Confusion autour de l'accueil des rescapés de l'ouragan Dorian

Aux Bahamas, après le passage de l’ouragan Dorian dont le dernier bilan s’élève à 50 morts, la situation est très complexe pour les habitants de l’île. Beaucoup ont tout perdu et se retrouvent bloqués sur place, faute de moyens pour rejoindre les îles les moins touchées par la catastrophe. Les îles de Great Abaco et de grand Bahamas, les plus sévèrement frappées, sont coupées du monde.

Certains sinistrés pensaient cependant voir leur situation s’améliorer en embarquant sur un ferry en direction de Port Everglades (Floride) aux Etats-Unis.

Malheureusement, la confusion la plus totale régnait à bord au moment de lever l’ancre. A la surprise générale, l’équipage a finalement demandé par haut-parleurs que tous les passagers n’étant pas en possession d’un visa américain débarquent.

Plus de 130 passagers, souvent des familles, ont débarqué, désemparés et très inquiets pour leurs enfants.

"Ils nous ont dit qu’ils venaient d’avoir un appel de la CBP (patrouille américaine des douanes et des frontières) et qu’elle leur demandait de faire débarquer tous ceux n’ayant pas de visa américain ou voyageant avec un casier judiciaire”, explique Renard Olivier, un passager forcé de débarquer.

L’affaire, couverte par des journalistes de CNN présents à bord, a fait grand bruit aux Etats-Unis et n’a pas manqué de faire réagir.

Le directeur du port américain vers lequel le ferry a fait route, Stephen Silvestri, a totalement rejeté la version de la compagnie maritime Balearia.

"Si ces gens étaient restés sur le bateau, nous les aurions accueillis, contrôlés, et nous aurions respecté nos lois et nos protocoles et fait ce que nous devions faire pour les aider. Je pense qu’il s’agit d’une décision commerciale de Balearia de les faire descendre. Aucune entité gouvernementale ne leur a ordonné de descendre du bateau”, a-t-il précisé.

 

Du côté de la direction du Service des douanes et de la protection des frontières des États-Unis, on rejette également les accusations de la compagnie.

Nous n’avons en aucun cas dit à la compagnie maritime qu’elle ne pouvait pas accueillir les personnes sans documents. Il s’agit juste de confusion. Si votre vie est en danger aux Bahamas et que vous voulez aller aux États-Unis, vous allez être autorisé à venir. Que vous ayez des documents de voyage ou non. Nous avons permis aux citoyens américains d’entrer et aux non-citoyens également.", a déclaré Mark Morgan, le directeur du Service des douanes et de la protection des frontières.

Il a également rappelé que tout est mis en œuvre pour accueillir les rescapés de l’ouragan dans de bonnes conditions.

J’ai autorisé le déploiement d’énormes quantités de ressources au sud de la Floride pour être certain que nous pouvons recevoir les personnes en provenance des Bahamas. Nous avons déjà accueilli deux bateaux de croisière, des milliers de personnes et des vols arrivent constamment. Nous contactons les compagnies aériennes et les compagnies maritimes pour nous coordonner”, a-t-il ajouté.

Pourtant, malgré cette déclaration, Mark Morgan a tenu à rappeler que les Etats-Unis ont une politique ferme en matière d’immigration.

"Je tiens à être très clair, cela ne veut pas dire que nous le faisons les yeux fermés. Nous devons trouver un équilibre entre les impératifs humanitaires et l’aide de ceux qui en ont besoin et la sécurité des Etats-Unis."

Donald Trump, le président des Etats-Unis, même s’il reconnaît la gravité de la situation aux Bahamas, s’est montré plus réservé quant à l’idée d’accueillir les rescapés ne disposant pas des documents administratifs habituellement requis.

Nous devons être très prudents. Tout le monde a besoin de documents en bonne et due forme parce que les Bahamas ont d’énormes problèmes avec certaines personnes qui vont aux Bahamas et qui n’étaient pas censées être là. Je ne veux pas permettre à des gens qui n’étaient pas censés être aux Bahamas de venir aux États-Unis, y compris des gens très méchants, des membres de gangs et de très très méchants trafiquants de drogue.”, a insisté le Président.

Dans le sud de la Floride, l’accueil s’organise et les habitants ne manquent pas de générosité.

A Jupiter, l’hôtel “Wyndam Grand” a accueilli gratuitement 80 rescapés des Bahamas. Son patron, Nick Mastroianni ne compte pas s’arrêter là.

“Je pars demain matin à Nassau (ndlr : capitale des Bahamas) et Marsh Harbour. Il y aura des personnes en provenances des Bahamas qui vont arriver dans notre hôtel pendant toute la semaine prochaine”, explique-t-il.

Les rescapés sont soulagés de pouvoir enfin se reposer et reprendre des forces, au calme, loin de l’agitation qui règne dans les îles.

Ils avaient tout préparé pour que chaque personne se sente bien. C’était tellement… (elle pleure, émue). Je ne pouvais simplement pas y croire, vous savez. Je ne pouvais pas croire qu’ils étaient réellement en train de faire tout ça pour nous”, a déclaré Iris Smith, accueillie à l’hôtel.

 

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