Mort de George Floyd: "C'est la crise majeure du mandat de Trump, qui permettrait à Joe Biden de l'emporter"

Pour Joe Biden, la double crise sanitaire et raciale est l'opportunité historique de la campagne.
Pour Joe Biden, la double crise sanitaire et raciale est l'opportunité historique de la campagne. - © JIM WATSON - AFP

François Durpair est historien spécialisé dans les Etats unis. Pour lui, ce qui se passe en ce moment peut constituer un virage en faveur du candidat démocrate Joe Biden, à condition que celui-ci trouve un juste équilibre entre droit et justice.

"Pour Joe Biden, c’est l’élection présidentielle qui se joue en ce moment. C’est LA crise majeure du mandat de Donald Trump, et qui permettrait à Joe Biden de l’emporter. Il sent une véritable opportunité. Le candidat démocrate a déjà essayé de transformer son image pendant cette période. Joe Biden c’était 'l’endormi' dans les discours de Donald Trump, qui le définissait comme quelqu’un d’un peu mou. Joe Biden a essayé de transformer cela en image de stabilité, de réconfort au sein de la tempête, histoire de dire aux Américains 'là vous avez un leader stable'. "


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Il ne l’a pas dit directement mais il l’a fait dire, par exemple par Barack Obama, qui a dit aux Américains 'vous avez d’une part un président flip-floppeur, zig zaguant, erratique, et d’autre part un homme que j’ai eu comme vice-président, qui est un roc, qui est quelqu’un sur qui vous pouvez vous appuyer, un vrai commandant en chef, quelqu’un qui dans la tempête gardera le cap'."

Est-ce que Joe Biden risque de pâtir des attaques au vitriol menées contre lui par l’équipe de Donald Trump, qui le traite de sénile pédophile ?

"L’élection va se jouer au centre, chez les indépendants et les indécis. Donc ces propos ne peuvent pas froisser les démocrates plus qu’ils ne le sont. Donald Trump ne compte pas les convaincre par ses propos. Ce sont des propos qui vont flatter son électorat et souder les républicains. Mais ce qui est important, c’est d’aller séduire ce ventre mou de l’électorat américain que sont les indépendants, ceux qui hésitent.

Est-ce que ce type de noms d’oiseaux est propice à aller chercher des voix, ça, ce n’est pas sûr. Ce sont plutôt les actes que va poser Donald Trump qui sont importants, plutôt que la manière dont il qualifie son adversaire."

 


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Joe Biden joue un numéro d’équilibriste. Dans la crise raciale qui secoue les Etats unis, il ne peut ni décevoir son électorat afro américain, ni effaroucher les Américains blancs qui désapprouvent et redoutent la violence.

"L’équilibre est difficile à trouver car il sait qu’il y a la possibilité d’une élection qui se jouerait sur la majorité silencieuse, comme en 1968. Il sait que Donald Trump peut dire à ces Américains qui restent chez eux, vous êtes la vraie Amérique, vous qui ne descendez pas dans la rue. Et donc allez voter pour rejeter ce désordre. Il ne faut pas que Joe Biden aie l’image d’un leader va t’en guerre, radical, qui veuille brusquer l’ordre de la société, mais en même temps, il sait que la coalition qu’il va créer, doit prendre en compte le souci de justice".

L’équilibre subtil entre le droit pour les Blancs, et la justice pour les Noirs

"Donc il y a d’une part l’ordre, cher à l’Américain blanc moyen comme le disait Martin Luther King, mais il y a également le souci de justice, qui est très important dans un corps électoral qui va voter démocrate, et notamment les Afro-américains. Ce sont eux qui ont fait la victoire de Barack Obama en 2008 en se mobilisant, et qui ont fait la défaire d’Hillary Clinton en ne se mobilisant pas. Ils auront donc une grande partie de la solution le 3 novembre prochain. Joe Biden ne peut pas brusquer une partie de son électorat blanc ni s’aliéner le vote des Afro-américains. Il doit trouver le juste milieu et le juste équilibre".

La grand-mère blanche et le pasteur noir, deux faces de la médaille américaine

"Il va en cela s’inspirer de son mentor, Barack Obama. D’ailleurs le premier discours de Biden après la mort de George Floyd avait des accents d’Obama. On sentait la volonté de construire un équilibre entre des tendances contradictoires : ne pas attaquer frontalement cette Amérique blanche, tout en lui faisant reconnaître ses failles, sa part de responsabilité.

C’est ce qu’avait réussi à faire Obama dans son discours de Philadelphie. Il avait parlé de sa grand-mère blanche, qui avait peur des Noirs, alors que son petit-fils était de couleur. Il a aussi parlé de son pasteur noir, qui tenait des propos incendiaires contre les Blancs. Donc il a assumé ces deux parts de l’Amérique dans son discours rassembleur. C’est exactement ce que Joe Biden doit réussir à faire."

François Durpair est l’auteur de "L’histoire mondiale du bonheur" aux éditions du Cherche midi.

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