500 heures de travail en plus par an que les Belges: l'incroyable obsession du travail des Sud-Coréens

Petit pays d'Asie de 50 millions d'habitants mais le 11e le plus riche au monde. Il a enfanté de quelques géants comme Samsung, LG ou encore Hyundai. Mais à quel prix ? Au prix d'énormes sacrifices.

Ho Yeon Kim, patron de Danbee Korea, est derrière son bureau, comme presque tous les jours. Son bureau est un peu comme sa deuxième résidence et pourtant, cet ancien employé d'une société de développement de jeux vidéo a fui son entreprise il y a quelques mois pour lancer sa propre boîte.

"Dans mon ancienne entreprise, je travaillais de 7H du matin à 1H du matin, je devais souvent travailler le week-end aussi. C'était inhumain", affirme l'homme face à nos caméras.

Alors que le père de Ho est malade, même mourant, l'ex-employé demande à sa société d'avoir un peu de temps à lui consacrer. Son patron lui refuse son congé alors que son père décède quelques 15 jours plus tard. C'est la concession de trop pour Ho, qui décide de quitter la société qui l'emploie.

Il crée alors sa propre entreprise qui offre à ses employés des horaires convenables - de 10H à 19H - tandis que le patron, lui, trime toujours.

3 jours de congé par an

Travailler beaucoup est une évidence dans ce petit pays. Une forme de patriotisme qui a permis à la Corée du Sud de passer d'un pays en lambeaux, dans les années 50, à l'un des pays les plus riches au monde. Son secret ? Les horaires à rallonge et le dévouement au travail.

"J'ai entendu dire que dans certains pays, on pouvait avoir un mois de congé", explique un passant sud-coréen, médusé "mais moi, jusqu'à l'année dernière, je n'avais que 3 jours de congé par an. Mais maintenant j'en ai 5 de plus".

"Si dans une entreprise, quelqu'un travaille moins que les autres, ils vont dire qu'il ne fait rien et qu'il profite des autres", affirme un autre passant.

Les Sud-Coréens travaillent beaucoup, en moyenne 500 heures de plus que les Belges chaque année.

Julian Quintart, un acteur d'une série TV coréenne, connaît ces horaires sans fin depuis son arrivée à Séoul 14 ans plus tôt. Lorsqu'il parle des conditions de travail en Belgique avec ses collègues, c'est rires garantis.

"Un truc qui fait beaucoup rire les Coréens, c'est quand je leur explique que les présentateurs prennent des vacances; 'quoi les télévisions s'arrêtent pendant un mois ou une semaine?' (...) ils ne comprennent pas, pour eux c'est impensable", affirme l'acteur. "Ici, ils sont toujours blancs parce qu'ils ne prennent pas de vacances, s'ils [en] prennent c'est parce qu'ils sont en train de tourner quelque chose à l'étranger."

Pour embellir son CV, changer de visage

Dans ce pays, on ne renonce à rien pour être le meilleur aux yeux d'un patron, quitte à passer sur le billard pour un entretien.

Dans un hôpital de chirurgie esthétique au cœur d'un quartier branché de Séoul, un médecin voit défiler les patients. Des hommes et des femmes qui veulent être plus beaux pour un entretien d'embauche.

Le docteur Jae Ho Cho pratique tous types d'interventions sur le visage, "c'est très important d'avoir un beau visage pour trouver un bon travail. C'est normal que quelqu'un qui est beau donne une bonne première impression, il aura plus de réussite durant un entretien d'embauche", selon lui. "C'est la même chose dans la société, donner bonne impression à autrui a un impact positif."

Il poursuit : "je sais que certains ont une aversion pour la chirurgie esthétique, que la beauté naturelle est importante. Mais alors pourquoi fait-on attention à ce qu'on porte ? Pourquoi on se maquille ? Pourquoi on se coiffe ?"

La chirurgie est devenue un vrai business. À Séoul, les cliniques sont innombrables et ont pignon sur rue.

Des boîtes pour s'amuser

Derrière cette obsession du travail, se cache beaucoup de détresse : la Corée du Sud est un des pays au taux de suicides le plus élévé au monde. À force de travailler, certains sont désemparés lorsqu'arrive le week-end, ne sachant que faire.

Il y a quelques mois, Ji Woong Cho, un jeune entrepreneur a créé "Hobybox", des boîtes qui contiennent de quoi s'occuper : "la Corée est le 36e pays sur 38 dans le classement de l'OCDE dans l'équilibre entre le travail et la vie privée. Autant dire qu'il n'y en a pas", conclut-il. "Alors, on aide les gens a trouver leurs loisirs. Ici, c'est facile, il suffit d'ouvrir une boîte pour s'occuper."

Une boîte coûte entre 25 et 110 euros selon son contenu. Pour certains, choisir le contenu est déjà problématique. "J'ai rencontré certains client qui ne connaissent pas leurs propres goûts. Il ne savent pas ce qu'ils aiment, on propose la formule 'surprise' ou un test de personnalité", précise le créateur d'Hobybox.

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