CQFD : en Colombie, "on assiste en direct à des assassinats, des massacres"

Plus de 40 morts en 11 jours de manifestations, 1500 blessés et une centaine de disparus : la Colombie est entrée dans la tourmente de la répression. Les villes, comme la capitale Bogota, ou Cali, située dans le sud du pays, sont vent debout contre les projets du gouvernement du président Ivan Duque.

La colère a débuté avec un projet de loi pour réformer la fiscalité, jugé injuste car touchant essentiellement les classes moyenne et pauvre, en pleine pandémie. Mais malgré le retrait du projet de loi, la colère est loin d’être apaisée. D’autres revendications sociales se font jour.

Pour dompter les manifestants, le gouvernement envoie l’armée et les agents de l’Esmad, la police anti émeutes. La répression est féroce.

Quelle est la raison de la colère en Colombie ? Pour en parler sur le plateau de CQFD, Marie Nagy, députée bruxelloise DéFI, et François Brabant, rédacteur en chef et fondateur du magazine Wilfried.

Pour le président, Ivan Duque, il s’agissait avec cette réforme de remplir les caisses de l’Etat vidées par la gestion de la pandémie, explique Marie Nagy. "Mais cela ne convainc pas parce qu’au début de son mandat il a réduit les impôts des sociétés et des revenus les plus élevés… Il faut savoir que pendant le confinement, sur les fenêtres de Bogota, il y avait des drapeaux rouges, cela veut dire on a faim ici".

Selon deux ONG, il y aurait 47 morts dont 39 victimes des forces de l’ordre, précise François Brabant, qui connaît la Colombie pour y avoir réalisé plusieurs reportages. "Je pense que depuis probablement les années 70, il s’agit de la crise la plus grave que la Colombie ait connue, et son issue et totalement incertaine", ajoute Marie Nagy, elle-même née en Colombie. "Sur les images il y a un côté festif, les jeunes qui descendent manifester, et puis le soir, il y a certainement des évènements qu’on doit condamner comme des pillages etc.… Mais il y a une réaction du gouvernement qui n’est pas juste… Des policiers sont intervenus en tirant à balles réelles sur des manifestants !"

La "main invisible" derrière les assassinats

François Brabant pointe le rôle des médias, dont la plupart nient la contestation pour présenter une vision biaisée de ce qui se passe, parlant de grévistes "qui provoquent des embouteillages". Il rappelle : dans les campagnes ; les assassinats de syndicalistes, de militants des droits humains ont lieu "par dizaines" depuis le mois de janvier, mais sont invisibles. Aujourd’hui, cependant, avec les réseaux sociaux, les évènements circulent, sont commentés, et connus.

"Aujourd’hui, avec Twitter et Instagram, on assiste en direct à des assassinats, à des massacres, et le mot n’est pas exagéré", ajoute le journaliste en posant la question : ces civils qui apparaissent sur les vidéos, et qui tirent sur des manifestants, qui sont-ils ? Tueurs à gages, paramilitaires ?

"Et puis, Ivan Duque a été élu grâce au soutien indéfectible de l’ancien président Alvaro Uribe, une personnalité, du point de vue des Droits de l’Homme, de ses liens avec les anciens paramilitaires, une personnalité très remise en cause par une grande partie de la société colombienne. Quand on voit apparaître dans les manifestations des personnes "civiles" qui tiraient sur les manifestants, on se demande quelle est la main invisible derrière tout ça ?" se demande aussi Mary Nagy.

Et Francois Brabant de rappeler le rôle qu’a joué Alvaro Uribe, ancien président et mentor du président actuel, "soutenu par ces milices paramilitaires insaisissables, qui historiquement sont le bras armé des grands groupes industriels ou les grands propriétaires terriens", et qui ont joué un rôle dans la guerre civile meurtrière de près de 6 décennies contre les FARC. Alvaro Uribe qui serait resté cette "main invisible. François Brabant rappelle à cette occasion la position d’Uribe contre les accords de paix en 2016.

Marie Nagy rappelle que les accords de paix doivent être implémentés, et que la communauté internationale a sponsorisé, aussi financièrement, la paix en Colombie. Et qu’il faut dire non à la militarisation. Mais aujourd’hui on est loin du compte : "Je crains une guerre civile" dit-elle.

 

Mais même si la situation incite au pessimisme, "il y a un côté douloureux et un côté très lumineux" dans cette mobilisation, précise Francois Brabant.

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