Notre envoyé spécial en Corée du Nord: la vie à Pyongyang en photos

Les écoliers et lycéennes doivent marcher au pas et chanter ou écouter des chants patriotiques en pleine rue plusieurs fois par jour, y compris le dimanche.
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Les écoliers et lycéennes doivent marcher au pas et chanter ou écouter des chants patriotiques en pleine rue plusieurs fois par jour, y compris le dimanche. - © Photo © Franck Dalby

"Un cadeau aux salauds d’Américains." C’est en ces termes que le leader nord-coréen, Kim Jung-un, est revenu sur le tir d’un missile intercontinental. L’engin, qui a dépassé une altitude de 2500 kilomètres, s’est échoué ce mardi au nord du Japon.

Désormais, selon plusieurs experts, la Corée du Nord aurait les moyens d’atteindre l’Alaska. En réponse à cet essai balistique, les forces sud-coréennes et américaines ont réalisé une série de tirs balistiques, un message perçu comme un avertissement. C’est dans ce contexte que nous nous sommes demandé comment se passe la vie à Pyongyang, la capitale nord-coréenne.

Malgré les sanctions de l’ONU qui se multiplient à l’encontre de la Corée du Nord à cause de son programme d’armement, il n’y a encore aucun impact apparent sur la vie des 3 millions de Nord-coréens qui ont le privilège de vivre à Pyongyang. C’est le constat de notre envoyé spécial sur place, Frédéric Castel, qui relève que, de prime abord, Pyongyang ressemble à une gigantesque capitale asiatique avec ses gratte-ciel ultramodernes. Mais aussi avec ses immenses avenues sans trafic et ses monuments démesurés à la gloire des leaders de la dictature.

Au printemps, les jardins et les balcons sont tous fleuris, c’est une obligation. Des femmes coupent le gazon avec des ciseaux et balaient inlassablement des rues immaculées. Les marchés de nourriture sont bien achalandés et les grands magasins offrent des produits des années 50. On commence même à voir des vélos électriques de fabrication chinoise. Dans les boutiques de luxe, où les gens riches achètent en dollars et en euros, convergent tous les produits étrangers importés illégalement de Chine et d’autres pays.

La misère est visible dès que l’on quitte la capitale

Mais derrière cette réalité, où tout est fait pour l’apparence, se cache un monde de dysfonctionnements. Les pannes générales d’électricité rendent les ascenseurs inutilisables, le courant et le chauffage central sont presque inexistants dans un pays où il fait moins 20 en hiver.

Dès qu’on s’éloigne du centre et des grandes avenues, la misère est visible avec des ruelles de terre battue, des transports en commun inadaptés et des habitations misérables. En avril dernier, soudainement, le prix de l’essence a quasiment doublé sans aucune explication. C’est peut-être les premiers effets des sanctions et le début des difficultés croissantes pour les Nord-Coréens pauvres et moins pauvres.

Les dollars au pays du socialisme soviétique

Depuis quelques années, les marchands ambulants et les petits vendeurs se sont multipliés à Pyongyang, la capitale nord-coréenne où le jeune "Leader" – Kim Jong-un, âgé de 33 ans – a réussi à créer une petite classe moyenne qui utilise souvent et ouvertement euros et dollars.

Le plus frappant à Pyongyang, depuis quelques années, est l’usage croissant des devises étrangères qui servent au petit commerce, non seulement dans les boutiques pour étrangers, mais aussi dans les marchés essentiellement réservés aux Nord-Coréens.

On est souvent surpris de pouvoir utiliser des euros dans les magasins de luxes et de récupérer facilement sa monnaie en pièces d’euros !

Dans la capitale, les petits commerces, la débrouillardise et le marché noir se développent. Les Nord-Coréens, industrieux et travailleurs, tentent de gagner leur vie dans cette nouvelle économie de marché.

Grâce à cette mini-révolution, le petit commerce se porte bien, et la classe moyenne, qui intègre militaires et officiels du régime, bénéficie d’un niveau de vie qui s’améliore depuis peu. De quoi donner une assise sociale favorable au régime totalitaire de Kim Jong Un, au pouvoir depuis 5 ans à peine.

La délation est encouragée

Tous les matins dans les écoles, les usines et même dans la rue, des rassemblements obligatoires sur fond de musique patriotique sont organisés pour bien commencer la journée.

Même avec Kim Jong-un, le jeune leader actuel de 33 ans, qui a fait ses études en Suisse, la propagande et la répression se perpétuent avec la même sévérité que sous le règne de ses prédécesseurs. Les chants, la musique, les messages inscrits sur des panneaux géants – même en pleine campagne – et des milliers de minibus, tous équipés d’haut-parleur égrènent inlassablement des slogans et des chants révolutionnaires.

Les 25 millions de Nord-Coréens n'ont aucun accès aux télévisions étrangères, à Internet ou à de simples communications téléphoniques avec l’étranger. Même avec leurs portables.

La presse, comme toutes les activités culturelles, est pétrie de propagande dans le pays le plus militarisé au monde, avec un adulte sur deux en uniforme. La police secrète est omniprésente et la délation encouragée.

En 2014, l'ONU estimait que des centaines de milliers d'opposants politiques étaient morts dans des camps depuis 50 ans et que 80 000 à 120 000 prisonniers politiques sont encore détenus aujourd’hui.

Malgré cette chape de plomb unique au monde, la population se doute de ce qu’il se passe à l’étranger. Beaucoup d’informations et films sud-coréens circulent principalement grâce aux clés USB !

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