RDC: le Nord Kivu transformé en boucherie

Une maison brûlée dans un village du Nord Kivu, en février dernier
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Une maison brûlée dans un village du Nord Kivu, en février dernier - © FISTON MAHAMBA - AFP

Les habitants de Beni n'en peuvent plus. Ils ont écrit une lettre ouverte au président Kabila, pour dénoncer les massacres dont ils sont victimes chaque jour. La province du Nord Kivu est le théâtre depuis 20 ans de tueries et de viols, sous l'œil impassible de 20 000 casques bleus. Quant au président Joseph Kabila, il se tait.

Depuis le mois d'octobre 2014, plus de 1000 personnes ont été massacrées dans cette région. Des femmes, des enfants, des bébés parfois. Des images insoutenables circulent sur les réseaux sociaux. Des corps en morceaux, des femmes éventrées, des enfants égorgés, des chairs tailladées… les meurtres, surtout perpétrés à l’arme blanche (machette, couteaux, hache…), déjà documentés dans la région par l’Organisation des Nations unies (ONU) et des organisations non gouvernementales.

Silence de Joseph Kabila

Le silence du président, Joseph Kabila, et d’autres responsables est vivement critiqué. Des représentants de la société civile lui  ont envoyé une lettre de 6 pages, un véritable réquisitoire où les habitants demandent une intervention de l'armée, mais aussi le ménage au sein de l'armée congolaise. Car les tueurs sont des rebelles ougandais et rwandais, mais aussi des militaires congolais en uniforme, sensés protéger la population et traquer l'ennemi.

La population de Beni, épuisée, appelé à entamer dès aujourd'hui 3 jours de grève. trois journées "villes mortes". Les habitants menacent de ne plus payer ni impôts ni taxes jusqu'à ce que les massacres cessent. Ils se disent même prêts à déboiser le fameux parc national de la Virunga, dont les forêts servent de cachette aux tueurs. L’objectif est de protester contre "l’inefficacité de l’armée, la Monusco [Mission de l’Organisation des Nations unies pour la stabilisation en République démocratique du Congo], la police, les renseignements", confie Gilbert Kambale, coordinateur de la société civile de Beni. Il faut dire que la MONUSCO compte 20 000 hommes dans l'est du Congo. C'est l'une des plus importantes et des plus chères mission de l'ONU dans le monde. Mais elle se montre totalement inefficace sur le terrain.

 

#JesuisBeni

Sur la Toile, certains ont changé leur photo de profil Facebook ou Twitter en hommage aux victimes et de nouveaux hashtags sont apparus : "#JesuisBeni" ou "#Justice4Beni". Des Congolais et des étrangers se mettent à signer une pétition lancée en juin 2015 pour obtenir une enquête internationale. Le texte, qui comptait plus de 14 500 signatures à la mi-mai, souligne la "gravité des crimes" et "l’intention génocidaire de leurs auteurs". Le docteur Denis Mukwege, qui répare les femmes dans son hôpital de Panzi a une nouvelle fois dénoncé les massacres à répétition.

Il réclame un changement radical de système. Un réquisitoire qui risque de crisper Kinshasa.