10 ans de conflit: "On en a oublié les Syriens sortis dans la rue pour plus de démocratie"

500 000 morts en 10 ans, selon les ONG. De soulèvement populaire à guerre civile, confessionnelle et conflit international, la Syrie de Bachar al-Assad est aujourd'hui un pays dévasté dont la population semble abandonnée à son propre sort... Pour en parler sur le plateau de CQFD: Benjamin Peltier, coordinateur Syrie pour Amnesty International Belgique, et Georges Dallemagne, député cdH.

A-t-on oublié les Syriens?

"Un des grands problèmes qu'on a eus pour communiquer autour du conflit syrien, c'est que les gens étaient surtout intéressés par la question des puissances étrangères, on en a oublié les acteurs originaux de tout ceci: les Syriens sortis dans la rue en 2011 pour demander plus de liberté et de démocratie, et qui n'ont eu qu'une répression aveugle en retour", déplore Benjamin Peltier

On estime aujourd'hui que 80% de la population syrienne a besoin d'aide humanitaire. "C'est une situation tragique pour l'immense majorité des Syriens: 500 000 morts, mais aussi un million de blessés, 7 millions de déplacés internes, et au moins 5 millions de réfugiés" rappelle George Dallemagne qui s'est encore rendu dans le nord de la Syrie fin 2020.

Un conflit qui pourrait encore dégénérer

"C'est un pays complètement détruit et rasé de la carte, et un conflit qui continue à basse intensité aujourd'hui, à Idleb ou dans le nord de la Syrie. Il y a aussi des cellules "dormantes" de l'Etat Islamique, qui sont en fait actives et font des victimes tous les jours. Enfin, ces frappes américaines qui viennent d'avoir lieu. Bref, c'est un conflit qui est loin d'être réglé et qui pourrait encore dégénérer", observe Georges Dallemagne. 

L'utilisation d'armes chimiques dans le conflit syrien a marqué un premier tournant dans ce conflit. Attaque la plus meurtrière: celle perpétrée fin août 2013 par le régime syrien dans la Ghouta Orientale, périphérie de Damas alors tenue par l'Armée Syrienne Libre. Bilan: plus de 1000 morts et plusieurs milliers de blessés, la grande majorité des victimes étant des civils.

Les Syriens attendent que la justice soit rendue

"Ne pas être intervenus militairement après cet évènement a été une erreur extrêmement grave", commente le député fédéral humaniste, "on a cédé sous la pression de la Russie qui s'est opposée par 12 fois au Conseil de Sécurité à des solutions politiques en Syrie et qui porte une responsabilité immense dans ce désastre, il faut le rappeler. On avait dit que ce serait une ligne rouge infranchissable. Américains, Britanniques et puis Français, on a tous cédé. Je pense qu'on a là créé la permission pour la Russie de reconquérir les territoires perdus par Bachar al-Assad".

Aujourd'hui, une plainte pour "crimes contre l’humanité et crimes de guerre" a été déposée en France, suite aux attaques chimiques perpétrées en Ghouta Orientale. Benjamin Peltier salue cette avancée: "un de nos chevaux de bataille chez Amnesty, c'est de faire cesser l'impunité et qu'une justice puisse être rendue à un moment donné. En Allemagne, un dignitaire du régime syrien qui avait fait défection et s'était réfugié en Allemagne vient d'être condamné. Des Syriens réfugiés en Belgique ont même été témoigner à Berlin pour ce cas [...] On a aussi vu en Syrie des personnes qui ont manifesté beaucoup de joie après ce verdict. C'est quelque chose que les Syriens attendent: que la justice soit rendue".

L'Etat Islamique: un tournant qui a profité au régime syrien

Une paix impossible?

10 ans après le début du conflit, le processus politique est dans l'impasse. En février, la Russie refusait de nouveau une résolution du Conseil de sécurité, visant à raviver la solution politique. Il s'agissait de réaffirmer l'importance d'une autre résolution adoptée en 2015 et qui prévoyait une révision de la Constitution syrienne et l'organisation d'élections sous la supervision de l'ONU. Son émissaire pour la Syrie a regretté l'absence d'unité internationale et un manque de volonté de compromis du gouvernement syrien.

"A court terme, il n'y a pas de solution politique à l'horizon, sans que certains acteurs soient prêts à certaines concessions", concède Benjamin Peltier. "Il faut se demander comment, dans la situation actuelle, pouvons-nous soulager le quotidien des Syriens et Syriennes?". "Il faut se raccrocher à certains facteurs d'espoirs comme un nouveau président des Etats-Unis ou l'attitude de l'Europe qui a beaucoup changé par rapport à la Turquie ou à la Russie", conclut George Dallemagne. 

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