Colombie : les derniers jours du condor ?

La Colombie s’est lancée le week-end dernier dans un vaste recensement des condors des Andes, parmi les plus grands oiseaux du monde. Un oiseau sacré dans les civilisations précolombiennes… Celui-là même qui enleva Tintin dans "Le Temple du Soleil". Loin de la source d’inspiration d’Hergé, le rapace diurne est en voie d’extinction.

300 volontaires ont effectué ce premier recensement le week-end dernier, dans une centaine de sites situés en Colombie. On ignore encore les résultats mais selon un exercice similaire réalisé en 2016, seulement 130 condors seraient présents en Colombie pour une population totale estimée à 10.000 dont 6700 spécimens adultes.

L’oiseau mythique ne connaît pas les frontières tracées par les humains. Il est surtout présent le long de la Cordillère des Andes jusqu’aux côtes du Pacifique du Sud, autrement dit en Equateur, au Pérou, au Chili, en Bolivie, en Argentine et sur la Tierra del Fuego, l’archipel austral du continent sud-américain.

"El condor pasa"

Le condor des Andes est classé comme vulnérable et figure sur la liste rouge des espèces menacées de l’Union internationale pour la conservation de la nature (UICN). En Colombie, le rapace est menacé par l’expansion de l’agriculture et de l’élevage, dans les territoires de haute montagne où il vit mais aussi par l’empoisonnement, direct ou indirect. Indirect en ce que le condor, un charognard, mange les carcasses de pumas ou de renards, eux-mêmes empoisonnés par les éleveurs inquiets pour leurs élevages. "Direct par crainte qu’ils s’en prennent aux troupeaux. Pourtant, seulement 1% des attaques sont dues aux condors", selon la directrice scientifique de la Fondation Pairi Daiza Catherine Vancsok.

"La population de condors est sensible à ces menaces car le taux de natalité est très faible. La maturité sexuelle du rapace est par ailleurs tardive ; il est monogame et se reproduit tous les deux à trois ans. Bref, c’est une reproduction très lente", ajoute Catherine Vancsok. Il est donc important de recenser ces oiseaux pour prendre les bonnes mesures de préservation.

Détesté par certains, l’oiseau de proie noir avec sa collerette blanche est adulé par d’autres. Le condor des Andes dont l’envergure peut atteindre 3,5 mètres, fait corps avec la Cordillère du même nom, un territoire somptueux et parfois hostile.

Il pèse jusqu’à 15 kilos, ce qui en fait le plus gros oiseau volant. Et surtout, il est capable de voler jusqu’à 6000 mètres d’altitude, une aptitude qui le fait littéralement disparaître dans les airs, ce que les civilisations précolombiennes ont interprété comme un lien unique entre le ciel et la terre. "El Condor", messager du ciel, de l’au-delà. Le condor est aussi le messager du soleil pour certaines populations indigènes, encore aujourd’hui.

Le condor des Andes en captivité en Wallonie

Pas de condors andains s’appropriant le ciel chez nous… mais un couple qui vit en captivité à Pairi Daiza. Selon la directrice scientifique de la Fondation Pairi Daiza, Catherine Vancsok, "le couple a élu domicile au parc il y a plus de dix ans. L’objectif de la Fondation aujourd’hui est de sensibiliser le public aux espèces vulnérables ou menacées mais aussi de prendre part à la conservation de l’espèce". La fondation Pairi Daiza participe en effet à l’EEP, le programme européen pour les espèces menacées dont c’est le principal dessein. Aucun condor élevé en captivité dans le parc n’a été relâché dans la Cordillère des Andes et ce n’est d’ailleurs pas à l’ordre du jour, précise encore la directrice scientifique, mais nous avons relâché un vautour moine de 4 mois dans le Verdon en France. Qui sait, peut-être qu’un condor né en captivité en Belgique survolera un jour les Andes ?

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