Insurrection islamiste, populations déplacées, mercenaires accusés de violences envers des civils… Le conflit s’intensifie au Mozambique

Le 24 mars, les "Al-Shabaab", un mouvement d’insurrection dans le nord du Mozambique affilié à la mouvance islamiste, a attaqué la ville de Palma, à 6 kilomètres du site de Total, alors que la firme française avait annoncé la veille qu’elle s’apprêtait à reprendre son travail sur l’énorme site gazier offshore de la péninsule d’Afungi. Début janvier, le personnel avait été évacué par mesure de sécurité. "Il y a eu des attaques coordonnées de plusieurs groupes, notamment contre un poste de police", selon Joe Hanlon, un chercheur mozambicain.

La province du Cabo Delgado, limitrophe avec la Tanzanie, est le théâtre d’une insurrection violente depuis 2017, qui menace plus de 120 milliards de dollars d’investissements dans le gaz par Total, Exxon Mobil et Eni. Le gisement exploité par Total, le plus avancé, devait entrer en production l’an prochain.

Fin février, le conflit armé aurait fait 2600 morts dont 1300 civils au cours de 807 attaques. Près de 700.000 personnes, soit un quart de la population du Capo Delgado, ont été chassées de chez elles par les combats et la destruction de leurs villages.

Insurgés, policiers, soldats et mercenaires

Selon un rapport d’Amnesty International, publié le 2 mars, les populations civiles sont victimes à la fois des atrocités orchestrées par les insurgés (exécutions sommaires, décapitation, viols, enlèvement de femmes et filles, garçons enrôlés de force) et les violences commises par les forces armées. "L’armée et la police ont commis des exécutions extrajudiciaires de civils et des actes de torture", note le rapport d’Amnesty.


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L’ONG dénonce aussi des destructions et tirs indiscriminés contre des civils depuis des hélicoptères opérés par 70 mercenaires de la société sud-africaine "Dyck Advisory Group" (DAG), qui épaule la police mozambicaine. Peu après, DAG a annoncé son retrait du Mozambique au début avril. Une autre société sud-africaine, Paramount, a été engagée par l’armée mozambicaine pour renforcer ses troupes (livraison d’hélicoptères et formation de pilotes locaux).

Appui militaire américain

Le Mozambique, qui s’oppose à toute intervention internationale, a aussi obtenu l’appui militaire des Etats-Unis (formation de "marines" par 15 bérets verts américains arrivés le 15 mars).

Le 10 mars, Al-Shabaab a été ajouté par Washington sur la liste des organisations terroristes étrangères. L’Union européenne – notamment le Portugal et la France – pourrait aussi fournir une aide à l’armée locale, qui apparaît débordée. "Alors que les insurgés n’ont cessé de gagner du terrain, l’armée est apparue désorganisée et démoralisée, explique Jasmine Opperman, experte sud-africaine auprès de ACLED ("Armed conflict location and event data project", autrement dit le "Projet de données des lieux et événements des conflits armés"). Souvent, les soldats fuient en abandonnant leurs armes. Depuis le début de l’année, le gouvernement s’efforce de reprendre les choses en main."

Crise humanitaire

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Près de 700.000 personnes, soit un quart de la population du Capo Delgado, ont été chassées de chez elles par les combats et la destruction de leurs villages. © MSF/Amanda Bergman

En attendant, la situation humanitaire ne cesse de se dégrader, selon Alain Kassa, chef de mission de MSF Belgique au Mozambique. Près de 90% des déplacés ont été accueillis dans des familles. Le gouvernement voudrait les reloger dans de nouveaux villages mais le plan ne sera pas approuvé avant juin. En attendant, il y a des besoins en nourriture, en eau et presque tous les centres de santé ont fermé leurs portes dans les zones de conflit.

MSF Belgique opère une dizaine de cliniques mobiles, creuse des puits et s’apprête à ouvrir une antenne à Palma. "La ville n’est plus approvisionnée en nourriture. On voudrait fournir de l’aide alimentaire, pour éviter une situation critique. La vie à Palma est très difficile : l’essence coûte dix fois plus cher qu’ailleurs et il n’y a plus d’électricité depuis des mois. Les habitants n’ont pas du tout bénéficié de l’exploitation gazière toute proche."

C’est sans doute l’une des causes du conflit. "Al-Shabaab est né d’une crise cause par la mauvaise gouvernance, les inégalités sociales criantes, et le crime organisé, explique Alex Vindes, directeur du programme africain à l’institut de recherche 'Chatham House'. La grande différence avec l’insurrection islamiste au Sahel est que le président du Mozambique, Filipe Nyusi, vient lui-même de cette région excentrée. Mais il est catholique et l’exploitation du gaz a créé beaucoup de rivalités et de frustrations locales."

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