Elections au Japon : la culture pacifique remise en question

Fort de sa très large victoire aux élections législatives, le Premier ministre japonais pourrait lancer un processus de révision de la Constitution de 1947. Au quartier général de son parti, le Parti libéral-démocrate, Shinzo Abe fait donc les comptes devant un grand tableau. Il est rassuré, il aura bien la majorité des deux tiers au Parlement, s'il garde la même coalition qu'auparavant. Il pourra donc lancer le projet qui lui tient à cœur : "Nous devons expliquer à la population ce que signifie la révision de la Constitution et avoir un plan concret élaboré au sein d'une commission".

La Constitution japonaise comporte un article pacifiste unique au monde, l'article 9 : "(…) Le peuple japonais renonce à jamais à la guerre en tant que droit souverain de la nation (…)" Cet article été imposé par les Américains aux Japonais à la fin de la deuxième guerre mondiale. La culture pacifique est depuis très intégrée dans la société japonaise, une société qui est également traumatisée par les bombes nucléaires larguées sur les villes de Nagasaki et Hiroshima en 1945.

La menace de la Corée du Nord

Les débats autour de cet article 9 existent au Japon depuis des années. Le Premier ministre fait partie de ceux qui veulent le réviser, et avec la menace actuelle de la Corée du Nord, Shinzo Abe a plus d'arguments qu'auparavant pour le remettre en question. La population japonaise, elle, est divisée : profondément pacifique, elle a de plus en plus peur de cette Corée du Nord voisine. Ryunosuke Kinoshita, pêcheur japonais de 23 ans, habite dans le nord du Japon, déjà survolé par deux missiles nord-coréens en août et en septembre derniers : "Le gouvernement doit faire quelque chose, avoir une stratégie, sinon on ne sera jamais en sécurité."

Aujourd'hui, le Japon a ce qu'il appelle des " forces d'autodéfense ". Officiellement, ce n'est pas une armée, même si ça en a l'air. Les soldats ne peuvent pas partir en guerre à l'étranger, ils ne peuvent que défendre le pays en cas d'attaque. Le premier ministre veut changer cela et donner à ses troupes un véritable statut d'armée.

L'influence du lobby "Nippon Kaigi"

Dans cette politique, Shinzo Abe et son gouvernement sont soutenus par un puissant lobby, le Nippon Kaigi, ultranationaliste et militariste. Régis Dandoy est politologue, spécialiste du Japon, il enseigne dans l'Université Waseda à Tokyo et connait bien cette mouvance : " C’est un groupe d’intérêt, un groupe de pression qui a infiltré toute une série de partis politiques et de mouvements dans la société japonaise. Il essaye d’exporter la marque "Japon" à l’étranger comme étant une nation forte, unique, qui a de nouveau, comme auparavant, cette vision expansionniste."

Le politologue explique que pour la gloire du Japon, ce lobby nie les crimes de guerre commis sous l'Empire japonais : le massacre de Nankin en 1937 ou encore le recours aux esclaves sexuelles. Aujourd'hui, Shinzo Abe s'inscrit dans cette vision nationaliste. En visitant visite le sanctuaire de Yasukuni, il salue aussi la gloire des criminels de guerre. Avec toute une partie de la classe politique japonaise, il assume totalement sa politique : rendre sa grandeur militaire du Japon et remettre en question en partie la culture pacifiste du pays.

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