Vaccin contre le coronavirus : en participant aux tests, l’Afrique du Sud espère des doses pour tout le continent

"Je le fais seulement pour aider les autres, pas pour une autre raison", a expliqué Junior Mhlongo, 24 ans, le premier Sud-Africain à recevoir une dose d’un vaccin contre le Covid-19, développé par l’Université d’Oxford. Ce père de deux enfants est l’un des 8 habitants de Soweto sélectionnés parmi un millier de volontaires pour participer au premier test clinique d’un vaccin en Afrique.

Ce n’est pas un vaccin vivant, mais des protéines extraites d’un virus de chimpanzé : les chercheurs espèrent que le vaccin provoquera le développement d’anticorps, qui permettront à la personne à qui il a été inoculé de résister aux inflammations provoquées par le coronavirus. C’est l’un des dix vaccins actuellement testés sur des humains dans le monde (plus de 200 autres vaccins n’en sont pas encore à ce stade de développement).

Des lieux tenus secrets

Au total, 2000 Sud-Africains de 18 à 65 ans vont participer à l’essai, y compris 50 séropositifs sous traitement, dans des lieux tenus secrets. La moitié d’entre eux recevront un placebo. Le vaccin est déjà été testé en Grande-Bretagne et aux Etats-Unis sur 9000 personnes. Au total, plus de 40.000 "cobayes" seront enrôlés sur 3 continents.


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"On sait que les vaccins n’agissent pas de la même manière dans différentes régions du monde, explique le virologue Shabir Madhi de l’université de Wits à Johannesburg, qui dirige l’essai en Afrique du Sud. C’est donc important de voir si le vaccin entraîne des effets secondaires.

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Shabir Madhi de l’université de Wits à Johannesburg. © Tous droits réservés

"Quand 42 participants auront été infectés par le Covid, on pourra voir s’ils ont développé une réponse immunitaire, en les comparant au groupe témoin. Si nos essais sont concluants, nos données scientifiques seront utilisées par l’Organisation mondiale de la Santé dans ses recommandations pour les pays en développement."

Pourtant, l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) avait déclaré que l’Afrique ne devait pas être un terrain d’expérimentation, après la polémique suscitée par deux professeurs français qui avaient annoncé en avril vouloir tester un vaccin en Afrique.

"Nationalisme des vaccins"

Mais pour la spécialiste sud-africaine du sida Helen Rees, le continent doit au contraire participer aux tests pour avoir accès aux futurs vaccins. "Il existe actuellement une tendance des pays à réserver les vaccins à leur population, explique-t-elle. L’Afrique du Sud préside l’Union africaine et notre ministre de la Santé, Zweli Mkhize, a engagé une discussion au niveau international sur l’accès de l’Afrique aux vaccins. Il soutient totalement la participation de l’Afrique du Sud à cet essai."


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Les pays riches s’efforcent, en effet, de réserver la distribution des premiers vaccins à leur population, en faisant des pré-achats auprès des firmes pharmaceutiques. Ainsi, la société britannique AstraZeneca, qui produira le vaccin développé en Afrique du Sud, a déjà prévendu plus d’un milliard de doses.

Mais selon un article sur "les dangers du nationalisme des vaccins" publié dans la "Harvard Business Review", seule une distribution internationale du vaccin permettra de réduire la contagion.

En participant à la recherche, l’Afrique du Sud espère que le continent africain aura sa part des futures doses, qui devraient être distribuées en priorité au personnel médical.

L’épidémie de Covid-19 est en train d’exploser dans le pays de Mandela, le plus touché du continent avec 118.000 infections et près de 2300 morts. Mais selon le professeur Madhi, le vaccin ne sera pas prêt avant septembre 2021.

Archive : journal télévisé du 11/06/2020

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