Procès en destitution contre Trump : le parti républicain risque-t-il d'imploser ?

Le sénateur républicain Mitt Romney, arrivant au Sénat vendredi
Le sénateur républicain Mitt Romney, arrivant au Sénat vendredi - © BRENDAN SMIALOWSKI - AFP

Le procès en destitution à l’encontre de l’ancien président américain Donald Trump pour "incitation à l’insurrection" aura donc bien lieu : les sénateurs ont voté à une courte majorité en faveur de sa tenue. Les procureurs démocrates ont déroulé leur accusation, jeudi, et c’est au tour des avocats de Donald Trump de présenter leurs plaidoiries de défense ce vendredi.
Le procès devrait encore durer plusieurs jours, mais il a également des conséquences politiques.

Le parti républicain de l’ex président est lui aussi au cœur de la tourmente.
Le New-York Times a mené l’enquête à ce propos. Les journalistes du quotidien américain ont épluché les listes des affiliations aux partis politiques dans les Etats, et surtout dans les 25 Etats ou cette inscription est obligatoire. Constatation : au moins 140 000 affiliés ont déserté le parti républicain depuis les élections, et depuis l’invasion du Capitole le 6 janvier dernier.

"Le risque d’implosion du Parti républicain est réel"

Des contacts suivis auraient même eu lieu entre plusieurs anciens élus républicains, ou anciens membres des administrations Reagan, Bush ou Trump. Ulcérés par l’attitude de l’ex-président, 120 républicains envisageraient ainsi la création d’un nouveau parti, ou à tout le moins d’un mouvement plus centriste au sein de parti républicain.

Des nouvelles qui ne sentent pas bon pour le parti républicain, dont les sénateurs ont encore voté majoritairement en faveur de Donald Trump mardi, lors du débat sur la constitutionnalité des poursuites en destitution : seuls 6 d’entre eux se sont rangés derrière les accusations portées par les Démocrates.

Tensions, divergences, désertions… L’unité du Grand Old Party est-elle en danger ?
Oui, nous répond Marie Christine Bonzom, politologue, ancienne correspondante de la RTBF à Washington et spécialiste des Etats-Unis. "Le risque d’implosion du Parti républicain est réel", estime-t-elle, car les récents évènements — tant la contestation des résultats de l’élection présidentielle par Donald Trump, ou que l’épisode de l’invasion du Capitole par ses supporters le 6 janvier dernier, ou encore cette nouvelle procédure en destitution - tout cela bouscule profondément les conservateurs américains.

Pas de figure populaire 

Une tentative de fonder un nouveau parti est-elle la solution, et surtout, est-elle viable ? Rien n’est moins sûr, selon Marie-Christine Bonzom. "Ces efforts risquent de dérailler car, pour le moment les personnes qui sont impliquées, et dont l‘identité n’est pas révélée - à part celle de leur leader, David Evan McMullin – sont des gens qui n’ont pas de base à travers le pays, ou alors des gens qui sont déjà discrédités auprès de l’électorat américain au sens large, mais aussi auprès des républicains." C’est le cas d’anciens membres de l’administration Bush, par exemple, qui se sont compromis dans de graves mensonges à l’époque de l’invasion de l’Irak. "Donc, pour le moment, il n’y a aucune figure qui se soit révélée publiquement en tout cas qui puisse être un catalyseur sur ce genre d’initiative."

C’est donc là que le bât blesse : les tensions existent, les interrogations aussi, mais personne ne pourrait, selon Marie-Christine Bonzom, les porter. "Evan McMullin s’était présenté à la primaire républicaine en 2016, et avait fait un fiasco total, il n’était pas connu, c’est toujours quelqu’un qui n’est pas connu des Américains, il n’a littéralement aucune traction auprès de l’électorat républicain ni l’électorat américain au sens large."

Mitt Romney, sénateur de l’Utah et ancien candidat républicain à l’élection de 2012 face à Barack Obama, est parmi les premiers à porter haut les critiques contre Donald Trump depuis des mois. Mitt Romney pourrait-il être cette locomotive dont les centristes du parti ont urgemment besoin ? Il n’a été rejoint mardi dans le vote en faveur de la procédure en destitution que par 5 autres sénateurs républicains… La marge de manœuvre de Donald Trump reste intacte en l’état.

Cette base républicaine sur le terrain est remontée contre toutes les élites, y compris contre l’élite républicaine

Reste à savoir quelle sera l’attitude de Mitch McConnell, l’indéboulonnable chef de la minorité républicaine au Sénat dans les semaines qui viennent. Mais tout cela ne pourrait permettre l’apparition de garanties pour un virage centriste crédible au sein ou en dehors du parti.

"Mitt Romney est très critiqué au sein du parti républicain, note à ce propos Marie-Christine Bonzom. Et on l’a vu ces derniers jours, la base du parti républicain, à travers les Etats-Unis, rabroue les élus républicains à la Chambre, qui avait voté en faveur du lancement d’une nouvelle procédure de destitution en janvier. Ils se sont fait rabrouer par le parti républicain de leur propre état, c’est le cas par exemple de Liz Cheney, députée du Wyoming."

Peu d’espoir dans l’immédiat donc estime la spécialiste, car "cette base républicaine sur le terrain est remontée contre toutes les élites, y compris contre l’élite républicaine, qui a le pouvoir au sein du parti républicain à Washington. Cette dichotomie entre les élites et le peuple américain d’une part, et pour le parti républicain, entre la base républicaine et l’élite républicaine à Washington" est l’une des raisons de la crise du parti républicain.

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