Capacité à se concentrer, nucléaire, destitution : ce que dit John Bolton au sujet de Donald Trump

Intitulé "The Room Where it Happened,"(La pièce où cela s’est passé), le livre de John Bolton raconte les 17 mois qu’il a passés comme conseiller à la sécurité nationale auprès de Donald Trump à la Maison blanche en 2018-2019.

Dans cet ouvrage au vitriol, cet homme à l’épaisse moustache blanche alimente l’image d’un président américain incompétent sur la scène internationale et moqué par de hauts responsables de sa propre administration. Mais surtout d’un candidat prêt à tout pour se faire réélire en novembre prochain, quitte à demander un coup de pouce de la Chine, adversaire stratégique des Etats-Unis, et mettre donc en danger la sacro-sainte sécurité nationale.

La Maison Blanche a tenté sans succès de faire bloquer la sortie du livre par voie de justice. Mais le juge Lamberth a rejeté la requête et a souligné que le livre avait déjà largement circulé et qu’il était désormais "un secret de Polichinelle". Selon l’éditeur, plus de 200.000 copies ont déjà été envoyées à des librairies à travers le pays.

Les mémoires de John Bolton doivent être publiées ce mardi. L’ancien conseiller a donné une interview à Martha Raddatz, d’ABC News ce week-end.

Comprend-il les enjeux internationaux ?

Selon John Bolton, le président américain Donald Trump faisait souvent preuve d’ignorance sur les questions fondamentales qu’il devait traiter en tant que président.

  • Bolton : "Il y a des choses que nous avons répétées encore et encore, qui ne semblent pas avoir été prises en compte, comme la raison pour laquelle la péninsule coréenne a été divisée en 1945 à la fin de la Seconde Guerre mondiale, ce qui a conduit à cette partition et comment nous sommes arrivés à ce point."
  • Raddatz : "Vous dites dans le livre que Trump a demandé au général John Kelly (ancien chef d’état-major de la Maison Blanche) si la Finlande faisait partie de la Russie ?"
  • Bolton : "Il a dit ces choses-là absolument. Et quand vous avez affaire à quelqu’un qui pose ce genre de questions, il est très difficile de savoir comment procéder."

Pourquoi Trump n’est-il pas d’accord avec la publication du livre ?

  • Bolton : "C’est un livre de faits''.
  • Raddatz : "Alors pourquoi le président Trump ne voudrait-il pas connaître ces faits ?
  • Bolton : "Parce que je pense que cela montre un schéma contraire à l’image qu’il voudrait donner d’un président décisif qui sait ce qu’il fait. C’était une Maison Blanche comme je ne l’avais jamais vue auparavant. Elle ne fonctionnait pas de la même manière qu’avec les trois présidents précédents pour lesquels j’avais travaillé."

Qui étaient les "étrangers" que Trump écoutait ?

"Je ne sais pas vraiment. Je pense qu’ils étaient amis, parfois il disait qu’une personne très sage m’avait dit X ou que quelqu’un qui connaissait vraiment ces choses m’avait dit Y."

Est-ce qu’il lisait ses briefings ?

"D’après mon expérience, il les lisait rarement. Un président devrait lire les documents qui sont donnés. Il n’est pas clair pour moi qu’il lisait beaucoup de choses. Il y avait une réticence de la part du président, je pense, à faire un apprentissage systématique afin qu’il puisse prendre les décisions les plus éclairées."

A-t-il tenté de protéger sa fille ?

La journaliste Martha Raddatz a interrogé Bolton sur un incident décrit dans son livre, où Trump a publié une déclaration sur l’Arabie Saoudite pour détourner l’attention des médias au sujet de sa fille, Ivanka, qui subissait une couverture médiatique négative au sujet l’utilisation de son compte e-mail privé.

