Une grève de la faim pour dénoncer les soldats violeurs de Djibouti

Des membres du "Comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l'impunité" mènent une grève de la faim. A Paris le mois dernier, à Bruxelles ce mois-ci.
Des membres du "Comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l'impunité" mènent une grève de la faim. A Paris le mois dernier, à Bruxelles ce mois-ci. - © LIONEL BONAVENTURE - AFP

C'est la deuxième fois en deux mois qu'elles font grève de la faim. A Paris, le mois dernier. A Bruxelles cette fois, depuis 18 jours déjà. Réunies à Saint-Josse, en région bruxelloise, une dizaine de membres du Comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l'impunité ont décidé de recourir une fois de plus à cette solution extrême. "C’est notre dernier recours", explique Aïcha Dabalé, la représentante de ce comité. "Il y a parmi nous des jeunes et des moins jeunes, qui mettent leur vie en danger par obligation, parce que cela fait des années que nous nous battons mais que personne ne nous écoute".

Viols en toute impunité

Que dénoncent-elles ? Une série de viols commis par des soldats djiboutiens dans le nord et le sud-ouest du petit pays, situé dans la Corne de l’Afrique, entre l’Ethiopie, la Somalie et le Yémen. Des viols commis dans les montagnes et les villages sur des femmes soupçonnées de sympathie avec le mouvement d’opposition (pacifique ou armé), dans un pays qui n’a changé de président qu’une fois en près de 50 ans. "Le plus terrible, c’est l’impunité. La reconstruction de ces femmes est rendue impossible par le fait qu’elles croisent leur bourreau tous les jours dans leur village", explique Aicha Dabalé.  "Quelques-unes ont porté plainte, sans résultat", poursuit M., un opposant djiboutien qui désire garder l’anonymat.  Pire : certains de ces soldats seraient même promus. "Tout cela laisse penser que tout est pensé, missionné."

Géopolitiquement incontournable

Djibouti, tout petit pays (à peine 630 km²) du continent africain, est, de par sa situation géographique, un lieu géopolitiquement très important. Plusieurs pays étrangers, dont la France, les Etats-Unis et le Japon, y disposent d’ailleurs de bases militaires. La Belgique y a aussi déployé quelques soldats dans le cadre de l’opération Atalante.  "C’est le porte-avion mondial", explique l’opposant réfugié en France. Et face à un tel atout, les accusations de viols sur les Djiboutiennes font peu le poids. "Nous sommes victimes de notre position géostratégique, alors qu’elle aurait pu être un atout", explique Aicha Dabalé. "Nous nous retrouvons face à un mur de silence de la part des pays étrangers, un silence complice. Les militaires étrangers s’entraînent dans les villages où sont commis les viols!".

249 cas recensés

Le Comité des femmes djiboutiennes contre les viols et l'impunité a été fondé en 1993 après le viol et l’assassinat crapuleux d’une Djiboutienne, mère de plusieurs enfants. Depuis lors, l’association a recensé 249 viols, "mais c’est sans compter tous ceux qui sont tus, car il est difficile d’en parler, c’est considéré comme un terrible déshonneur", explique Aicha Dabalé. C’est donc presque clandestinement que ces viols sont recensés à Djibouti.

Sans répondre vraiment aux accusations à l’encontre de ses soldats, le gouvernement djiboutien se contente de dénoncer une manœuvre électoraliste. Le porte-parole du gouvernement, interrogé par RFI, incite par ailleurs les femmes à porter plainte. "Mais celles qui osent le faire sont menacées d’être à nouveau violées. Et de toute façon, il n’y a jamais eu la moindre condamnation", explique M.

Le Parlement européen réagit

Aujourd’hui pourtant, l’action des militantes djiboutiennes semble commencer à porter ses fruits. Le Parlement européen a adopté aujourd’hui une résolution concernant Djibouti, dans laquelle il demande " qu’une enquête internationale indépendante puisse être mise en place afin de mettre fin à l’impunité vis-à-vis des viols commis par l’armée djiboutienne , que tout soit mis en œuvre pour mettre fin à de tels actes, que les responsables soient poursuivis et condamnés et que les femmes victimes de ces crimes bénéficient d’un soutien psychologique et physique". Un soulagement pour le Comité, qui espère qu’à terme, ces crimes seront également reconnus comme des crimes de guerre. En attendant, il a lancé le hashtag #stopvioldjibouti pour également sensibiliser l'opinion publique.

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