Un an après le meurtre de George Floyd, Minneapolis panse ses plaies et n'oublie pas

A Minneapolis, le carrefour entre l’avenue de Chicago et la 38e rue est devenu un lieu de recueillement qui attire chaque jour des dizaines de visiteurs anonymes. C’est ici que George Floyd, un citoyen américain noir de 46 ans, a été tué par un policier blanc, Dereck Chauvin. C’était le 25 mai 2020. Neuf minutes et vingt-neuf secondes de longue agonie, asphyxié, la tête sur le bitume, sous le poids de Chauvin et de trois autres collègues de la police de Minneapolis. Un meurtre de sang-froid, filmé par plusieurs passants, qui a choqué le monde entier.

"Ce meurtre a été filmé par une de mes élèves à moins de 200 mètres de chez moi, explique Marcia Howard, enseignante et habitante du quartier. Immédiatement après, nous nous sommes mobilisés avec les voisins pour que ce carrefour devienne un lieu de mémoire et de revendications du mouvement Black Lives Matter. Les autorités de Minneapolis ont voulu rouvrir le carrefour à la circulation mais nous nous y sommes opposés en leur disant que tant que nous n’aurions pas obtenu justice, ils ne récupéreraient pas leurs rues."


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Depuis un an, Marcia Howard organise la mobilisation du quartier où George Floyd a été tué à Minneapolis/ © Tous droits réservés

Un combat pour toutes les minorités

Depuis un an, les quatre rues qui mènent au carrefour où George Floyd est décédé sont fermées à la circulation par des barrières et des blocs de pierre. Les habitants du quartier ont rebaptisé les lieux "Square George Floyd" et l’ont décoré de fresques, de fleurs, de bougies et de slogans en hommage à toutes les victimes de violences policières à caractère raciste aux Etats-Unis.

"Ce meurtre a réveillé les consciences, poursuit Marcia. Il a mis en lumière l’oppression systémique des minorités dans ce pays et nous n’accepterons plus jamais de brader la vie des personnes noires, latinos, asiatiques et amérindiennes pour que l’on continue de diffuser l’idéologie de la 'suprématie blanche' qui a causé tant de victimes depuis le début de la colonisation de l’Amérique. C’est ça le message du mouvement Black Lives Matter. C’est une lutte pour la défense de toutes les minorités, pour qu’elles puissent toutes jouir des mêmes droits que la population blanche."

Des crimes racistes qui échappent à la justice

Mais le chemin est encore long.

Rien dans l’Etat du Minnesota on estime que près de 470 personnes, noires ou issues d’autres minorités, ont perdu la vie à cause de violences policières, au cours de ces 20 dernières années.


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Des meurtres qui ont rarement été jugés, comme celui de Justin Teigen, dont le corps mutilé a été retrouvé dans une poubelle de la ville de Saint-Paul, juste après son arrestation, le 19 août 2009. "Lorsque je l’ai vu à la morgue, se souvient Toshira Garraway, l’ex-compagne de Justin Teigen, son crâne était littéralement coupé en deux. Son corps était couvert de morsures de chien, ses poignets étaient détachés de ses bras, on pouvait clairement y voir la marque des menottes. Sa tête avait la taille d’une pastèque, ses yeux étaient enfoncés. Il n’y a aucun doute possible, il a été battu à mort, victime d’un lynchage des temps modernes."

Dereck Chauvin, premier policier condamné

Après la mort de Justin Teigen, Toshira Garraway s’est retrouvée seule pour élever son fils de trois ans. Elle a alors créé une association de familles de victimes de violences policières au Minnesota. Elle réunit 25 familles qui attendent toujours que justice soit faite. "Nous avons créé cette association avec la sœur de Jamar Clark, un jeune homme de 24 ans qui a été abattu d’une balle dans la tête par la police de Minneapolis en 2015, alors qu’il était couché au sol, les mains menottées dans le dos, raconte Toshira. Après ce meurtre, les policiers ont simplement été mis en congé administratif et ils perçoivent toujours leur salaire aujourd’hui. A ma connaissance, Dereck Chauvin, le meurtrier de George Floyd, est le seul policier à avoir jamais été condamné pour le meurtre d’un citoyen issu d’une minorité au Minnesota. Avant lui, un seul policier avait été condamné pour meurtre, un policier d’origine asiatique qui a été jugé coupable du meurtre d’une femme blanche…"

A une centaine de mètres du Square George Floyd, les militants du mouvement Black Lives Matter ont installé un cimetière commémoratif baptisé "Say their names" (Dites leurs noms) qui regroupe 133 tombes symboliques reprenant les noms de victimes décédées des suites de violences policières ces dernières années.

Combien sont morts avant lui, sans qu’on en parle ?

"Ce cimetière nous rappelle que cette violence existe depuis des années, explique Markeanna Tyus, une jeune lycéenne de 16 ans qui habite dans le quartier. Si on a tant parlé de la mort de George Floyd, c’est parce qu’elle a été filmée. Mais combien sont morts avant lui, sans qu’on en parle ? Le malheur c’est que de nombreux blancs n’y ont jamais prêté attention, parce que ça ne les touche pas directement. Et tant qu’il n’y aura pas de prise de conscience collective, rien ne changera dans ce pays."

" On doit faire mieux, tous ensemble ! "

Mais depuis le meurtre de George Floyd, un vent nouveau semble souffler sur Minneapolis. Des affiches Black Lives Matter apparaissent désormais aux fenêtres partout dans la ville, même dans les quartiers résidentiels habités par des Blancs. "Le mouvement rassemble aujourd’hui des gens de toutes origines, explique Marcia Howard. Au square George Floyd, nous avons ainsi créé une véritable communauté. Des Noirs, des Blancs, des Latinos, des Asiatiques, des Amérindiens s’y réunissent tous les jours pour discuter, échanger, prier. C’est le moment pour nous de devenir l’Amérique que nous n’avons encore jamais été. Une Amérique dans laquelle nous aurions tous les mêmes droits. On peut et on doit faire mieux ! Et on est en train de prouver que c’est possible avec ce mouvement Black Lives Matter."

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