Soudan du Sud: des milliers de morts et une situation "parmi les plus horribles"

Des membres de Armée Populaire de Libération (SPLA) sur la route principale de Malakal.
Des membres de Armée Populaire de Libération (SPLA) sur la route principale de Malakal. - © Albert Gonzalez Farran (AFP)

L’organisation de défense des Droits de l’Homme des Nations Unies a publié ce vendredi un rapport sur le Soudan du Sud. Une situation "parmi les plus horribles" dans le monde pour les droits de l’homme, selon l’Organisation des Nations Unies (ONU). Le rapport décrit avec des détails précis une série de violations horribles des Droits de l’Homme, y compris le "ciblage délibéré de civils pour les tuer, les violer ou les piller".

La situation au Soudan du Sud est préoccupante. De nombreuses atrocités y sont commises quotidiennement. Le viol est utilisé massivement comme instrument de terreur et comme arme de guerre. Dans son rapport, l’ONU assure que "selon des sources crédibles, des groupes alliés au gouvernement sont autorisés à violer les femmes en guise de salaire", au nom du principe "Faites ce que vous pouvez et prenez ce que vous voulez".

Les forces gouvernementales et les milices qui y sont affiliées n’en sont pas à leur premier acte de barbarie. En 2015, des soldats gouvernementaux ont décidé de tuer plus de 60 personnes en les laissant suffoquer dans un conteneur de marchandise placé en plein soleil. Au Soudan du Sud, les températures dépassent fréquemment les 40°C en journée. Pour Amnesty International, ces actes s’apparentent à un crime de guerre.

"Ils ont enfermés 60 hommes et garçon dans un conteneur en plein soleil et ils les ont laissés suffoquer. C’est un exemple de ce qui se passe quotidiennement là-bas. On ne fait pas de hit-parade du pire pays mais ce qui est sûr, c’est que le Soudan du Sud fait tout pour être en tête. Ils ont enfreint tous les droits. On parle de violation des droits de l’Homme, des droits de guerre, des droits humanitaires, etc.", souligne Philippe Hensmans, Directeur d’Amnesty International Belgique.

Aucun chiffre exact sur le nombre de victime

Il est difficile de définir le nombre exact de personnes tuées depuis le début de ce conflit sanglant en décembre 2013. L’ONU faisait état en mars 2016 de 50 000 morts. Ce chiffre correspond au nombre de victimes directes du conflit.

"Il s’agit de victime directe, morte dans des combats. A côté de cela, il y a toutes les victimes indirectes, notamment les victimes de la famine. Ils ont provoqués une famine en étant tout à fait au courant", déclare Philippe Hensmans.

Le nombre total de victime explose en prenant en compte les retombées indirectes. Le rapport contient des témoignages sur des civils soupçonnés de soutenir l’opposition, y compris des enfants et des personnes handicapées, qui ont été assassinés, brûlés vifs, asphyxiés, tués par balle, pendus à des arbres ou découpés en morceaux. D’après les Nations Unies, l’immense majorité des victimes civiles ne sont pas mortes dans des opérations de combats mais plutôt lors d’attaques délibérées.

En conclusion du rapport, le Haut-Commissariat de l’ONU affirme "qu'il existe des motifs raisonnables de penser que ces violations pourraient constituer des crimes de guerre et/ou des crimes contre l'humanité ".

Le pays est en guerre civile depuis deux ans

Devenu indépendant du Soudan en juillet 2011, le plus jeune pays du monde est plongé dans une guerre civile sanglante depuis décembre 2013 lorsque le Président, Salva Kiir, a accusé son ancien vice-président Riek Machar de fomenter un coup d’état.

"De façon plus générale, ce qui joue un rôle important c’est le pétrole ! Si tous les gouvernements travaillaient ensemble, le conflit pourrait s’arranger. Une solution qui existe mais qui n’est toujours pas mise en place, c’est un tribunal pénal hybride qui pourrait alors juger les différents crimes", ajoute le Directeur d’Amnesty International Belgique

Plus de 2,3 millions de personnes ont été chassées de chez elles, 6,1 millions ont un besoin urgent d’aide alimentaire, 15 000 enfants soldats ont été recrutés, 200 000 civils sont abrités dans des camps de déplacés de l’ONU. C’est donc en toute logique que les Nations Unies considèrent que la situation des droits de l’Homme au Soudan du Sud est "parmi les plus horribles" dans le monde.

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