Massacres en Birmanie: qu'est ce qui peut arrêter la junte?

Les forces de sécurité birmanes ont ouvert le feu dimanche contre des personnes rassemblées pour l’enterrement de l’une des 114 personnes tuées la veille lors de l’une des journées de manifestation les plus sanglantes depuis le coup d’Etat du 1er février, ont rapporté des témoins.

Au moins six enfants âgés de 10 à 16 ans sont au nombre des victimes de samedi, selon des médias et des témoins. Et La tuerie a suscité de nouvelles condamnations des pays occidentaux.

Les Etats-Unis, l’Union européenne et la Grande-Bretagne ont condamné les "meurtres" commis par l’armée dans ce pays qui traverse une grave crise depuis que la cheffe du gouvernement civil Aung San Suu Kyi a été évincée du pouvoir.

Le rapporteur spécial des Nations unies pour la Birmanie, quant à lui, a accusé l’armée de perpétrer des "meurtres de masse" et appelé les autres pays à isoler la junte et lui fermer l’accès aux armes.

Dans une déclaration rare, les chefs des forces de défense de 12 pays, dont les Etats-Unis, la Grande-Bretagne, le Japon et l’Allemagne, ont condamné dans la nuit de samedi à dimanche l’utilisation de la force par l’armée birmane contre des civils "non armés".

Les critiques internationales et sanctions occidentales n’ont pour l’instant pas réussi à infléchir l’état-major militaire de même que les manifestations quasi quotidiennes depuis que la junte a pris le pouvoir et arrêté Aung San Suu Kyi, la dirigeante de la Ligue nationale pour la démocratie (LND), dont le parti a largement remporté les dernières élections en novembre.

Des condamnations avec peu d’effets

Ces condamnations ne semblent pas pouvoir infléchir les plans de la junte militaire. "La junte n’y prête pas vraiment attention, déclare Sophie Boisseau du Rocher, chercheuse au centre Asie de l’Institut français des relations internationales (IFRI), interrogée par France Info. Cette semaine, dans un long discours, le porte-parole de l’armée n’a évoqué les sanctions occidentales qu’après deux heures et demie de prise de parole. Ce qui montre précisément qu’il n’y accorde aucune importance."

Pour la spécialiste, ce sont les positions politiques des pays de la région qui importent le plus aux militaires birmans, surtout leurs partenaires économiques les plus proches, à la tête desquels, la Chine, mais aussi le Japon. Et la Corée du Sud. Ces derniers "ont pris une position ferme ces derniers jours en disant qu’ils condamnaient sans équivoque le coup d’Etat et qu’ils allaient donc repenser leur système de coopération avec le Myanmar".

Des ethnies vont multiplier les fronts et affaiblir l’action de l’armée

Par ailleurs, Sophie Boisseau du Rocher invite à regarder attentivement les positions prises par certaines ethnies dans le pays. "Des ethnies comme les Karen, les Shan, les Kachins ont pris position contre la junte. Si ces ennemis […] attaquent les positions militaires, ils vont multiplier les fronts et affaiblir l’action de l’armée."

La Chine et la Russie

Le rapporteur spécial de l’Onu Tom Andrews a estimé qu’il était temps pour la communauté internationale de passer à l’action via le Conseil de sécurité de l’Onu ou à défaut par la réunion en urgence d’un sommet international.

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Protestataires à Mandalay, le 27 mars © HANDOUT - AFP

Les positions de la Chine et de la Russie au sein du Conseil de sécurité de l’ONU ont évolué depuis le coup d’Etat perpétré par l’armée birmane le 1er février dernier. Les deux puissances se sont en effet rangées derrière le texte de condamnation présenté au Conseil de sécurité et finalement adopté le 10 mars.

Lors d’une rencontre commune entre le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, et son homologue russe Serguei Lavrov, qui a eu lieu le 25 mars, à Guilin, en Chine, les deux pays ont publié une déclaration commune, exprimant leurs préoccupations au sujet de la situation en Birmanie (actuel Myanmar), appelant à trouver une solution politique à la crise.

Notons que la Chine et la Russie figurent parmi les plus importants fournisseurs d’armes du Myanmar, aux côtés de l’Inde et d’Israël.

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