Vingt ans après les attentats du 11 septembre, un pompier de Charleroi raconte les liens créés avec ses confrères de New York

Le 11 septembre 2001 est une date clé dans l’histoire contemporaine, une entrée dans le troisième millénaire dont beaucoup se souviennent. Une date que les pompiers de Charleroi ne sont pas près d’oublier. Alors que les tours viennent tout juste de s’effondrer, un sapeur-pompier ambulancier de Charleroi, Tino Saitta décide de partir pour New York. Sans le savoir, il commence à tisser des liens indéfectibles entre les pompiers d’ici et de là-bas.

Sauver ou périr

Tino Saitta a fait sienne la devise des pompiers "Sauver ou périr". A 35 ans, il travaille depuis douze ans comme sapeur-pompier. Quand le terrorisme d’Al Qaïda s’abat de manière spectaculaire sur les Etats-Unis, il a intégré depuis peu la caserne de Charleroi. "Je circulais en voiture à Fleurus lorsqu’un collègue m’appelle et m’explique ce qui se passe à New York. J’étais déjà allé au World Trade Center et j’ai tout de suite pensé qu’il s’agissait d’un attentat. Je sentais la catastrophe imminente. Je me suis très vite retrouvé devant la télé, comme tout le monde".


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Quand les tours jumelles s’effondrent, c’est le choc pour le sapeur-pompier : "Forcément, en étant pompier, on imagine un peu comment ça va se passer pour secourir les gens, surtout la difficulté d’arriver sur place…".

Tino Saitta essaie immédiatement de contacter sa famille qui vit dans la Grande Pomme, une famille de policiers, mais personne ne décroche "car l’antenne des télécommunications qui se trouvait sur l’une des tours s’était effondrée aussi. Il m’a fallu deux à trois jours avant de leur parler".

"Nous sommes en guerre"

Il aura ainsi fallu trois jours avant de discuter avec la famille et être rassuré et deux mois avant de pouvoir se rendre sur place : "Un ami policier m’a accompagné. Ma famille m’a accueillie et c’était encore plus émouvant parce que mon cousin nous a expliqué que la guerre avait commencé chez eux. 'Nous sommes en guerre', a-t-il déclaré".

A 20 heures, le jour même de son arrivée à New-York, Tino Saitta se rend sur le site meurtri. Là, c’est le choc : "On est allé sur le site. J’y étais allé souvent avant… Tout était sur le sol… Ce n’était plus la ville de New-York que j’avais connue".

Ce sentiment, le sapeur-pompier carolo le ressent à son arrivée à l’aéroport déjà : "Quand je suis arrivée, tout était différent. Il y avait plein de militaires dans l’aéroport […]. Il y avait plein de militaires et de policiers en rue. On sentait une pression. C’était une situation de guerre et les gens étaient attristés. Tout le monde était touché par ces attentats, de près ou de loin", raconte Toni Saitta.

Le choc à "Ground zero"

Quand il se présente au pied de ce qui symbolisait la puissance des Etats-Unis, de la fumée s’échappe encore du site, "ça brûlait encore dans les étages inférieurs là où il y a le métro et j’étais impressionné. Étant pompier, forcément, j’ai une autre vision de la chose. Les larmes coulent toutes seules parce qu’on ressent ce qui a pu se produire deux mois avant".


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Le lendemain matin, Toni Saitta retourne sur place et va encore plus près du site. Quand il arrive, un prêtre est occupé à prier avec pompiers qui travaillent 24 heures sur 24 sur le site. Le chef des pompiers, Salvator Cassano, est sur place mais aussi le chef de la police new-yorkaise que l’on avertit de la présence d’un pompier venu de Belgique.

"Il me donne la main et me dit 'Vous êtes le premier pays étranger à être présent. Merci de venir nous soutenir'", se souvient Toni Maitta. C’est le début de la relation entre les pompiers de Charleroi et ceux de New-York. Elle n’a jamais été démentie depuis… Une délégation des sapeurs-pompiers de Charleroi se rend d’ailleurs chaque 11 septembre à New York et les hommes du feu restent en contact.

Le drame du chef Pfeifer

"J’ai appris certaines choses par des collègues pompiers de New York. Le chef Joseph Pfeifer était soi-disant sur une fuite de gaz (le matin des attentats, ndlr). C’est lui qui a vu l’avion entrer dans la tour et a donne l’alerte. C’était l’un des premiers sur place avec ses hommes".

Une fois l’alerte donnée, une unité commandée par le frère du chef des pompiers, Kevin Pfeifer, est arrivée sur place. "Il a demandé à son frère de monter avec ses hommes pour aller porter secours aux gens dans les différents étages. En lui disant d’y aller, ils se sont regardés et il savait que son frère était en danger et que peut-être il ne le verrait plus. J’étais pris par une émotion très forte quand il m’a expliqué ça, c’est-à-dire savoir que même si c’était son frère, la première chose qui comptait, c’était d’aller sauver des gens". Une histoire qui en dit long sur l’engagement des pompiers dont la devise est "sauver ou périr".

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