Catastrophe de Fukushima: l'expert nucléaire David Boilley répond à 3 questions

L'explosion du 15 mars 2011
L'explosion du 15 mars 2011 - © EPA/ABC TV

David Boilley, physicien nucléaire et président de l’Association pour le Contrôle de la Radioactivité dans l’Ouest (ACRO), fait le point 5 ans après la catastrophe.

Combien de victimes la catastrophe de Fukushima a-t-elle causées?

"Le tsunami du 11 mars 2011 a causé environ 18 000 décès et disparitions sur tout le Japon, c'est une catastrophe effroyable. Mais si l'on compare à ce qui s'est passé à Haïti, en Chine ou en Indonésie, le nombre de décès au Japon reste assez limité parce que c'est un pays qui est bien préparé contre les catastrophes naturelles. En ce qui concerne l'accident nucléaire, il n'y a pas eu d'irradiation telle que cela aurait entraîné un décès direct, comme on a pu l'observer à Tchernobyl. En revanche, l'évacuation d'urgence a entraîné de l'ordre de 2000 décès post-accident. Pendant la phase d'urgence, l'évacuation des hôpitaux et des maisons de retraite ne s'est pas toujours bien passée: dès la première semaine, cela a entraîné une cinquantaine de décès".

La vie est-elle encore possible autour de Fukushima?

"La zone évacuée a été classée en différentes sous-zones par le gouvernement. Celle où il y a plus de 50 millisieverts par an (sachant que la limite pour nous est de un millisievert par an): cette zone est classée comme 'retour difficile'. Pour ce qui est en-dessous de 50 millisievert par an, avec une situation intermédiaire 20 millisieverts par an, le gouvernement décontamine et souhaite le retour des populations. Il y a encore actuellement 100 000 personnes évacuées à cause de la catastrophe nucléaire, qui s'ajoutent aux personnes évacuées à cause de la catastrophe naturelle. La majorité d'entre elles ne veulent plus rentrer: soit ils ont refait leur vie ailleurs, soit ils n'ont pas confiance dans la décontamination. C'est dramatique pour ces villages : seules les personnes âgées et ceux qui n'ont pas besoin de soins médicaux souhaitent rentrer".

Fallait-il relancer les réacteurs belges de Doel1 et Doel2, qui ne répondraient qu'à partir de 2025 aux nouvelles normes sismiques définies après la catastrophe de Fukushima?

"C'est une situation inquiétante qu'il faille attendre autant de temps pour renforcer la sûreté. C'est un peu la même chose en France: après des stress-tests, l'autorité de sûreté nucléaire a imposé des moyens de secours supplémentaires. Et EDF (Électricité de France) se donne 10 ans pour les mettre en place sur les réacteurs français. Mais on peut quand même saluer le fait qu'il y ait eu cette volonté européenne de renforcer la sûreté à l'intérieur des réacteurs. La prise de conscience que l'accident grave est possible chez nous, c'est déjà un progrès énorme. Il y a des mesures pour renforcer la sûreté des installations nucléaires, le problème c'est les délais pour les mettre en place. Il y a un dernier point qui pose problème autour des centrales nucléaires en cas d'accident: pratiquement aucun progrès n'a été fait. Les leçons de l'évacuation et de la gestion de la catastrophe n'ont pas encore été tirées en Europe".

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