USA: Joe Biden galvanisé par la pandémie et la colère noire de la rue ?

Etats-Unis: Joe Biden galvanisé par la pandémie et la colère noire de la rue ?
Etats-Unis: Joe Biden galvanisé par la pandémie et la colère noire de la rue ? - © JIM WATSON - AFP

Joe Biden, le candidat démocrate, en tête dans les sondages, va-t-il tirer profit de la colère qui agite plusieurs villes américaines après l’assassinat de George Floyd, pour reprendre l’ascendant ?

Pendant plus de deux mois, le candidat démocrate est resté confiné chez lui. Lundi, il a opéré sa deuxième sortie alors que Trump est omniprésent et se produit sans protection sanitaire. Joe Biden peine à se faire entendre dans les médias, obnubilés par les ravages du Covid 19, les conséquences économiques désastreuses de la pandémie, et la gestion erratique du président républicain.


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Le rival de Donald Trump reprend sa campagne après deux mois d’hibernation virale. Lundi, on l’a vu arpenter les rues de sa petite ville de Wilmington, un masque ostensible sur le visage. Ses paroles ont d’abord pointé la fracture ethnique révélée par la pandémie

"Le sparadrap qui masquait les inégalités et le racisme a été arraché par cette pandémie et ce président", a déclaré Joe Biden. Il faut dire que le coronavirus tue de façon disproportionnée les patients noirs dans certaines régions des Etats-Unis.

Les mots d’un président sont importants

Alors que l’Amérique s’enflamme après la mort de George Floyd, la semaine dernière, à Minneapolis, Joe Biden s’est emparé du sujet du racisme. Devant une quinzaine de responsables religieux et politiques, en grande majorité noirs, l'ancien bras droit de Barack Obama a eu des mots durs envers Donald Trump : "La haine ne fait que se cacher. Elle ne disparaît pas. Et quand quelqu'un au pouvoir souffle sur la haine sous les rochers, elle en sort. Les mots d'un président sont importants." 

Il a accusé Donald Trump de dresser les Américains les uns contre les autres, et d’envoyer l’armée contre des manifestants pacifiques pour faire de la "com".

"Il utilise l'armée américaine contre les Américains. Il envoie du gaz lacrymogène contre des manifestants pacifiques et tire des balles en caoutchouc. Pour une photo", a tweeté l'ancien vice-président américain.

Donald Trump a annoncé le déploiement de "milliers de soldats lourdement armés" et policiers à Washington, en jugeant que les troubles dans la capitale fédérale étaient "une honte".

Le racisme institutionnel et la suprématie blanches : deux plaies américaines

Joe Biden a dénoncé à plusieurs reprises la mort de George Floyd et le "racisme institutionnel et la suprématie blanche" qui rongent selon lui les Etats-Unis. Mais il a aussi appelé au calme et condamné les violences.

"Le fait est que nous avons besoin de cette colère pour avancer à travers la douleur", mais l"'indignation ne peut justifier les destructions inutiles provoquées par les éruptions de violence", a-t-il déclaré. "Nous sommes une nation qui souffre en ce moment, mais nous ne devons laisser cette souffrance nous détruire."


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Ce qui fait dire à certains que Joe Biden ne se démarque pas radicalement de son rival républicain vis-à-vis des manifestants.

C’est du moins ce que pense Norman Ajari, docteur en philosophie et professeur à l’université de Villanova de Philadelphie : "Jusqu’à présent le candidat démocrate refuse d’embrasser la protestation noire. Au lieu de profiter de l’opportunité pour faire corps avec cette révolte populaire qui, certes porte une parole radicale, mais qui est une parole indispensable à la vie américaine, il décide de condamner les manifestants, il décide de leur faire la morale, de leur faire la leçon, et ce faisant, il les délégitimise, et il fait le jeu de Trump qui a exactement le même discours mais dans une version plus musclée. La position démocrate aujourd’hui n’est qu’une version tiédie, une version ramollie, une version tempérée du discours de Trump."

Une vice-présidente noire à la Maison Blanche ?

Joe Biden, qui a été vice-président de Barack Obama pendant huit ans, est très populaire chez les Noirs américains, un électorat-clé pour tout candidat démocrate qui espère remporter la présidentielle américaine. Plusieurs responsables afro-américains l’exhortent désormais à choisir une colistière noire.

S’il est élu, ce serait la première fois qu’une femme noire siégerait à la Maison Blanche, aux côtés du président américain. Mais Joe Biden reste évasif, précisant juste que plusieurs candidates noires figuraient sur sa liste.

Trump va-t-il trébucher sur la pandémie et la colère de la rue ?

La question qui brûle les lèvres : est-ce que le candidat démocrate va tirer parti de la double crise provoquée par la pandémie et l’assassinat de Georges Floyd pour consolider son ascendant sur son rival républicain ?

A première vue, la réponse est oui. Joe Biden dispose de 6 points d’avance sur Trump, voire 8 selon les sources. L’économie s’effondre, avec l’apparition d’une cohorte de 40 millions de chômeurs. Une crise digne de la Grande Dépression se profile. Et puis, les éructations haineuses du président commencent à fatiguer les Américains.

En face, malgré quelques maladresses, Joe Biden apparait comme un candidat calme, honnête, et expérimenté.

De toute façon, pour Allan Katz, professeur de science politique dans le Missouri, la majorité des Américains se sont déjà fait une religion sur les deux hommes, et il y a peu de risques qu’ils changent d’avis.

"Vous avez de 35% a 40% d’Américains qui voteraient Trump même s’il flinguait quelqu’un au beau milieu de la 5e avenue. Et en face, 50% d’Américains, ou un peu plus, qui ne voteraient pas pour lui, même s’il annonçait dès demain un traitement universel contre le cancer ! Quant à Biden, il y a une grande différence avec Hillary Clinton (la rivale démocrate de Donald Trump en 2016 ndlr ). Personne ne hait Joe Biden, personne n’a peur de lui. Alors qu’en 2016, les Républicains qui n’aimaient pas Donald Trump ont fini par voter pour lui parce qu’ils ne supportaient pas Clinton. "

Un vieillard sénile, pédophile, vendu à la Chine

Donald Trump est prêt à tout pour discréditer son rival, âgé de 77 ans. Les attaques les plus basses, les plus violentes. Tous les coups sont permis. Un montage photo publié sur Facebook montre le candidat démocrate racrapoté dans une chaise roulante, décrépi, bavant et nourri à la petite cuiller.

Mais le vrai talon d’Achille De Biden, c’est son fils, Hunter, compromis dans des affaires douteuses en Ukraine et en Chine. Cela pourrait déstabiliser le candidat démocrate, surtout si Vladimir Poutine vole au secours de Trump en lui fournissant des documents compromettants.

Quand à l’argument trumpien de "la Chine responsable de la pandémie mondiale", il ne risque pas de faire mouche. Selon un sondage Morning consult, 38% des Américains suivent Trump dans cette accusation, contre 40% qui font davantage confiance a Biden.

Ce mardi, Joe Biden doit prononcer un discours très attendu à Philadelphie. Il devra trouver un équilibre délicat entre l’empathie envers la minorité afro-américaine, la justesse de sa colère, tout en évitant d'accepter les violences provoquées par cette colère.

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