Tianjin: les journalistes face à la censure gouvernementale

Des manifestants expriment leur colère à l'extérieur du bâtiment où les autorités chinoises tiennent une conférence de presse
Des manifestants expriment leur colère à l'extérieur du bâtiment où les autorités chinoises tiennent une conférence de presse - © STR - AFP

Six jours après l’explosion qui a secoué Tianjin, citoyens et journalistes chinois tentent d’y voir plus clair et de comprendre comment une telle catastrophe a pu se produire. Face à eux, la communication des autorités aussi bien locales que nationales est cadenassée, orchestrée.

Notre consœur de France2, Martine Laroche Joubert souligne ainsi le travail fourni par ses confrères : "Ce sont les journalistes chinois qui les premiers ont sorti l’information selon laquelle il y aurait 700 tonnes de cyanure de sodium entreposées. Ils ont fait paraître ces informations et beaucoup ont d’ailleurs vu leur site supprimer sur internet." Les autorités chinoises avaient dans un premier temps démenti ces informations avant de devoir admettre que tout cela était bien exact.

Bref, il ne faut faire confiance à personne et les journalistes "à la pointe" ont dénoncé le comportement des responsables de la ville, notamment leur manque de transparence et leur mauvaise communication.

Plusieurs médias s'interrogent également sur le respect des règles de sécurité élémentaires lors de la construction de l'entrepôt de produits chimiques. Ils répercutent ainsi l’ire des sinistrés qui "demandent que le gouvernement rachète leur appartement, explique Martine Laroche Joubert, parce qu’il existe une réglementation en Chine selon laquelle il est interdit de stocker des produits chimiques à moins d’un kilomètre de zones résidentielles. Les habitants veulent donc établir les responsabilités".

"Il faut répondre aux journalistes"

Dans cette atmosphère mêlée d’inquiétude et de colère, certains médias ont donc tenté de bousculer l’ordre habituel. Par exemple, le Global Times, quotidien étroitement lié au Parti communiste chinois, écrivait dans un éditorial : "Tianjin n'est pas un cas exceptionnel, en termes de réaction inappropriée à un désastre. Il faut qu'à l'avenir répondre aux interrogations des journalistes devienne un réflexe pour les gouvernements locaux confrontés à de telles catastrophes".

Ces critiques ne concernent toutefois que les responsables politiques de Tianjin. Pas un mot par contre sur la gestion de cette crise par Pékin. D'ailleurs, Le Quotidien du Peuple, véritable organe de presse du parti communiste, précise : "Mettre en question et réfuter les annonces officielles n'est pas une attitude rationnelle".

Ce week-end, un journaliste chinois confiait au journal Le Monde que les médias avaient reçu l'ordre de ne pas envoyer de reporters sur place et que le nombre d'articles sur le sujet devait être limité.

Censure sur mesure

Le site China Digital Times ne dit pas autre chose lorsqu’il dévoile les consignes de la censure chinoise – fait dont il est coutumier – pour les médias et réseaux sociaux chinois.

Voici par exemple les instructions émanant de l’"Administration du cyberespace chinois" :

"Les sources standards doivent être utilisées en ce qui concerne les explosions dans la zone économique ouverte Tanggu à Tianjin. N’utilisez qu’une copie de Xinhua (l’agence de presse chinoise, ndlr) et des départements et médias autorisés. Les sites internet ne peuvent rassembler de l’information de manière privée sur l’accident, et lorsqu’ils publient, aucune interprétation individuelle ne peut être ajoutée sans autorisation. Ne faites pas de retransmission en direct."

L’intervention étatique chinoise ne se limite toutefois pas à la sphère médiatique. Ainsi, il est demandé aux journalistes de "ne pas partager d’informations en privé sur Weibo (le Twitter chinois, ndlr) ou WeChat (application de messagerie, ndlr)".

Le Premier chinois demande de la "transparence"

De son côté, Martine Laroche Joubert nous assure ne pas avoir été victime de censure. "Nous sommes très peu de journalistes occidentaux sur cette catastrophe. Lorsque nous sommes arrivés quelques heures après l'explosion, ils (les autorités chinoises, ndlr) n’avaient pas eu le temps d’établir un périmètre ce qui fait que nous avons pu nous approcher très près", explique la journaliste française, avant d’ajouter : "Je pense que sur la fin nous étions peut-être surveillés. Il y avait des gens à notre étage à l’hôtel dont on se demandait ce qu’ils faisaient là".

Cette suspicion n’entame toutefois en rien la conviction de l’équipe de France2 d'avoir pu travailler en toute liberté.

Si citoyens et journalistes appellent à la transparence de leurs autorités, celles-ci n'ont pas hésité à formuler la demande inverse. Dimanche, le Premier ministre chinois s'était présenté sur le site, sans masque de protection, et avait demandé à ce qu'il y ait de la "transparence" dans l'enquête sur l'explosion.

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