La diffusion des images de l'assassinat de deux journalistes américains offusque la toile

Les images de l'assassinat de deux journalistes américains en direct posent question
Les images de l'assassinat de deux journalistes américains en direct posent question - © Tous droits réservés

Si les vidéos montrant l’assassinat des deux journalistes américains en Virginie ont été supprimées des plateformes Youtube ou Dailymotion, certaines télévisions les ont diffusées, mercredi, d’autres pas. Mais sur les réseaux sociaux, ces images ont largement circulé.

Elles proviennent de deux caméras. Celle, d'abord, de l’équipe de la chaine locale WDBJ.  µLorsqu'ils ont été abattus, la journaliste Alison Parker et son cameraman Adam Ward étaient en train de réaliser une interview en direct dans l’émission matinale de la chaîne. Les téléspectateurs ont d'ailleurs assisté aux coups de feu.

Il y a ensuite les images filmées par le présumé tireur, Bryce Williams, qui avait avait attaché sur lui une camera de type GoPro, et qui a ainsi diffusé son crime sur Twitter et sur Facebook. Il voulait manifestement que son acte soit médiatisé.

Ses comptes Facebook et Twitter ont été fermés dès que son nom a circulé. Mais quelques minutes ont suffit pour que ses images soit copiées et largement partagées en ligne.

"Quelle honte"

Aux États-Unis, comme en Europe, les réactions ne se sont pas fait attendre. Ce jeudi, des internautes américains ont par exemple fustigé certains tabloïdes, comme le New York Daily News, qui ont choisi de montrer des photos très explicites en une de leurs éditions, diffusées sur le web.

Beaucoup d'appels à ne pas propager ces images ont donc circulé. Les mêmes arguments reviennent souvent: "Ne pas faire le jeu du tueur, respecter l’image et la dignité des victimes, ne pas donner au tireur la médiatisation qu’il attend, ne pas encourager des actes similaires, ne pas alimenter un voyeurisme malsain..."

Loin des yeux?

Des collègues des deux reporters tués ont également demandé aux internautes de ne pas faire circuler ces images. Le dilemme était difficile pour les médias.

La diffusion de la vidéo du policier tué par les frères Kouachi près du siège de Charlie Hebdo avait suscité le même type de réactions: beaucoup d’internautes avaient accusé les médias ayant choisi de images de la fusillade, de verser dans le sensationnalisme.

Mais la réalité des images vient surtout alimenter le débat sur la circulation et le contrôle des armes à feu. Certains internautes font remarquer que les médias ont moins de scrupules à montrer des victimes de conflits dans des pays éloignés alors qu’ils font preuve de beaucoup de précaution et d'émotivité quand les victimes sont occidentales et, qui plus est, journalistes. Une telle différence de traitement se justifie-t-elle?

Solutions intermédiaires

Entre diffuser ou pas, la plupart des médias avaient finalement choisi des solutions intermédiaires: se limiter à des images fixes, flouter les victimes, arrêter la vidéo avant la fusillade, couper le son, ou garder le son des tirs mais sur un écran noir, ou encore diffuser la vidéo mais précédée d'un message d'avertissement.

Il faut préciser que nombreux médias ont choisi de diffuser uniquement les images prises par le cameraman assassiné et pas celles tournées par le tireur. C’est aussi une distinction que beaucoup d’internautes jugent également importante. Enfin, sur internet, certains articles n’intègrent par de lecteur vidéo mais de mettent simplement un lien, laissant à leurs lecteurs le choix de cliquer dessus ou pas, comme sur le site du New York Times.

Des vidéos non choisies

Sur les réseaux sociaux, cela pose en outre le débat sur les vidéos en "auto-play", autrement dit, les vidéos qui se lancent toutes seules. C’est souvent le cas sur Facebook et Twitter, où les vidéos démarrent sans que vous ayez à cliquer dessus, et le public est parfois exposé à des choses qu’il ne voudrait pas voir.

Beaucoup d’internautes ont également eu le sentiment qu’entre les images de crimes djihadistes et les vidéos virales de bavures policières, Facebook devient de plus en plus un lieu de partage des horreurs du monde - plutôt qu’un espace d’échange entre amis.

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