Face au coronavirus, l’Afrique du Sud lance une campagne massive de tests

Un Congolais masqué est venu se faire tester gratuitement pour le coronavirus dans une clinique du quartier africain francophone de Yeoville, à Johannesburg. Il s’est assis à l’écart de la file de gens qui attendent devant l’unité mobile de test, normalement utilisée pour dépister le sida et la tuberculose.

"Regardez, ils ne respectent pas la distance sociale !", s’inquiète Christian Mfuamba, producteur de vidéos pour des paris hippiques. J’ai un pote de mon âge, Roger, un homme d’affaires de 39 ans, qui est mort hier à Kinshasa. Il a été emporté en cinq jours. C’est du sérieux !" Lui-même n’a pas de symptômes. "Mais je préfère faire le test, car, ici, il y a plein de monde dans la rue commerçante. Le confinement n’est pas respecté à Yeoville, car les Africains pensent que c’est une maladie de Blancs."


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A sa sortie du test, Christian s’en prend au personnel du Service national de laboratoire pour la santé (NHLS) : "Elle aurait dû prendre un prélèvement au fond du nez et un autre au fond de la gorge. Mais, elle n’en a fait qu’un, sur la langue !".

Un responsable du NHLS explique qu’il y a eu pénurie de tests, dans la dernière heure. Plus de 200 personnes ont été testées à Yeoville, au cours de cette première journée de la campagne massive de tests annoncée par le gouvernement. La fatigue de l’après-midi explique peut-être une certaine négligence.

Porte-à-porte

L’Afrique du Sud, le pays africain le plus touché par le Covid-19 (1655 infections et 11 morts), veut tester 36.000 personnes par jour, d’ici fin avril (au lieu 3100, la semaine dernière). "La seule manière de freiner l’expansion du virus est de connaître toutes les personnes infectées", explique le ministre de la Santé, Zweli Mkhize.


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L’augmentation des infections a pourtant été limitée depuis l’entrée en confinement des Sud-Africains, le 27 septembre. "Ce que nous observons maintenant est le calme avant une terrible tempête dévastatrice", prédit le ministre. Quelque 10.000 agents de santé communautaires vont faire du porte-à-porte dans tout le pays pour encourager les gens à se faire tester.

Distribution de désinfectants

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Distribution de désinfectant dans le township d’Alexandra à Johannesburg. © Valérie Hirsch

D’autres actions sont entreprises, comme la distribution de réservoirs d’eau et de désinfectants. Une dizaine de camionnettes, chargées de citernes, arrivent dans un "hostel" (dortoir datant de l’apartheid) dans le township d’Alexandra, à Johannesburg. "Nous amenons 2000 litres pour désinfecter les parties communes et distribuer un demi-litre à chaque résident", explique Justin Hotz, de la société "Meridian Hygiene".

Des files se forment aussitôt dans la cour entre les bâtiments de cet immense dortoir, qui abrite des milliers de travailleurs migrants venus du Kwazulu-Natal. Jabulo Jangazi y vit avec ses deux frères. "Normalement, on est jusqu’à 7 dans des chambres prévues pour 4. Mais la moitié des résidents sont rentrés dans leurs villages, car on ne peut plus aller travailler. Il ne me reste plus que 25 euros pour me nourrir. Alors, je suis content de recevoir du désinfectant."

Patience et sensibilisation

Ministre en charge du Développement économique de la province de Gauteng (Johannesburg-Pretoria), Morakane Mosupyoe s’impatiente : "Faites-vite, car les gens ne respectent pas les distances !", dit-elle au personnel qui remplit les bouteilles tendues par les résidents de l’hostel et du bidonville voisin.

Malgré les campagnes d’information, beaucoup d’habitants des townships continuent à vivre comme avant : "Nous devons être patients et continuer à les éduquer, commente la ministre. La répression n’est pas une bonne politique et que les gens ne sont pas hostiles. Il faut leur expliquer pourquoi le confinement est nécessaire, en leur apportant de l’aide. Nous sommes en train d’identifier toutes les familles qui ont besoin de colis alimentaires".

La tâche est immense. Mais le gouvernement met les bouchées doubles pour gagner cette nouvelle lutte dans un pays qui en a déjà connu beaucoup d’autres.

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