Le coronavirus n’arrête pas la guerre : la Libye est devenue un salon de l’armement à ciel ouvert

Ni le mois de ramadan, ni la pandémie ne parviennent à calmer la guerre en Libye. Au contraire. Depuis plusieurs jours, les combats sont d’une violence rare. L’homme fort de l’est du pays – le maréchal Haftar – poursuit son offensive pour s’emparer de la capitale Tripoli. Le camp adverse l’accuse désormais d’utiliser des armes chimiques.

Le ministre de l’Intérieur du gouvernement de Tripoli l’affirme : "Les troupes du maréchal auraient fait usage de gaz innervant pour tenter de mettre la main sur la capitale". Impossible de le vérifier. Le gouvernement réclame une enquête internationale, mais entre la guerre qui fait rage, et le Covid-19, une telle enquête est tout simplement illusoire. Aucun observateur international et impartial n’est sur place pour vérifier ou enquêter sur quoi que ce soit. Les parties au conflit ont les coudées franches.


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La Libye devient "le terrain d’essai pour toutes sortes d’armes nouvelles et interdites", a récemment déclaré Stéphanie Williams, représentante spéciale des Nations Unies pour la Libye. Premières victimes, les civils.

Tout est possible

En matière d’armes, tout est désormais possible en Libye. Jalel Harchaoui, spécialiste de la Libye à l’Institut néerlandais des relations internationales Clingendael dénonce ce qu’est devenu le pays : "Il y a l’utilisation la plus intense au monde de drones de combat. Des milliers de frappes ont eu lieu en une année. L’histoire humaine n’a tout simplement jamais connu cela".

"La Libye ne cesse d’être décrite comme un conflit qui n’est pas très grave, pas très urgent et plutôt secondaire… Finalement, on ouvre les yeux et on se rend compte que c’est devenu une zone d’expérimentation extrêmement cynique."

Internationalisation du conflit

Au départ, il y a un an, il s’agissait d’un conflit entre Libyens. Plusieurs puissances internationales ont décidé de s’en mêler. D’un côté, les Emirats arabes unis et la Russie, notamment, soutiennent le maréchal Haftar ; de l’autre, la Turquie appuie Tripoli. Tous ces Etats ont transformé le pays en une sorte de champ de démonstration des armes qu’ils produisent. Une sorte de salon de l’armement, à ciel ouvert.

"Quand la Turquie décide de partir à l’aventure en Libye, elle souhaite gagner d’une manière spectaculaire pour convaincre tous les clients potentiels qu’elle est un véritablement fournisseur d’armes qui va monter dans les rangs des ventes internationales", explique Jalel Harchaoui. La Russie profite pour diminuer ses stocks. Conséquence : la Libye croule sous les armes qui font de plus en plus de dégâts.

Une guerre de plus en plus violente

Ahmed, civil, 25 ans, a pris les armes pour barrer la route au maréchal Haftar. Il alterne entre deux lignes de front à Tripoli. Non, il n’a pas connaissance et n’a pas été témoin d’usage de gaz de la part du clan adverse. Mais oui, il décrit un conflit aujourd’hui de plus en plus violent.


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"Il y a une année, je n’avais qu’une mitraillette grippée. Aujourd’hui, la Turquie nous fournit ce dont nous avons besoin. Ces armes-là, par exemple, (il les montre durant la discussion via smartphone, ndlr) ce sont de nouvelles armes qu’on a reçues de la Turquie. Ce sont des missiles pour tirer sur les tanks. La Turquie nous aide avec sa technologie pour lutter contre les avions et les drones de Haftar. Nous en avions besoin. Mais à force de voir arriver tellement d’armes des deux côtés, on se dit que le conflit ne finira jamais."

Si les gaz chimiques ne sont pas encore utilisés, Jalel Harchaoui ne serait malheureusement pas étonné qu’elles le soient d’ici quelques mois. "Tous les neuf mois, on découvre qu’on est en train de vivre en Libye des horreurs qui étaient inimaginables neuf mois avant. On est clairement sur cette pente savonneuse."

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