Quel avenir pour le Parti républicain aux États-Unis ?

Qu’il l’accepte ou non, Donald Trump a bel et bien perdu l’élection présidentielle aux États-Unis. Une élection qui se sera déroulée en permanence dans un climat de division, résultat de la politique menée pendant 4 ans par le président Trump et qui n’a cessé d’agrandir le fossé entre les démocrates et républicains.

Mais cette division se ressent aussi au sein même du parti de Donald Trump depuis son arrivée comme candidat à l’élection de 2016. Un candidat puis un président qui a imposé un changement radical au sein du parti, avec un virage très à droite, voire à l’extrême droite. Actuellement il est impossible de prédire ce que va faire Donald Trump, ce qui laisse l’ensemble du Parti à l’éléphant dans l’expectative. Ce qui ne l’empêche pas de continuer à soutenir son président mais pour combien de temps encore ?

L’héritage de Sarah Palin

Tout au long de son mandat, Donald Trump aura marqué les esprits par ses choix politiques, ses phrases chocs ou ses tweets impulsifs. Un style populiste pour de nombreux observateurs. Cependant, Donald Trump n’est pas l’inventeur de ces prises de position qui visent uniquement à plaire à son électorat et à personne d’autre.

Donald Trump a en quelque sorte, pris le relais de Sarah Palin, ancienne gloire du Tea Party, l’aile la plus à droite du Parti républicain des années 2000. C’est elle qu’avait choisie John McCain comme colistière pour affronter le duo Obama-Biden en 2008. Elle s’était rendue célèbre par un style qui détonnait à l’époque dans sa façon de faire de la politique, avec même parfois des dérapages dans certaines de ses déclarations.

Un style que s’est approprié Donald Trump et auquel s’est presque habitué une partie de l’opinion publique américaine. En 2016, l’ancienne gouverneure de l’Alaska avait apporté son soutien à Donald Trump en qui elle dira avoir trouvé "son maître". Elle disait lors d’un meeting du milliardaire dans l’Iowa : "Nous avons besoin de quelqu’un de nouveau, qui a la puissance et la capacité de faire sauter l’establishmentLes autres candidats, soutenus par les élites, portent le politiquement correct comme une ceinture d’explosifs", le tout dans un style qui rappelle fortement celui de Donald Trump.

Un style qui détonne

Mais c’est surtout une façon très différente de faire de la politique qu’ont créé Sarah Palin et Donald Trump. Une façon de faire qui n’a pas toujours plu au sein même du parti républicain.

Aujourd’hui, le parti est assurément divisé sur la méthode Trump et surtout sur son refus d’accepter sa défaite et sa façon de remettre en cause les institutions démocratiques aux États-Unis. L’un des exemples le plus marquant est la création du Projet Lincoln (Lincoln Project). Ce groupe réunit des membres du Grand Old Party (GOP, le surnom du parti Républicain), durant cette élection de 2020. Il s’est donné pour mission de faire échouer Donald Trump et tous les moyens étaient bons pour y arriver avec notamment des vidéos très convaincantes. Comme nous pouvons le voir dans celle ci-dessous, le Lincoln Project a aussi récemment pris pour cible de nombreuses personnalités du Parti républicain qui continuent de soutenir Donald Trump.

Et c’est sans doute ce qui peut étonner le plus les observateurs européens que nous sommes, Donald Trump continue d’avoir le soutien de très nombreux membres de son Parti et de nombreuses personnalités du GOP. Le Parti lui-même continue d’affirmer que Joe Biden n’a pas remporté l’élection. Pour preuve, le partage de nombreux contenus allant dans ce sens sur les réseaux sociaux (voir ci-dessous).

Mais comment expliquer ce soutien indéfectible qui, en quelque sorte, bafoue le respect des institutions américaines mais aussi les valeurs défendues par le Parti lui-même depuis sa création ?