  • Raddatz : "Trump a publié une déclaration, dites-vous, pour détourner l’attention de (sa fille) Ivanka, qui faisait parler d’elle pour ses e-mails, son compte e-mail privé.
  • Bolton : "Eh bien, c’est ce que le président a dit maintenant. En fait, il croyait aussi fermement à la déclaration qu’il a faite. Mais ce jour-là, il avait à l’esprit que sa fille prenait de gros coups dans la presse et il a absolument garanti que cela détournait l’attention de tout le monde.

Est-il capable de se concentrer ?

"Beaucoup de gens se sont plaints qu’il a une faible capacité d’attention et qu’il ne se concentre pas. Je veux dire qu’en matière de réélection, sa capacité d’attention était infinie".

Qui détient le pouvoir à la maison blanche ?

"Cela a varié de temps en temps, mais je pense que la réponse soutenue à cette question au fil du temps est Jared Kushner."

Croit-il que Kim Jong Un l’aime ?

Bolton a également parlé des négociations nucléaires du président Trump avec le leader nord-coréen Kim Jong Un, et de ses louanges sur les lettres que Kim lui a envoyées.

"Je ne connais pas d’autre explication. Je pense que Kim Jong un en rigole beaucoup. Je veux dire que ces lettres sont écrites par un fonctionnaire du bureau d’agitation du Parti du Travail de Corée du Nord. Et pourtant, le président les a regardées comme une preuve de cette profonde amitié. Même s’il s’agissait d’une relation personnelle profonde. Cela ne change rien au fait que Kim Jong Un n’abandonnera jamais son programme d’armes nucléaires."

A-t-il demandé à l’Ukraine d’enquêter sur Joe Biden ?

Selon John Bolton, le président Trump voulait que l’Ukraine enquête sur le candidat démocrate à la présidence Joe Biden en échange de la fourniture d’une aide à la sécurité qui avait été approuvée par le Congrès. "Il voulait une enquête sur Joe Biden en échange de la fourniture de l’assistance à la sécurité qui faisait partie de la législation du Congrès adoptée plusieurs années auparavant.

Bolton a également déclaré que l’utilisation des négociations avec les nations étrangères pour son propre bénéfice faisait partie d’un schéma des relations de Trump avec les nations étrangères : "Dans son esprit, il négociait pour obtenir l’enquête en utilisant les ressources du gouvernement fédéral".


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Aurait-il pu être destitué ?

M. Bolton a expliqué qu’il pensait que les responsables de la destitution n’ont pas agi de la bonne manière. Ils étaient trop concentrés selon lui sur les événements avec l’Ukraine et les motivations politiques partisanes des démocrates.

  • Bolton : "J’étais tout à fait prêt, si j’obtenais une assignation à comparaître. Je pense que la façon dont les partisans de la mise en accusation ont procédé était très mauvaise. Je pense que c’était une faute professionnelle de mise en accusation."
  • Raddatz : "Vous auriez pu être la personne qui a fourni ce témoignage."
  • Bolton : "Et ça n’aurait rien changé."
  • Raddatz : "Comment pouvez-vous dire ça ?"
  • Bolton : "Parce que les décisions ont été prises au Capitole."
  • Raddatz : "Mais vous dites aussi que s’ils avaient regardé, c’était trop étroit. Ils regardaient juste l’Ukraine et ils auraient dû regarder toutes ces choses que vous décrivez dans le livre. S’ils n’étaient pas au courant de ces choses par vous, comment auraient-ils pu faire ça ?
  • Bolton : "Parce qu’un processus de destitution sérieux et non partisan, comme celui du Watergate, aurait pris le temps de couvrir tous ces domaines."

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Donald Trump a-t-il tiré les leçons de sa propre mise en accusation ?

Bolton avait également une conclusion à tirer de sa propre mise en accusation sur le président. "Il n’en a pas tiré de leçons, si ce n’est qu’il pouvait s’en tirer à bon compte."

Comment l’histoire se souviendra de Donald Trump ?

"J’espère qu’elle se souviendra de lui comme d’un président d’un seul mandat qui n’a pas plongé irrémédiablement le pays dans une spirale descendante dont on ne se souvient pas.

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