BRICS 2018: ce qu'il faut attendre de ce sommet-anniversaire

Le 9ème sommet des BRICS, qui s'est tenu en 2017 à Xiamen (sud-est de la Chine).
Le 9ème sommet des BRICS, qui s'est tenu en 2017 à Xiamen (sud-est de la Chine). - © BELGA/AFP

Le 10ème sommet annuel des BRICS se déroule du 25 au 27 juillet prochains, à Johannesburg. Il réunit une nouvelle fois les cinq principales économies émergentes du monde : le Brésil, la Russie, l’Inde, la Chine et l’Afrique du Sud, et s’annonce d’ores et déjà particulier. Pas tant en raison de cette date anniversaire – le groupe des BRIC a été créé en 2009 et s’est élargi à l’Afrique du Sud en 2011, pour devenir les BRICS - que du contexte particulier dans lequel il s’inscrit. En effet, la "guerre commerciale" déclarée par le président américain Donald Trump devrait monopoliser les débats. L’occasion d’examiner les enjeux et défis que pose cette rencontre-anniversaire avec Françoise Lemoine, conseiller au Centre d’études prospectives et d’informations internationales (CEPII) et spécialiste des économies émergentes.

Rivaliser avec la superpuissance américaine

L’acronyme "BRICS" rassemble des pays qui s’accommodent mal de leurs différences et peinent parfois à faire converger leurs intérêts, leurs succès ne se résument bien souvent qu’à des coalitions de circonstances. Leur coopération est donc "lâche", selon les mots de Françoise Lemoine, ils ne constituent pas un bloc.

Cependant, la "guerre commerciale" déclenchée par Trump et la montée du protectionnisme qui marque actuellement la politique du gouvernement américain, "seront un facteur de cohésion pour le groupe", selon la spécialiste. Ces grands émergents, qui ont eu depuis les années 1990 une croissance amplement basée sur l’ouverture au commerce international de marchandises et de services, vont affirmer que le renforcement de leur coopération est un moyen de lutter contre les effets désastreux d’un retour au protectionnisme. Cela devrait conforter les dirigeants chinois dans leur stratégie de rivalité avec la superpuissance américaine.

Influencer la politique internationale

Ces derniers mois, Donald Trump a déclaré la guerre à ses principaux rivaux commerciaux, Pékin, Bruxelles et Moscou en tête, dont il a fait des "ennemis".

Après les taxes douanières sur l'acier et l'aluminium visant surtout la Chine, les États-Unis menacent désormais de surtaxer les importations automobiles européennes, de sanctionner les pays qui commercent avec l'Iran et de taxer de façon punitive la totalité des importations chinoises. Dans ce contexte, la Chine a plaidé pour un renforcement de la coopération au sein des BRICS, afin de permettre au groupe d’accentuer son impact sur les décisions de politique mondiale.

Notons que si les BRICS se démarquent d’abord des autres pays émergents par leur poids économique et démographique, ils se singularisent aussi par leur capacité à influencer la politique internationale.

Et c'est également ce que Françoise Lemoine voit dans la "guerre commerciale" déclenchée par Trump : une opportunité de renforcer le poids non seulement économique mais aussi politique du groupe, plus qu’une menace pour son fonctionnement. "Ce qui les réunit c’est surtout leur volonté de contester la domination des économies occidentales, et notamment des États-Unis, sur la gouvernance de l’économie mondiale. Leur souci commun est de modifier le rapport de force qui est actuellement en faveur des grandes puissances en place, et ne reflète pas la montée des grandes économies émergentes." Cette distorsion est particulièrement évidente dans les institutions internationales comme le Fonds monétaire international (FMI) et la Banque mondiale, où les BRICS totalisent 10,3% des droits de vote, alors qu’ils pèsent 24,5 % du PIB mondial. L’écart le plus flagrant concerne la Chine, qui ne possède que 3,8% des droits de vote pour 16,1% du PIB mondial.

Ce 10ème sommet est l’occasion pour le groupe des BRICS de renforcer ses liens, si souvent affaiblis par l’hétérogénéité de ses États membres.

 

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