Cinq questions autour de la suggestion de Donald Trump de reporter les élections

Trump : 5 questions autour de sa suggestion de reporter les élections
Trump : 5 questions autour de sa suggestion de reporter les élections - © JIM WATSON - AFP

Ce jeudi, le président américain Donald Trump évoquait, pour la première fois, l’hypothèse d’un report de l’élection présidentielle, mettant en avant des risques de fraude liés selon lui à l’épidémie de Covid-19. Une annonce qui a fait l’effet d’une bombe avant de susciter de nombreuses réactions mais aussi de nombreuses questions.

1. Est-ce déjà arrivé ?

Jamais car la date de l’élection présidentielle américaine est figée dans le marbre : "l’Election Day" a lieu tous les 4 ans le mardi qui suit le premier lundi de novembre. Si le président décède entre-temps, son vice-président le remplace, comme cela est par exemple arrivé le 22 novembre 1963 avec Lyndon Johnson prêtant serment dans l’avion qui le ramenait de Dallas avec le corps de John Fitzgerald Kennedy.

Jamais on n’a dérogé à cette règle depuis la fin du XVIIIe siècle, pas même la guerre civile (Abraham Lincoln est réélu en 1864, en pleine guerre de sécession) ou la seconde guerre mondiale (Franklin Roosevelt est réélu en 1944 alors que les GI’s se battent par millions en Europe et dans le Pacifique). Donc, chaque année bissextile, les Américains sont appelés à choisir leur président début novembre.

2. Qui peut décider de reporter une élection ?

Une telle décision ne peut venir que du Congrès, c’est-à-dire la Chambre des Représentants et le Sénat. En clair, pour modifier la date de l’élection présidentielle, il faut une nouvelle loi fédérale qui doit être votée à la fois par la Chambre et par le Sénat.

Autrement dit, une majorité doit se dégager dans les deux assemblées pour le décider, ce qui, ici, est politiquement impossible puisque depuis les élections législatives qui ont eu lieu à mi-mandat, en novembre 2018, la Chambre est aux mains de Démocrates qui ne vont jamais accepter un tel report.

3. Que se passerait-il si les élections n’avaient pas lieu ?

Bien qu’un tel scénario, on vient de le lire, est hautement improbable, le mandat de Donald Trump s’arrêterait le 20 janvier 2021 à midi, jour fixé de l’entrée en fonction du président élu. C’est le 20e amendement qui l’écrit noir sur blanc : "Si un président n’a pas été choisi avant la date fixée pour le commencement de son mandat […], le Congrès pourra, par une loi, pourvoir au remplacement du président en désignant la personne qui pourra alors faire fonction de président jusqu’à ce qu’un président ou un vice-président remplisse les conditions requises".

C’est donc l’ensemble des Députés et des Sénateurs qui doit alors gérer ce qui s’apparenterait à une crise institutionnelle. Il s’agirait, rappelons-le, d’un scénario inédit mais ce qu’il faut retenir, c’est que la seule et unique manière pour Donald Trump de rester à la Maison blanche au-delà du 20 janvier 2021, c’est d’être réélu le 3 novembre.

En écrivant son tweet, "Delay the election until people can properly, securely and safety vote ?"(reporter l’élection jusqu’à ce que l’on puisse voter correctement et en toute sécurité), Donald Trump n’avait sans doute pas compris que cela aurait aussi pour conséquence de le détrôner de sa fonction.

4. Pourquoi son idée a-t-elle déjà fait "flop" ?

Jamais sans doute le président n’avait été aussi rapidement et fermement démenti par son propre camp. Le chef des Républicains au Sénat, Mitch Mc Connell, a été très clair : "Jamais dans notre histoire nous n’avons reporté les élections. Nous trouverons un moyen pour qu’elles aient lieu le 3 novembre prochain."

Certains ne cachent plus leur agacement devant les tweets intempestifs du président. Il vient pourtant de changer de directeur de campagne qui l’a enjoint à la modération mais il n’aura pas tenu bien longtemps…

Face à ces réactions, Donald Trump a alors tenté de corriger le tir : "Je ne veux pas de report mais je ne veux pas attendre trois mois pour découvrir que des bulletins manquent et que l’élection ne veut rien dire : je ne veux pas d’une élection truquée".

En d’autres termes, il laisse entendre qu’une élection par correspondance n’est pas sûre alors que de nombreux Etats ont déjà annoncé leur intention d’y recourir en raison de l’épidémie de covid. Il avait d’ailleurs utilisé le même argument pour contester le résultat des primaires démocrates déjà perturbées par l’arrivée du virus. Son attitude actuelle visant à associer le vote par correspondance à une fraude massive rappelle l’avertissement lancé publiquement par son adversaire Joe Biden : "Trump va essayer de reporter l’élection et s’il perd, il ne quittera pas volontairement la Maison Blanche".

5. Qu’est-ce que cela révèle sur la suite des événements ?

Donald Trump est en train de saper la légitimité de l’élection avant même qu’elle n’ait lieu. Est-ce une manière pour lui de se préparer à la possibilité d’une défaite ? Il est clair que les signaux actuels vont tous dans le même sens : à moins de cent jours de l’échéance, il est largement devancé par Joe Biden dans les sondages et l’écart semble se creuser à l’avantage du Démocrate. Sa gestion controversée du covid et ses conséquences désastreuses sur l’économie le font peut-être douter de sa réélection.

Le plus inquiétant peut-être, dans les propos de Donald Trump, c’est sa réponse à la question suivante, il y a quelques jours : "Monsieur le Président, accepterez-vous le résultat des élections ?". "Je verrai !" a-t-il simplement rétorqué. Voilà qui permet de tout imaginer, une dénonciation rageuse des résultats, le système dirigé contre lui pour le chasser du pouvoir et ses plus fidèles militants prêts à en découdre dans la rue.

Certes, on n’en est pas là mais, par de tels propos, le locataire de la Maison blanche est en train de jouer au pyromane avec les institutions démocratiques américaines. Donald Trump est prêt à tout pour éviter d’être, après Jimmy Carter en 1980 et George Bush père en 1992, le troisième président de l’après-guerre à se représenter sans être réélu…

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