Brésil: Dilma Rousseff dénonce un "coup d'Etat" à son procès en destitution

La présidente du Brésil Dilma Rousseff a dénoncé lundi un "coup d'Etat", se disant victime d'un procès "injuste et arbitraire", dans une plaidoirie de la dernière chance devant le Sénat avant sa probable destitution mardi ou mercredi.

Nous sommes à un pas d'une grave rupture institutionnelle

"Je viens pour vous regarder dans les yeux, messieurs les sénateurs, et dire que je n'ai commis aucun crime de responsabilité, je n'ai pas commis les crimes pour lesquels je suis jugée injustement et arbitrairement accusée", a déclaré la dirigeante de gauche, l'air sombre face à l'hémicycle.

Vêtue d'une jupe noire et d'une veste grise ornée de fleurs brodées, Mme Rousseff a fustigé "un coup d'Etat pour élire indirectement un gouvernement usurpateur" et rappelé qu'elle avait été élue par 54 millions de Brésiliens.

"Nous sommes à un pas d'une grave rupture institutionnelle, de la concrétisation d'un authentique coup d'Etat", a-t-elle lancé sur un ton combatif.

"Votez contre l'impeachment, votez pour la démocratie", a conclu Mme Rousseff, au terme d'un plaidoyer de 30 minutes.

Pour affronter les sénateurs, dont plus des deux tiers requis sont favorables à l'"impeachment" selon les comptages des médias, elle était accompagnée de son mentor politique, l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), du célèbre chanteur-compositeur engagé à gauche Chico Buarque, et d'une douzaine d'anciens ministres.

Des centaines de partisans l'accueillent

La présidente du Brésil Dilma Rousseff est arrivée lundi au Sénat pour se défendre personnellement dans son procès en destitution, une ultime intervention avant sa probable éviction, point final à 13 ans de règne de la gauche dans le plus grand pays d'Amérique latine.

Plusieurs centaines de ses partisans ont accueilli la dirigeante, souriante à son arrivée vers 12H00 GMT, chantant "Dilma, guerrière de la patrie brésilienne" avec des pancartes du Parti des travailleurs (PT) et des fleurs pour lui remettre en guise d'encouragement.

Même si tous les pronostics sont contre elle, l'ex-guérillera de 68 ans, emprisonnée et torturée sous la dictature militaire (1964-1985), vient à ce rendez-vous historique "décidée, préparée pour la bataille", a déclaré aux journalistes le député Silvio Costa (PT do B, parti allié du PT).

Pour affronter les sénateurs, dont une grande majorité sont favorables à l'"impeachment" selon les sondages, elle est accompagnée de son mentor politique, l'ex-président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010), du célèbre chanteur engagé à gauche Chico Buarque et d'une douzaine d'anciens ministres.

Elle clame son innocence

Depuis des mois, celle qui avait été la première femme élue à la tête du Brésil en 2010 clame son innocence et crie au "coup d'Etat" institutionnel ourdi par le principal bénéficiaire de la manoeuvre: son ancien vice-président devenu rival, Michel Temer (PMDB, centre droit), 75 ans.

Il assure l'intérim depuis sa suspension le 12 mai par un vote de plus des deux tiers des sénateurs et gardera les manettes jusqu'aux élections présidentielle et législatives fin 2018 si elle est destituée.

Elle aura la parole durant 30 minutes et décidera ensuite si elle accepte ou non les questions des parlementaires, qui dans ce cas auraient chacun cinq minutes pour s'exprimer.

Puis suivront de longs débats et le vote final, attendu mardi ou mercredi. Un "oui" des deux tiers des sénateurs - 54 sur 81 - est requis pour prononcer la destitution, qui serait une première dans l'histoire du Brésil.

Le parlement rongé par des soupçons de corruption

Si Mme Rousseff est écartée du pouvoir, elle ne pourra plus occuper de fonctions publiques pendant huit ans. Si elle est innocentée, cette économiste dont la popularité stagne à 13% retrouvera son mandat. Dans une ambiance souvent houleuse, les parlementaires, dont plus de la moitié sont soupçonnés de corruption ou visés par une enquête, ont entendu depuis jeudi des témoins de l'accusation et de la défense, sous la direction du président du Tribunal suprême fédéral (STF) Ricardo Lewandowski comme le prévoit la Constitution.

Pro et anti-impeachment s'opposent sur le "crime de responsabilité" reproché à la présidente : le maquillage des comptes publics pour dissimuler l'ampleur du déficit et l'approbation de décrets engageant des dépenses sans l'approbation du Parlement.

Tous ses prédécesseurs ont eu recours à ces pratiques, sans être inquiétés.

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