Quarantaine obligatoire : des hôtels tunisiens devenus centres surveillés pour les rapatriés

En Tunisie, la lutte contre le Covid-19 porte ses fruits. Au total, à peine plus d’un millier de cas confirmés et 45 décès. Grâce notamment à des mesures drastiques prises très vite par l’État. Parmi ces décisions figure la quarantaine obligatoire durant deux semaines pour les milliers de Tunisiens qui sont rapatriés petit à petit du monde entier. Une quarantaine imposée non pas à domicile, mais dans des centres surveillés.

En attendant de pouvoir retrouver les touristes, des hôteliers ont décidé d’accueillir gratuitement les confinés. "Lorsque nous nous sommes rendu compte que l’Etat peinait à trouver des logements pour les confinés, nous avons mis notre hôtel à disposition gratuitement pour les héberger", explique le propriétaire du Corail Appart’Hotel à Hammamet. Nabil Maghrebi, son directeur a été convaincu de suite : "Nous avons affaire à une pandémie qui peut toucher n’importe qui. La Tunisie a besoin de nous, c’est notre devoir".


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Mais lorsque Nabil Maghrebi a vu débarquer 99 Tunisiens rapatriés dans son hall d’hôtel, il a réalisé d’un coup l’ampleur de sa responsabilité. "La peur était là, sincèrement. Le premier soir, avec toute l’équipe, nous avons pris plusieurs douches avec du gel hydroalcoolique. Parce que les rapatriés ne savent pas eux-mêmes s’ils sont contaminés ou non. Notre angoisse était de tomber malade où que l’un des résidents souffre du coronavirus."

Obligation de rester en chambre

Les règles sont strictes. Seule une équipe mandatée par le ministère de la Santé a accès aux confinés. Les repas sont livrés dans les chambres par ces employés en combinaison blanche. "Le deuxième jour, ils ont commencé à vouloir sortir", raconte Nabil Maghrebi. "J’ai dû placer un agent de sécurité pour expliquer aux confinés qu’il était dans leur intérêt à eux aussi de rester dans leur chambre, malgré les difficultés."

Laila, maire d’une petite ville tunisienne, était partie en France pour rendre visite à sa fille lorsque le coronavirus est apparu, confesse-t-elle. Confinée d’abord en France, puis à son retour en Tunisie, elle a tenté de faire un petit tour dans l’hôtel. Elle explique en riant : "Les responsables m’ont gentiment demandé de retourner dans ma chambre. Si j’ai tenté de sortir, c’était pour faire enfin quelques pas et relâcher un peu la pression. Mon mari est encore plus impatient de sortir. Il compte les jours, même les heures. Il est désespéré !".

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Au Corail Appart’Hotel, ce sont 99 Tunisiens rapatriés qui ont débarqué pour être mis en quarantaine. © Maurine Mercier

Quelques chambres plus loin, un couple, la soixantaine, redoutait de devoir rester ainsi confinés : "Lorsque j’étais encore côté européen, je redoutais le pire. Être condamnée à passer ainsi deux semaines dans une chambre d’hôtel m’angoissait". Et puis, comme pour tous les autres, finalement, le temps passe plus vite que prévu.

"Le personnel de l’hôtel fait tout pour notre confort, nous sommes choyés. Et puis, nous avons passé notre temps à lire. Mon mari a composé une chanson à la guitare pour remercier les responsables de l’hôtel", raconte la dame. "Croyez-le ou non, mais j’avoue m’être habituée à ce confinement au point que je redoute un peu de devoir sortir et d’affronter l’extérieur. Nous nous sommes habitués à ce cocon. C’est étrange !", confie-t-elle encore.

Énième crise

Mouna Ben Halima, propriétaire de l’hôtel de luxe La Badira à Hammamet a aussi décidé d’héberger gratuitement des confinés. Après 14 jours, ils ont quitté son hôtel, tous en parfaite santé. "Cela a été une aventure humaine extraordinaire mais épuisante. Nous sommes en période de Ramadan. La société qui livrait les repas aux confinés n’a rien prévu pour ceux qui ne jeûnaient pas. Il a fallu que je fasse moi-même les repas pour les quatre enfants confinés à l’hôtel."

La propriétaire ne réitérera pas, non. Parce que l’heure n’est plus aux dons. "Depuis 10 ans, nous affrontons les crises les unes après les autres, la révolution, puis le terrorisme. Aujourd’hui, ce n’est même plus une crise, c’est un tsunami. En Europe, il existe un filet social qui vient diminuer l’impact de cette crise. En Tunisie, il n’y a aucun dispositif de ce type", déplore Mouna Ben Halima.


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Elle parvient pour l’heure à payer une partie des salaires. Mais jusqu’à fin mai : "Après… On ne voit pas du tout… On n’a aucune visibilité".

Dédommagement

Pour convaincre les hôtels d’accepter les milliers de Tunisiens encore à rapatrier, l’Etat s’est vu désormais obligé de les dédommager. Il a lancé des appels d’offres. Les hôtels qui hébergent des confinés recevront l’équivalent de 45 euros par jour et par personne.