembre 2001: "Une Défense européenne ne va que diviser l’Europe" déclare Jens Stoltenberg, le patron de l’OTAN, à la RTBF

Le 11 septembre 2001, Jens Stoltenberg était Premier ministre de Norvège. C’est lui qui avait décidé d’envoyer ses troupes en Afghanistan comme celles des autres membres de l’OTAN suite à l’activation de l’article 5 qui imposait la défense mutuelle après l’agression d’un État Membre. Aujourd’hui, Jens Stoltenberg est le secrétaire général de l’OTAN, alors que toutes ses troupes ont quitté l’Afghanistan et les talibans revenus au pouvoir.


A lire aussi Vingt ans après le 11 septembre, un mois après la prise de Kaboul par les talibans, comment vivent les Afghans ?


La RTBF a pu le rencontrer en exclusivité et à la veille de cette date clé, nous lui avons demandé ce qu’il retenait du 11 septembre. : "Je me souviens très clairement et fortement des évènements du 11 septembre parce qu’à l’époque j’étais en fait Premier ministre de Norvège et bien sûr, cela nous a tous choqués de voir l’attaque en direct, de savoir combien de personnes avaient été tuées. Mais aussi à quel point nous étions impressionnés par tous ceux qui ont réellement aidé à sauver des vies là-bas, les premiers intervenants, les médecins et tous les autres qui sont allés aider aussi". 

6 images
Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN répond aux questions de la RTBF © NATO

"Pour sauver des vies, rappelez-vous également qu’en quelques heures, la Norvège, comme tous les alliés de l’OTAN, a décidé d’invoquer l’article cinq du traité de l’OTAN et de faire appel à la défense collective", rappelle Jens Stoltenberg.

"Je suis le Premier ministre de Norvège qui a décidé d’envoyer une force d’opération spéciale en Afghanistan dans le cadre du vaste effort international. Donc c’était un événement choquant, mais il a mobilisé l’OTAN et la communauté Internationale dans la lutte contre le terrorisme."


A lire aussi11 septembre: 20 ans après, l’ombre du cancer plane toujours sur Ground Zero


 

6 images
Jens Stoltenberg, secrétaire général de l’OTAN © NATO

Les idéologies comme prétextes au terrorisme

Pour le secrétaire général de l’OTAN, le 11 septembre est une date clé dans l’histoire du terrorisme. Et il ne veut pas faire de distinction entre les attaques terrorismes sous toutes leurs formes.

Il était Premier ministre lorsque le 22 juillet 2011 il a dû faire face à l’attaque à la bombe contre le quartier gouvernemental de la ville d’Oslo faisant 8 morts et 15 blessés, puis le même jour l’attaque par un tireur d’un camp de jeunes organisé par le parti travailliste (son propre parti) faisant 69 morts et 33 blessés sur l’île d’Utoya.


A lire aussi : Neuf ans après le drame d’Utoya : "Breivik a montré qu’il y avait quelque chose d’européen dans le terrorisme d’ultra-droite"


Des actions menées par Anders Behring Breivik, militant d’extrême droite. : "Ces attentats m’ont affecté personnellement, parce que j’ai vu la brutalité de ces attaques terroristes. Bien sûr, nous avons vu des attaques terroristes avant le 11 septembre mais le 11 septembre, l’ampleur du nombre de victimes était énorme et cela montrait également que personne n’était en sécurité.

Le terrorisme peut frapper n’importe où dans le monde et depuis le 11 septembre, nous avons vu des attentats terroristes à Paris à Bruxelles, dans mon propre pays la Norvège, à Bagdad à Ankara à Christchurch partout dans le monde. Et nous avons vu encore et encore que le terrorisme se présentait sous de nombreuses formes différentes, il utilise différentes idéologies politiques, différentes religions comme déguisement. Mais derrière il y a toujours la même haine, la même violence et intolérance et peu importe le type de religion ou d’idéologie derrière laquelle les terroristes essaient de se cacher."

Derrière il y a toujours la même haine, la même violence et intolérance

6 images
Jens Stoltenberg, Premier ministre de Norvège tente de réconforter les proches et les survivants des attentats du 23 juillet 2011. © EPA
L’hommage des Norvégiens aux victimes des attentats du 23 juillet 2011 © EPA

20 ans de guerre pour rien ?

Alors que les talibans ont pris le pouvoir en Afghanistan après le départ des Américains, se pose la question de la guerre menée sur place par les membres de l’OTAN. Cette intervention était-elle la bonne réponse aux attaques ? : "Le monde a dû réagir, nous ne pouvions pas accepter que l’Afghanistan soit un refuge pour les terroristes internationaux, un endroit où ils pouvaient organiser des attaques terroristes contre nos propres pays. En 20 ans de présence en Afghanistan, l’OTAN a empêché les attaques terroristes depuis l’Afghanistan vers nos pays. Nous avons affaibli Al-Qaïda."


