Accord avec les Farc: "La paix est devant la Colombie"

Les Colombiens célèbrent la signature de l'accord entre le gouvernement et les Farc à Medellin.
Les Colombiens célèbrent la signature de l'accord entre le gouvernement et les Farc à Medellin. - © RAUL ARBOLEDA - AFP

Un accord historique. Le gouvernement colombien et la guérilla des Farc, les Forces armées révolutionnaires de Colombie, ont signé ce jeudi soir à La Havane à Cuba un accord sur un cessez-le-feu définitif et le désarmement de la rébellion. C'est une étape importante pour tourner la page d'un conflit qui dure depuis plus de 50 ans. Un conflit qui a fait au moins 260 000 morts, 45 000 disparus et des milliers d'otages parmi lesquels Ingrid Betancourt.

Pour mieux comprendre la portée de cet accord, 3 questions à Matthieu de Nanteuil, spécialiste de la Colombie à l’UCL.

Ce conflit existe depuis plus de 50 ans. Quel a été son déclic ?

Matthieu de Nanteuil: "La société colombienne n’a jamais vraiment été en paix. Elle est gouvernée surtout depuis la fin de la seconde guerre mondiale par des élites politiques conservatrices et libérales, qui se partagent le pouvoir. Et ces élites ont toujours empêché l’émergence d’une opposition centriste ou de gauche démocratique. Il y a donc un contrôle de l’ensemble de la vie politique colombienne par une oligarchie. C’est dans ce contexte-là que l'on a vu au milieu des années 60 s’organiser des guérillas dont la plus importante est les Farc. Elles voulaient répondre à l’impossibilité d’investir démocratiquement le terrain politique colombien. Les Farc sont historiquement et militairement la guérilla la plus importante mais ce n'est pas la seule. Il existe aussi l'ELN, par exemple, l'Armée de Libération Nationale, mais elle n'a pas signé l'accord en question. On va voir ensuite cette situation de guerre dégénérer en guerre sale, dans laquelle le narcotrafic va avoir un rôle très important".

En Colombie, il y a déjà eu plusieurs accords avortés, entre le gouvernement et les FARC. En quoi celui-ci est solide ?

Matthieu de Nanteuil: "Il y a deux éléments qui permettent de le dire: tout d'abord, c’est un processus de paix qui a été placé d’emblée sous l’observation de pays tiers comme Cuba et la Norvège. Cette fois, ce n'est donc pas seulement une affaire interne, c’est une affaire publique, qui concerne la communauté internationale. Deuxième élément: la méthodologie qui a été choisie est originale : 6 thèmes ont été sélectionnés: la réforme agraire intégrale, la participation politique c'est-à-dire la place de la société dans la vie politique, la place du narcotrafic, la situation des victimes et puis la question du dépôt des armes. Ces 5 thèmes sont ceux qui ont fait l’objet d'accord. Il en reste un dernier qui reste au cœur de discussions: les mécanismes de validation publique de l’accord. Cela a été vraiment progressif".

"La volonté des Farc est double. Tout d'abord, elles veulent devenir un acteur politique de la vie colombienne. Il y a un projet politique derrière le dépôt des armes. Et puis surtout, les Farc ont compris que pour eux-mêmes d’abord, mais aussi pour les classes populaires, la guérilla telle qu’elle a été conçue depuis un demi-siècle ne menait nulle part. Elle n’a fait que renforcer le contrôle par l’oligarchie de la société colombienne. Elle a participé au développement des groupes paramilitaires d’extrême droite. Donc en termes d’analyse politique, il était essentiel que les Farc fassent un pas."

Est-ce que tout est résolu pour autant, en Colombie?

Matthieu de Nanteuil: "Non, l'accord signé l'a été entre deux acteurs, le gouvernement colombien et les Farc. Mais il y a d'autres acteurs responsables de violences dans le pays. L'ELN, l'autre guérilla n'a pas rejoint les négociations et les groupes paramilitaires d'extrême droite sont prêts à occuper le terrain. Ils revendiquent un contrôle politique et économique de certains territoires et sont prêts à saper le processus de paix. La Colombie a connu un grand traumatisme dans les années 80, lorsqu'une partie des Farc avait tenté de revenir à la vie civile en créant une grande plateforme de gauche. Elle regroupait des membres des partis de gauche et d'ex-guérilleros. L'ensemble des cadres de cette plateforme a été exterminé par les groupes paramilitaires et par une partie de l'armée. Il existe une peur que ces groupes paramilitaires empêchent l'application de cet accord.... Mais je le répète, c'est tout de même un accord très porteur d'espoir".

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