Serge Jaumain professeur d’histoire contemporaine à l’ULB et spécialiste de la politique américaine nous donne son analyse : "Le Parti républicain est divisé mais il reste derrière Trump et c’est d’ailleurs assez impressionnant, dans le sens où Donald Trump a réorganisé le parti en le mettant entièrement à son service. Il y a un paramètre très important à prendre en compte, c’est que Donald Trump a remporté presque 74 millions de voix. Personne jusqu’à aujourd’hui, n’avait fait mieux si ce n’est Joe Biden évidemment. Donc même en étant battu, le Parti républicain fait un très beau score grâce à Donald Trump".

La division

Un score historique pour les Républicains alors qu’ils ont rarement été aussi divisés qu’en 2020. "On est face à un parti divisé mais paradoxalement on entend très peu de voix dissidentes. Donald Trump continue d’affirmer qu’il a remporté cette élection or tout démontre le contraire et ses recours en justice ont tous été rejetés. Malgré cela, très peu d’élus républicains se rebellent au sein du Parti pour dénoncer cette position du président sortant. Les seuls qui l’ont fait, ce sont les ennemis de longue date de Trump ou ceux qui ne se représenteront pas et qui sont en fin de mandat.

Un fait qui montre l’importance du poids électoral de Donald Trump selon Serge Jaumain : "Cela fait peur à de nombreux membres du Parti et ce même s’ils sont gênés par l’attitude du président. Il suffit à Donald Trump de claquer des doigts et pointer une cible sur un de ses opposants pour que cela nuise à sa carrière politique et on sait que Donald Trump est rancunier. On l’a encore vu récemment avec le limogeage de Chris Krebs. On est donc dans une situation paradoxale où le parti est abîmé mais il est obligé de suivre son leader", analyse Serge Jaumain.

Un soutien définitif ?

Pour savoir comment évoluera le parti républicain, il faut d’abord savoir ce que fera Donald Trump. L’avenir du Parti est lié à celui du président sortant. Se représentera-t-il lors de l’élection présidentielle de 2024 comme certains le suggèrent ?

Vu les résultats du dernier scrutin, il n’est pas impossible de le penser. "C’est ce qui explique l’extrême prudence de toute une partie des républicains, ils savent qu’en lâchant Donald Trump maintenant, le président sortant pourrait ne pas les soutenir lors des élections de mi-mandat (les mid terms) dans deux ans".

La plus grande particularité du Parti républicain aujourd’hui, c’est donc qu’il est presque entièrement à la disposition de Donald Trump et de son clan. "L’objectif d’un parti politique est toujours de rester au pouvoir et les membres des républicains ont compris que Donald Trump représente leur meilleur atout. Il n’est pas impossible de penser que certains quitteront le parti en désaccord avec Donald Trump mais ce sera très difficile au vu de son poids électoral d’autant plus que les électeurs de Trump sont très fidèles à leur président.

Malgré l’ombre et la force de Donald Trump, certains Républicains préfèrent favoriser une transition démocratique pacifique dans le respect des lois. Un groupe de personnalités du parti, principalement des experts en sécurité, vient d’ailleurs de demander au président de concéder sa défaite afin que la transition démocratique puisse commencer avec l’équipe de Joe Biden.

À droite toute !

La situation actuelle pose certainement problème à de nombreux Républicains modérés mais même dans le cas où Donald Trump décidait d’arrêter sa carrière politique, il est peu probable que le parti revienne à des méthodes et à des positions d’avant Trump.

La prise de position très à droite devrait se confirmer selon Serge Jaumain : "Je pense que la tendance sera de rester proche de la droite radicale, même si des Républicains modérés pourraient obtenir que le Parti prenne ses distances avec les mouvements d’extrême droite et les suprémacistes blancs".

Il ajoute : "Malgré ça, tout le monde continuera à avoir peur des prises de position du président sortant car il faut se rendre compte que Donald Trump n’est pas un simple accident de l’Histoire. Les idées qu’il défend sont partagées par une grande partie de la population américaine. Ce qui surprend beaucoup d’observateurs extérieurs et qui démontre que cette société est profondément divisée. Et ce n’est pas une division autour de la personnalité de Trump mais bien autour de ses idées. Même si Donald Trump disparaît de la circulation, ce dont je doute, les idées développées par le trumpisme resteront".

Des idées que pourraient aussi défendre les enfants de l’actuel président, souvent pressentis comme candidats républicains pour l’élection de 2024.

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