L'industrie du livre de romance américain jugée raciste : la principale organisation professionnelle accuse les coups

La très lucrative industrie américaine de fictions romantiques navigue en hautes mers depuis fin décembre. Au cœur du scandale, son organe phare, le "Romance Writers of America", taxé de raciste par une autrice membre d’origine chinoise, Courtney Milan. Le président de l'organisation, Damon Suede, a démissionné le 9 janvier et les RITA, sortes d’Oscars du livre romantique, ont été annulés.

Aux Etats-Unis, le livre romantique est un véritable mastodonte commercial, avec plus d’un milliard de bénéfices par an. Mais il pourrait ne plus se vendre aussi bien après la polémique dont il fait l’objet en ce début d’année. La "Romance Writers of America", la RWA, qui est l’association professionnelle des auteurs de livres de romance, est jugée discriminatoire et raciste.

Une polémique en plusieurs épisodes

A l’origine de la tourmente se trouve donc l’autrice d’origine chinoise, Courtney Milan, précédemment en fonction à la RWA. En août dernier, elle qualifiait le roman "Somewhere Lies the Moon", de Kathryn Lynn Davis, de "f****** racist mess". Sa critique détaillait les caractéristiques stéréotypées associées à l’héroïne de l’ouvrage, à moitié chinoise elle aussi.

Milan ne s’est pas arrêtée là et s’en est ensuite prise à une autre responsable de l’organisation, Sue Grimshaw. Celle-ci s’était exprimée favorablement, sur Twitter, vis-à-vis des mesures anti-immigration de Donald Trump. Elle aurait aussi eu des comportements discriminatoires lorsqu’elle était chargée d’achats pour la chaîne de librairies Borders. La RWA avait alors décidé de défendre Grimsham. Ce qui met en cause la manière dont sont gérées les plaintes en interne.

Milan, accompagnée d’autres écrivaines racisées, ont réagit en accusant directement la RWA de conduite discriminatoire. La réponse a été radicale, puisqu’en décembre dernier, Courtney Milan s’est vu retirer sa carte de membre pour une durée d'un an et a été bannie de tout poste à responsabilité au sein de l’organisation.

Des répercussions lourdes pour la RWA

Ces événements sont restés relativement inconnus du grand public, jusqu’à ce qu’une consœur de Milan déroule toute l’histoire sur son compte Twitter. Une série d’auteurs se sont alors immédiatement défaits de leur affiliation à la RWA. Le 6 janvier, les "RITA Awards", structure dépendante de la RWA, qui honorent chaque année le meilleur auteur romantique, ont été annulés. Et trois jours plus tard, le président de la RWA, Damon Suede, présentait sa démission.

La raison d'être de la RWA

Le bât blesse d'autant plus que l’objectif initial de l’organisation, qui compte aujourd’hui quelques 10 000 membres, était précisément de promouvoir l’inclusion. Et que la fondatrice de la RWA, Viviane Stephens, est elle-même afro-américaine. Malgré ça, il aura fallu attendre 40 ans, soit l'an passé, pour voir des auteurs d’origine afro-américaine, Kennedy Ryan et M. Malone, gagner les RITA.

Courtney Milan a toujours été attentive à privilégier des personnages d’orientations sexuelles, d’âge et d’origine différentes dans ses ouvrages. Aujourd'hui, elle demande à ce que ça ne s'arrête pas aux pages de ses livres et que les sociétés d'auteurs s'emparent du combat.

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