Le combat de l’Afrique du Sud pour les vaccins

Le premier million de doses de vaccins contre le Covid arrive ce lundi à Johannesburg. De quoi commencer à vacciner le personnel médical, qui compte 1,2 million de personnes dans le pays. Un demi-million de doses supplémentaire seront fournies par le "Serum Institute", une société indienne mandatée par AstraZeneca pour produire le vaccin développé par l’université d’Oxford.

Au prix double ?

Le gouvernement de Pretoria l’a acheté pour 5,25 $ par dose, soit le double du prix de 2,16 dollars payé par les membres de l’Union européenne. En tant que pays au revenu moyen, l’Afrique du Sud ne bénéficie pas de la ristourne accordée aux pays pauvres.

"On nous a expliqué que les pays à revenu élevé bénéficient d’un prix plus bas parce qu’ils ont investi dans le vaccin", a expliqué le directeur général adjoint du ministère sud-africain de la Santé, Anban Pillay. L’Union européenne a, en effet, financé le développement du vaccin AstraZeneca par une équipe de l’université d’Oxford.

L’Afrique du Sud a participé aux essais

L’Afrique du Sud a pourtant participé aux essais cliniques. "J’ai pensé naïvement qu’en participant aux essais, l’Afrique du Sud obtiendrait une remise sur le prix d’achat, écrit Robyn Porteous, dans le journal Daily Maverick. Il est temps qu’AstraZeneca respecte son engagement à vendre le vaccin sans faire de profit. Il est temps que nous demandions que toute vie humaine soit traitée de manière égale".

Ce déséquilibre explique la colère du président sud-africain, mardi, lors du Forum économique mondial de Davos, en ligne cette année. Cyril Ramaphosa a fustigé les pays riches. "Ils doivent libérer leurs surplus. Ce n’est pas juste qu’un pays de 40 millions d’habitants achète 160 millions de doses de vaccins contre le Covid. Il faut combattre ensemble le coronavirus". Un appel relayé mercredi par Bill Gates et soutenu par de nombreuses organisations humanitaires (Amnesty, Oxfam, Save the Children). Selon le directeur de l’Organisation mondiale de la Santé, Tedros Adhanom Ghebreyesus, seulement 25 personnes avaient été vaccinées en Afrique, la semaine dernière, contre 39 millions dans les pays riches. Or, seule une immunisation sur tous les continents mettra fin à la pandémie.

Guerre des prix et des industries ?

L’initiative Covax, des Nations-unis, s’est procuré 600 millions de doses pour les pays en développement, de quoi vacciner 10% de leur population. L’Union africaine n’a réussi à acheter que 270 millions de doses : "un succès marginal", selon Ramaphosa, alors que l’Afrique a besoin d’1,5 milliard de vaccins (entre 6 et 8 milliards d’euros) pour immuniser 60% de sa population (1,3 milliard d’habitants). Certains pays, comme le Kenya, ont toutefois acheté directement des doses auprès des fabricants. L’Afrique du Sud, elle, n’a entamé des négociations que récemment : elle n’a réussi à acheter que 20 millions de doses (dont 12 millions provenant de Covax à… 10 euros la dose). Elle a besoin de quatre fois plus pour immuniser 40 millions d’habitants (soit 95% des adultes) d’ici la fin de l’année. Pretoria attend avec impatience la fin des essais du vaccin produit par la firme américaine "Johnson & Johnson", moins coûteux, qui ne nécessite qu’une seule dose et peut se conserver (comme celui d’AstraZeneca) dans un surgélateur normal.


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Si l’Afrique du Sud paie ses vaccins au prix fort, c’est aussi parce qu’elle a attendu le mois de janvier pour signer les premiers contrats, après que des scientifiques, comme le vaccinologue Shabir Madhi, et 6600 professionnels de la santé aient dénoncé l’inaction du gouvernement de Pretoria. L’Afrique du Sud est pourtant le pays africain le plus touché par le virus (1,43 million d’infections et 42.550 morts). "Nous aurions été condamnés si nous avions joué avec l’argent de nos contribuables en préachetant des vaccins encore à l’essai", a rétorqué le Prof Barry Schoub, qui préside le comité officiel d’avis sur les vaccins.

Mais, selon le FMI, la distribution lente des vaccins aura un impact sur la croissance économique du pays. Une hausse des impôts, déjà très élevés, apparaît inévitable, pour payer la lourde facture. Les pays voisins s’inquiètent aussi de la propagation rapide du variant sud-africain, sur le reste du continent, jusque-là épargné par la pandémie (3,2 millions d’infections, 76.752 cas). Une seconde vague plus virulente a gagné plusieurs pays, dont le Zimbabwe, désarmés pour y faire face.

Conférence de presse du groupe pharmaceutique Astra Zeneca: JT 08/12/2020

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