L'économie américaine se porte-t-elle vraiment bien? Réponse en 6 points

L’économie américaine affiche des chiffres insolents: 4% de croissance au deuxième trimestre de 2018 avec un taux chômage à 3,9%. Mais la réalité derrière les chiffres est-elle aussi idyllique? Réponse en six points.

1. Les chiffres du chômage sont-ils corrects ?

Ils ne sont pas techniquement erronés, mais ils ne représentent pas la diversité des réalités des personnes qui sont sans emploi aux États-Unis selon Michel Hermans, politologue spécialiste de la mondialisation à HEC - Université de Liège. Le taux chômage officiel se situe sous la barre des 5% en 2018. Il atteint même les 3,9 % en juillet de cette année, selon le Département américain du travailMais Michel Hermans le remet en question.

Florence Pisani, co-auteure de "L'économie américaine", est plus nuancée sur le suje t: "Le taux de chômage 'officiel' est de 3.9 %. Le Bureau of Labor Statistics publie aussi une mesure plus large du "sous-emploi", il ajoute aux chômeurs officiels les "marginally attached" (ceux qui sont disponibles pour travailler, ont cherché un emploi récemment mais ne cherchaient plus au moment où l’enquête a été réalisée) ainsi que les travailleurs à temps partiel involontaire. En juillet 2018, cette mesure du taux de chômage était de 7.5%. Ceci étant dit (...), il y a sans doute encore un peu de " mou " sur le marché de l’emploi, mais l’économie ne s’en approche pas moins du plein-emploi."

2. Pourquoi la classe moyenne américaine s’appauvrit ?

Dans "L’économie américaine", Anton Brender et Florence Pisani expliquent que les inégalités se creusent aux États-Unis depuis les années 70 et surtout depuis la dernière crise économique de 2008 : "La préférence pour le libéralisme, hier source de dynamisme, est devenue un facteur de délitement social. L'évolution de la demande adressée aux entreprises, le progrès technique mais aussi l'ouverture aux échanges internationaux ont, en effet, transformé la nature des emplois disponibles".

Selon les auteurs, c'est la classe moyenne qui en pâtit, et les États-Unis "sont entrés dans une impasse sociale". Donald Trump a réussi à capter les frustrations de ces Américains, qui ont voté pour lui en 2016.

Plus largement, il est intéressant de constater que l'appauvrissement de la classe moyenne n’est pas une spécificité américaine. Le phénomène se retrouve ailleurs dans le monde et est lié à la globalisation de l'économie, selon ce modèle de "l'éléphant dans la pièce", présenté par Julien Manceaux, économiste au Département de recherche chez ING:

3. Les États-Unis vont-ils vers une récession?

Selon une enquête réalisée par la National Association for Business Economics (NABE) auprès de 45 économistes, les réductions d'impôts massives accordées aux entreprises et aux ménages ainsi que la hausse des dépenses de défense vont augmenter la croissance de 0,4 point de pourcentage en 2018 et de 0,3 point en 2019. Mais alors que le stimulus budgétaire devrait, selon une estimation du Congrès, aussi coûter à l'État fédéral plus de 1500 milliards de dollars de recettes fiscales sur 10 ans, 82% des économistes interrogés dans l'enquête de la NABE craignent une récession après 2019.

Florence Pisani croit moins au scénario catastrophe de la récession. Par contre, elle critique la baisse des taxes mise en place par Donald Trump et qui, selon elle, sur-stimule une économie qui n'avait pas besoin de ces mesures et qui pourrait donc en pâtir :

4. La baisse des taxes va-t-elle sauver l’économie américaine?

C’est la première grande réforme du mandat du 45e président américain : la réforme de la fiscalité et la baisse des impôts. La réforme abaisse le taux d'imposition des entreprises américaines de 35 à 21% et baisse tout le barème de l'impôt sur le revenu. Au total, les coupes d'impôts vont coûter 1.500 milliards de dollars au budget américain sur dix ans, dont une partie devrait être compensée, selon l'administration Trump, par les revenus générés par une plus forte croissance.

Mais selon plusieurs économistes, cette réforme ne fait que retarder le ralentissement économique des États-Unis de quelques mois :

5. La relance du charbon pourra-t-elle sauver les emplois américains ?

Donald Trump l’avait annoncé dès de sa campagne électorale, il voulait redynamiser la filière du charbon afin de redonner de l’emploi aux mineurs. Fin août, le président américain a donc annoncé un nouveau projet de réglementation allant dans ce sens. Mais ces mesures ne seraient pas bonnes pour l’économie américaine à long terme selon Charlotte de Montpellier, économiste dans le Département de recherche d’ING :

6. Le protectionnisme peut-il relancer l'économie américaine?

Renégociation de traités commerciaux, taxes sur l'acier et l'aluminium ou encore guerre commerciale avec la Chine: Donald Trump espère par sa politique protectionniste rassurer son électorat et ramener des emplois perdus à cause des délocalisations.

La guerre commerciale avec la Chine est particulièrement rude : l'administration du président Donald Trump a frappé en août d'une nouvelle salve de taxes douanières 16 milliards de dollars de produits chinois importés aux États-Unis, pour punir Pékin, accusé de pratiques commerciales déloyales. Cette nouvelle tranche de droits de douane porte à un total de 50 milliards de dollars les marchandises chinoises étant taxées à 25% en entrant sur le territoire américain.

Selon Florence Pisani, ces mesures visent avant tout à rassurer la base électorale de Donald Trump, mais elle auront un impact négatif sur l'ensemble de l'économie américaine. Elle explique combien certaines entreprises américaines redoutent une prochaine vague de taxes sur les produits chinois.

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