►►► À lire aussi : Afghanistan : les talibans dévoilent une partie de leur futur gouvernement


Mais c’est un retour à zéro pour le peuple afghan et la situation des droits de l’homme sur place : "C’est une tragédie pour le peuple afghan et un déchirement pour nous tous qui le soutenions depuis tant d’années. Les talibans sont maintenant de retour en Afghanistan, mais notre responsabilité est de rester vigilant C’est de rester engagé dans la lutte contre le terrorisme et d’utiliser la diplomatie, la politique, le levier économique pour contraindre les talibans à tenir leurs promesses sur le terrorisme sur les droits de l’homme et le droit de libre passage pour les Afghans en danger."

6 images
Manif de femmes afghanes à Kaboul © AFP or licensors

La fin de l’opération un choix difficile : "Le fait de rester comportait aussi des risques. Le risque de pertes de guerre et d’avoir davantage de victimes civiles. Par ailleurs, les alliés de l’OTAN auraient été contraints d’envoyer plus de troupes en Afghanistan. Nous avons donc pris une décision difficile de finir avec notre opération."

Vers une défense européenne ?

6 images
Le président français Emmanuel Macron et le Secrétaire Général de l’OTAN Jens Stoltenberg lors du sommet de Londres. © BELGA PHOTO BENOIT DOPPAGNE

La consternation des Européens concernant les modalités du retrait américain d’Afghanistan a relancé le débat sur la nécessité d’une armée européenne. D’un côté, des voix favorables à une "autonomie stratégique" affirment que la chute de Kaboul doit servir de signal d’alarme, de l’autre, leurs opposants jugent qu’il n’y a pas de menace existentielle justifiant la création d’une force militaire.

Que pense le Secrétaire Général de l’OTAN de la mise sur pied d’une défense européenne ? : "L’OTAN demande depuis de nombreuses années plus d’efforts financiers de la part des alliés européens pour leur dépense militaire pour avoir de meilleures capacités d’action. Et je salue le fait que les Européens investissent davantage. Mais cela ne devrait pas être quelque chose qui est en dehors de l’OTAN ou qui est en concurrence. Ils devraient s’inscrire dans le cadre d’efforts plus larges visant à renforcer l’OTAN parce que nous avons besoin que l’Europe et l’Amérique du Nord s’unissent pour répondre à une Russie plus agressive face à l’équilibre mondial des forces, il y a la Chine et donc nous devrions nous tenir ensemble en nous protégeant les uns les autres et tant que l’Europe et l’Amérique du Nord. Ensemble nous sommes plus forts et en sécurité !"

Nous devons donc être solidaires entre l’Amérique du Nord et en l’Europe

Même si les Américains se détournent plus des situations dans le voisinage de l’Europe et voient plus leur intérêt en Asie et face à la montée en puissance de la Chine ? : "Les États-Unis ont accru leur volonté de présence en Europe au cours des dernières années et l’OTAN est essentielle pour la défense de l’Europe. 80% des dépenses de défense de l’OTAN proviennent d’alliés non-membres de l’UE. La Norvège au nord, la Turquie au sud et puis bien sûr à l’ouest les États-Unis le Royaume-Uni et le Canada… Toute tentative de diviser ou d’affaiblir le lien entre l’Europe et l’Amérique du Nord va non seulement affaiblir l’OTAN, mais aussi diviser également l’Europe. Nous devons donc être solidaires entre l’Amérique du Nord et en l’Europe.

Tant que nous restons ensemble, nous formons l’alliance la plus réussie, la plus forte de l’histoire 

Les États-Unis, bien sûr, continuent d’être présents également dans notre voisinage. Les États-Unis par exemple soutiennent les efforts de la France et d’autres pays européens dans le Sahel, même chose dans la lutte contre les cibles de l’Etat Islamique en Irak et en Syrie, des alliés européens sont là, mais bien sûr, les États-Unis ont été absolument essentiels dans ce que nous avons accompli dans la lutte contre l’Etat Islamique. Tant que nous restons ensemble, nous formons l’alliance la plus réussie, la plus forte de l’histoire et cela assure la sécurité de tous nos peuples."

Sujet JT dans notre 13h :


Suivez toute l’actualité européenne avec Euranet Plus, le premier réseau d’information européenne.

Newsletter info

Recevez chaque matin l’essentiel de l'actualité.

OK